Bourse : Le succès de la privatisation de la FDJ est-il vraiment « populaire » ?

FINANCES En France, la détention d’actions reste l’apanage d’une minorité

Nicolas Raffin

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Bruno Le Maire et la cloche d'Euronext, la Bourse de Paris.
Bruno Le Maire et la cloche d'Euronext, la Bourse de Paris. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • La Française des Jeux est officiellement entrée en Bourse ce jeudi.
  • Le gouvernement a beaucoup communiqué sur le côté « populaire » des nouveaux actionnaires.
  • En France, la majorité des actions boursières reste cependant détenue par les plus aisés.

Bruno Le Maire n’a pas caché sa joie, ce jeudi matin, au moment de la fameuse cérémonie de la cloche marquant l’entrée en Bourse de la Française des jeux (FDJ). « Cette opération est un immense succès populaire » s’est félicité le ministre de l’Economie, pour qui cela marque « la réconciliation des Français avec l’économie, les marchés, les entreprises ». Quelques jours auparavant, il avait également parlé des « petits souscripteurs (…) qui croient en cette opération ».

Ces éléments de langage font évidemment référence à la figure du « petit porteur » ou du « boursicoteur » qui possède quelques actions, par opposition aux fonds spéculatifs ou aux grands investisseurs aux larges portefeuilles. D’un point de vue purement numérique, 500.000 Français ont demandé des actions FDJ, pour un montant total d’environ 1,6 milliard d’euros, signe d’un réel intérêt des particuliers pour ce produit. Leur nombre reste néanmoins modeste comparé à l’entrée en Bourse d’EDF, qui avait séduit 5 millions de Français en 2005, soit dix fois plus.

Les actions n’ont pas la cote

Pour l’heure, impossible de connaître le profil-type de l’actionnaire FDJ. S’agit-il de vrais novices ou de particuliers qui détiennent déjà des actions par ailleurs ? Dans le cas où une majorité de porteurs d’actions FDJ ne seraient pas des nouveaux venus en Bourse, l’argument d’une « réconciliation » avec les marchés vanté par Bruno Le Maire ne tiendrait plus.

Faute de données précises pour la FDJ, il faut donc regarder le tableau global. Si l’on se penche sur la manière dont les Français gèrent leur patrimoine, la Bourse est encore très loin de représenter un succès populaire. Selon les dernières statistiques de la Banque de France, au troisième trimestre 2019, les placements financiers des ménages représentaient 5.276 milliards d’euros au total.

A l’intérieur de cette masse, les actions cotées détenues directement représentent seulement 5,4 % des placements financiers réalisés par les Français. Le gros du patrimoine financier reste épargné sur les livrets réglementés (Livret A par exemple), les assurances-vie en euros ou tout simplement… sur les comptes courants (11 % du total). Autrement dit, détenir une action est encore loin d’être une habitude très répandue pour les ménages.

Une concentration sur les hauts revenus

Cela se confirme lorsqu’on regarde par qui ces actions sont détenues. Selon l’Insee, seulement 9 % des ménages possèdent un compte-titre ordinaire, et 16,5 % un PEA (plan d’épargne-actions). Cela signifie que la détention d’actions est concentrée sur une petite partie de la population française. Un rapport du Sénat daté de 2003 rappelait d’ailleurs que « près de la moitié des actions sont détenues par 1 % des ménages. Près des trois quarts le sont par 5 % des ménages ».

Et ce sont souvent les ménages aisés, voire très aisés, qui cumulent le plus d’actions. Selon une étude de l’Insee parue en 2018, les 90 % des ménages les plus modestes déclaraient en moyenne gagner 570 euros par an grâce à leurs valeurs mobilières (dont font partie les actions). Les 1 % les plus aisés (environ 290.000 ménages) déclaraient de leur côté 36.470 euros de gains moyens. C’est 63 fois plus que le reste de la population. Compte tenu de la structure de l’actionnariat particulier en France, il serait donc probable que les actions FDJ nouvellement mises sur le marché aient été majoritairement achetées par moins de 10 % des ménages français. Dans cette hypothèse, le « succès » de la privatisation de la FDJ ne serait pas aussi « populaire » que prévu.

Première journée à la Bourse 

Le titre FDJ a entamé sa cotation ce jeudi à 9h30 sur le marché parisien à 23 euros, soit un bond de quelque 15% par rapport au prix de 19,90 euros fixé pour son introduction. Le cours de l'action s'est ensuite stabilisé. Vers 17h30, elle s'échangeait à 22,60 euros.