Bretagne: Les fraises de Plougastel veulent une IGP pour se protéger

AGRICULTURE Plusieurs producteurs du Finistère ont entamé les démarches pour obtenir un label

Camille Allain

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Illustration d'une femme cueillant des fraises de type gariguette dans une serre.
Illustration d'une femme cueillant des fraises de type gariguette dans une serre. — D. Faget / AFP
  • Les producteurs de fraises de Plougastel, dans le Finistère, souhaitent obtenir une indication géographique protégée (IGP).
  • Ils espèrent ainsi se protéger de la concurrence, qui utilise parfois leur notoriété comme argument de vente. 
  • La production fait travailler 650 à 700 personnes au pic de la saison.

Elle affiche un rouge brillant, une silhouette un peu ronde et un goût sucré qui sent bon l’été. Star des étals des marchés, la fraise de Plougastel (Finistère) a peut-être eu la grosse tête, au point de ne pas voir la concurrence lui faire de l’ombre. Inquiets de voir leur vedette être imitée, ses producteurs ont décidé de la protéger. Ils viennent de se lancer dans la longue démarche d’obtention d’une IGP, une indication géographique protégée censée garantir leur savoir-faire et les préserver d’une concurrence accrue.

Le déclic est venu d’une photo prise en 2017 et postée sur les réseaux sociaux. « Fraises de Plougastel. Origine : Espagne », était-il écrit sur une affiche dans une grande surface de Paris. « Des exemples comme celui-là, on en a plein. Certaines personnes achètent des fraises et les revendent en utilisant notre notoriété pour se faire un peu plus d’argent. On ne peut pas lutter », assure Frédéric Rolland, dont la famille produit des fraises à Plougastel-Daoulas depuis plusieurs générations.

Arrivée dans les cales d’un ingénieur agronome au XVIIe siècle, la fraise blanche du Chili a progressivement pris racine dans ce bocage du nord-ouest breton, avant d’être remplacée par la précoce gariguette au XXe siècle. Sur cinquante hectares et presque autant de serres, quelques dizaines de producteurs cultivent le délicieux fruit rouge, parfois en pleine terre, souvent en hors-sol, appelé « jardin suspendu » par ses défenseurs. « Pour un hectare de récolte, il faut cinq hectares de terre. J’ai préféré faire le choix du jardin suspendu », explique Frédéric Rolland qui emploie jusqu’à 25 personnes au moment de la cueillette.

Associé à 36 autres installations, le co-président de l’association des producteurs des fraises de Plougastel a entamé les longues démarches d’obtention de l’IGP, qui pourrait prendre trois à cinq ans. A l’image de la mâche nantaise, qui a obtenu son label dès 1999, les producteurs veulent définir une zone géographique de culture de la fraise. « Les frontières existent déjà mais il nous fallait les formaliser », poursuit le président. Plougastel-Daoulas et Loperhet, ainsi que les zones littorales de Dirinon, Hanvec, Daoulas, l’Hopital-Camfrout et Logonna-Daoulas pourront y prétendre.

Il leur faudra également trouver des « éléments différenciants », afin de prouver l’originalité de leur savoir-faire. « Les études météorologiques montrent que nous profitons d’un climat atypique sur notre bassin de production ».

« Un meilleur taux de sucre »

Jamais trop chaud, jamais trop froid et une hygrométrie parfaitement adaptée à la croissance du fruit rouge. « On peut les cueillir mûres, elles sont plus brillantes, elles ont un meilleur taux de sucre », argumente Frédéric Rolland.

L’obtention de l’IGP, qui pourrait prendre trois à cinq ans, offrirait également des perspectives plus pérennes aux jeunes producteurs souhaitant reprendre les installations existantes. « C’est un gage de qualité qui nous permettrait de conserver un certain prix. Je ne peux pas me battre avec une fraise allemande vendue à trois euros le kilo », assure l’agriculteur de 47 ans. Au pic de la saison, 650 à 700 personnes travaillent à la cueillette des fraises à Plougastel-Daoulas.