Méditerranée : Transport, pêche, énergies renouvelables... Où va l'économie maritime ?

MER A l'occasion des Assises de l'économie de la mer, « 20 Minutes » a interrogé des professionnels et des acteurs de la Grande bleue sur l'avenir des filières maritimes

Nicolas Bonzom

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Dans le port de Sète (illustration)
Dans le port de Sète (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La mer Méditerranée est confrontée depuis de longues années au développement des filières maritimes : la pêche, les énergies et le transport de marchandises.
  • Face aux défis écologiques, ces secteurs doivent se réinventer.

La Méditerranée n’a jamais cessé d’être vectrice d’économie. Mais le sera-t-elle encore demain ? A l’occasion des Assises de l'économie de la mer, qui s’ouvrent ce mardi au Corum, à Montpellier,20 Minutes a interrogé des professionnels et des acteurs de la Grande bleue, sur l’avenir de trois des filières maritimes les plus en vue dans le Golfe du Lion : la pêche, le transport de marchandises et les énergies renouvelables.

La pêche doit se réinventer pour survivre

Ces dernières années, la pêche est sans doute le secteur qui s’est le plus remis en question, pour éviter de couler à pic. La filière tente de s’adapter, pour préserver les ressources. Et pour que demain, on puisse encore pêcher en Méditerranée. « Travailler à un développement durable de la pêche est indispensable, explique Bertrand Wendling, le directeur de l’association sétoise Valpem, engagée dans la valorisation des produits de la pêche en Méditerranée. Les consommateurs et l’opinion publique y sont très sensibles. Mais ce n’est pas toujours facile de convaincre les professionnels. La démarche de durabilité s’accompagne en effet souvent de mesures d’encadrement, parfois de restrictions, des quotas, ou l’instauration de périodes de pêche, qui ne sont pas toujours bien acceptées. C’est un choix compliqué, une démarche de longue haleine. »

Ainsi, le plan mis en place en 2006 pour préserver les stocks de thon rouge, dans une situation de surexploitation alarmante dans les années 2000, fut « un succès », reprend Bertrand Wendling. Les populations de thon rouge se régénèrent peu à peu. Mais d’autres espèces sont menacées par la surpêche, et le secteur a encore de gros efforts à faire. Le merlu devrait, par exemple, faire l’objet de mesures dès 2020. Pour d’autres, comme le poulpe, les données scientifiques manquent encore pour définir une stratégie.

« La Méditerranée est la mer la plus surpêchée au monde, huit poissons pêchés sur dix sont menacés d’extinction », confie Nicolas Fournier, responsable des affaires européennes de l’ONG Oceana, qui réclame des réductions de pêche plus importantes. « Les stocks sont en train de dépérir. Les poissons sont de plus en plus petits. Il faut des mesures drastiques, pour éviter d’arriver à un point de non-retour. Et s’il n’y a plus de poisson, les pêcheurs seront les premiers à en souffrir. Toute une filière est en jeu. »

La Méditerranée, écrin des énergies renouvelables

Si la Méditerranée est en proie aux extractions d’hydrocarbures, elle pourrait être également, à l’avenir, un écrin de choix pour les énergies renouvelables. Le vent, les courants, la houle ou encore la salinité sont autant d’éléments qui pourraient donner naissance à l’énergie marine du futur. Dans quelques années, la Grande Bleue devrait ainsi accueillir, par exemple, ses toutes premières éoliennes flottantes.

L’été dernier, l’État a promis aux régions Occitanie et Sud la construction de deux parcs de 250 mégawatts chacun. Deux appels d’offres seront lancés en ce sens. « Il y a un potentiel important dans ce secteur dans le Golfe du Lion, puisqu’il y a des régimes de vent qui sont particulièrement bien adaptés à la production d’électricité par des éoliennes », note Patrick Baraona, directeur du Pôle Mer Méditerranée, qui accompagne des entreprises et des organismes de recherche porteurs de projets innovants. « Cela pourrait permettre de créer une filière industrielle, qui serait un relais de croissance par rapport à l’off-shore pétrolier, qui est plutôt en stagnation, voire en régression. »

La thalassothermie est également l’une des ressources énergétiques du futur qu’offre la Méditerranée : l’eau de mer se réchauffe ou se refroidit à travers un savant circuit, connecté à des pompes, qui transforment l’énergie marine en chaleur ou en climatisation, pour alimenter le réseau urbain. Notamment dans les stations balnéaires. Et ce, « avec de meilleurs rendements qu’avec l’électricité », reprend Patrick Baraona.

L’explosion du transport maritime face au défi écologique

Le transport maritime, par lequel transitent 90 % des marchandises à travers le monde, explose en Méditerranée. Propriété de la région Occitanie, le port de Sète a par exemple permis le transit de plus de 4,1 millions de tonnes de produits en tout genre en 2018, contre 3,97 millions en 2017 et 3,8 millions en 2016. Voilà six ans que l’infrastructure est en croissance ininterrompue. « C’est un secteur d’avenir, et qui ne peut qu’augmenter, note Alain Di Crescenzo, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Occitanie. Les trois ports d’Occitanie, Sète, Port-la-Nouvelle et Port-Vendres, traitent environ six millions de tonnes de marchandises par an. Barcelone, c’est presque dix fois plus. Cela veut dire que nous avons une capacité extraordinaire à croître. »

Dans le port de Sète (illustration)
Dans le port de Sète (illustration) - N. Bonzom / Maxele Presse

Mais cela ne doit pas se faire, selon Jean-Claude Gayssot, le président du port de Sète, sans penser à l’environnement. « Avec la région Occitanie, nous souhaitons que le développement économique, le chiffre d’affaires et l’emploi aillent toujours de pair avec le développement durable », explique l’ancien ministre, qui s’est engagé dans une série de projets écologiques, comme l’ouverture d’un parc photovoltaïque de 4 hectares, qui produira l’équivalent de 2,5 fois la consommation électrique des trois ports régionaux.

Dans un rapport sur « la croissance bleue », publié en 2015, la WWF s’alarmait déjà du boom du transport maritime et de ses conséquences environnementales en Méditerranée, où transiterait près d’un tiers des échanges mondiaux : « Le transport maritime est responsable de nombreuses perturbations nuisant gravement aux espèces et aux habitats marins et littoraux : pollution, collision avec les grands cétacés, déchets marins, bruit sous-marin et introduction d’espèces non indigènes, pour ne citer qu’elles », soulignait la fondation, dans son rapport. Pour la WWF, la mer Méditerranée était alors « à la croisée des chemins : le Far West ou le développement soutenable ».