Retraites : Mais quelle est donc cette « petite » réforme qui se cache derrière la grande ?

FINANCES Le déséquilibre du système de retraites fait débat parmi les économistes

Nicolas Raffin

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Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, participe à une consultation citoyenne le 21 Novembre 2019 a Poitiers.
Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, participe à une consultation citoyenne le 21 Novembre 2019 a Poitiers. — GUILLAUME SOUVANT/DICOM/SIPA
  • Le gouvernement réunit les partenaires sociaux ces lundi et mardi pour faire le point sur la réforme des retraites.
  • La question d’un retour à l’équilibre du système actuel sera mise sur la table.
  • Un collectif d’économistes estime qu’il n’est pas nécessaire d’allonger la durée du travail pour dégager de nouvelles recettes.

Dernier arrêt avant la grève contre la réforme des retraites. Le Premier ministre, Edouard Philippe, reçoit ces lundi et mardi les syndicats et le patronat pour un ultime round de discussions avant le large mouvement social du 5 décembre. Concernant le système universel voulu par Emmanuel Macron, aucune avancée n’est en vue : Matignon prévoit simplement de faire « un point sur la réforme », sans dévoiler les arbitrages clés sur les sujets sensibles (âge pivot, durée de cotisations, etc).

En revanche, l’exécutif entend dialoguer avec les partenaires sociaux sur la « petite » réforme des retraites. De quoi s’agit-il ? Avant de mettre en œuvre sa « grande » réforme, Emmanuel Macron a promis de ramener le système actuel à l’équilibre en 2025. Cet équilibre (ou déséquilibre) correspond à la différence entre le montant des pensions à payer et le montant des cotisations versées par ceux qui travaillent. A de multiples reprises, le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a rappelé l’importance de cet indicateur. La semaine dernière, devant le Sénat, il a évoqué sa « responsabilité (…) à ne pas faire porter sur les jeunes le poids d’un déficit que nous n’aurions pas réglé ».

Les scénarios sur la table

Pour y voir plus clair, le gouvernement a donc sollicité le Conseil d’orientation des retraites (COR) afin d’avoir une estimation du déficit. Selon leur rapport publié le 21 novembre, le système des retraites actuel présenterait un déficit compris entre 7,9 milliards d’euros et 17,2 milliards d’euros à l’horizon 2025. Dans la logique du gouvernement, c’est autant d’économies à trouver rapidement s’il veut tenir sa promesse.

Afin de revenir à l’équilibre, le COR propose trois scénarios principaux. Le premier consisterait à augmenter le taux de cotisation de ceux qui travaillent aujourd’hui (+0,7 à +1,5 point), ce qui reviendrait mécaniquement à baisser le salaire net perçu à la fin du mois. La deuxième option viserait à indexer les pensions à un niveau inférieur à l’inflation (comme c’est déjà le cas pour les pensions supérieures à 2.000 euros), entraînant une perte de pouvoir d’achat pour les retraités. Le dernier scénario consisterait à jouer sur l’âge de départ à la retraite, soit en augmentant l’âge légal (62 ans actuellement), soit en demandant davantage de trimestres de cotisation pour partir à taux plein.

En théorie, ce sont ces hypothèses que le gouvernement pouvait évoquer avec les partenaires sociaux à partir de ce lundi. Mais en réalité, pour ramener le système à l’équilibre, l’exécutif mise tout sur une seule option : l’allongement de la durée du travail. Invité de France Inter la semaine dernière, Edouard Philippe avait en effet indiqué que la baisse des pensions et l’augmentation des cotisations des actifs n’étaient « pas acceptables ». « Il faut dire aux Français, clairement, tranquillement (…) que nous allons travailler plus longtemps » avait conclu le Premier ministre.

Un déficit artificiel ?

Fin du débat ? Pas forcément. Déjà parce que le COR lui-même n’est pas unanime sur le sujet. « Le fait que le système de retraite présente un déficit en 2025 n’implique pas nécessairement pour tous les membres du COR que celui-ci doive être résorbé à cette échéance par des mesures d’économies, est-il précisé dans le rapport. De même, le fait que ce rapport présente l’impact chiffré de potentielles mesures ne signifie pas que celles-ci soient considérées comme opportunes par tous. »

Par ailleurs, le collectif des Economistes Atterrés, critique du libéralisme, propose une autre analyse du déficit, qu’il juge « construit de toutes pièces ». L’auteur de la note, l’économiste Henry Sterdyniak, rappelle que la majeure partie du problème proviendrait de la fonction publique. Avec la diminution du nombre de fonctionnaires prévue dans les prochaines années et le gel de leurs salaires (ou traitements), l’État versera mécaniquement moins de cotisations, alors que le nombre de retraités continuera d’augmenter. Mais pour l’économiste, ce n’est pas forcément un souci puisque ce « déficit » des retraites signifiera une amélioration des comptes publics (l’État « économisera » de l’argent sur les cotisations qu’il pourra utiliser autre part).

Henri Sterdyniak relève aussi qu’en 2025, l’État se sera débarrassé de sa dette sociale et qu’il disposera alors d’au moins 16 milliards d’euros qu’il paye pour l’instant à ses créanciers. De plus, si la baisse du chômage se poursuit, cela améliorera les comptes de l’Unédic : un taux de chômage de 7 % ( l’objectif du gouvernement) entraînerait un excédent de 12 milliards d’euros. Selon l’économiste, il serait alors facile d’équilibrer le régime des retraites avec cette manne sans imposer de nouvelles mesures aux Français. De quoi donner des arguments aux syndicats pour leur discussion avec Edouard Philippe.