« Ça pourrait influencer mon choix », « Il faut s’assurer de sa fiabilité »… Le futur « Franco-score » d’Intermarché séduit-il les consommateurs ?

BLEU, BLANC, ROUGE Le groupe Intermarché a dévoilé son futur « Franco-score », outil visant à mettre en valeur les ingrédients français dans ses produits

Romarik Le Dourneuf

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Intermarché encourage tous les producteurs à utiliser le Franco-score
Intermarché encourage tous les producteurs à utiliser le Franco-score — Photomix
  • Intermarché a annoncé la mise en place, en 2020, d’un « score » indiquant le pourcentage d’ingrédients français dans ses propres produits.
  • Le groupe propose à ses concurrents d’utiliser le même outil.
  • Interrogés, les lecteurs de 20 Minutes se disent favorables à cette initiative et souhaitent son extension, à condition que les informations soient strictement contrôlées.

A l’heure où le « Made in France » est devenu un argument marketing fort, les initiatives pour produire français se multiplient. Suivant ce mouvement, le groupe Intermarché a dévoilé, le 2 novembre dernier, son programme « Franco-score ». Destiné à une mise en application dans le courant du premier semestre 2020, il consiste en un étiquetage permettant de connaître le pourcentage d’ingrédients français dans ses produits. Une jauge apparaîtra aux côtés d’une carte de France pour connaître la part de « francité » et les lieux de fabrication. Dans un premier temps, seuls les produits laitiers et de charcuterie de ses propres marques seront concernés.

Thierry Cotillard, le président du groupe, a annoncé à 20 Minutes que « Franco- score » serait accompagné d’une application mobile nommée « Smart conso », qui permettrait de connaître plus en détail l’origine et la fabrication des ingrédients français et étrangers présents dans la composition des produits. Sûr de son outil, il entend même le mettre à disposition des autres distributeurs et des marques (en open source), afin de le généraliser. Mais qu’en pensent les lecteurs de 20 Minutes ?

Un accueil positif… sous conditions

« Ça pourrait vraiment influencer mon choix dans les rayons. Pour quelques centimes de différence, je prendrais le plus grand pourcentage français », estime Damien, qui a répondu à notre appel. Ils sont nombreux, comme lui, à accueillir cette annonce positivement. Aymeric abonde : « Je cherchais déjà les produits français, mais c’est galère. Avec ce type d’étiquetage, je gagnerais du temps et je serais plus sûr de mon choix. » Anti-mondialisation, Linda, elle, ne demande pas « qu’on se mette à produire du cacao dans les Ardennes, mais si on produit quelque chose chez nous, autant le privilégier. » Ils sont ainsi plusieurs internautes à demander une décomplexion. C’est le cas de Christelle : « J’ai vécu en Allemagne et là-bas, ils n’hésitent pas à mettre l’accent sur les produits nationaux. »

Une adhésion au projet, donc, mais à certaines conditions. Car la fiabilité de l’information revient à de nombreuses reprises dans les mots de nos lecteurs. Pour éviter d’être désabusé, comme Peter : « Il y a eu trop de magouilles avec les étiquetages. Je n’y crois plus. » Certains demandent même à ce que des sanctions exemplaires soient prises en cas de fraude ou de tromperie. Une autre préoccupation apparaît, celle de la rétribution aux agriculteurs et aux producteurs locaux. « Si cela permet de favoriser notre agriculture qui n’arrive pas à vivre de son travail, alors je m’y mets », annonce ainsi Marjorie. Et si certains, comme Laëtitia, voient local – « Je suis à 100 % pour, mais uniquement si c’est pour faire fonctionner le régional » – d’autres visent plus large. « Je veux que cela participe à mon environnement proche. On n’est pas obligé de s’arrêter à la nationalité du producteur. Si on habite en Savoie ou en Alsace, ça a du sens de consommer une production italienne ou allemande », nous dit Gabriel. Une proximité qui se veut également écologiste pour Laura, Sabine ou encore Romain, pour qui « un produit ne doit pas faire trois fois le tour de la France avant d’être proposé en magasin », au risque de perdre une grande partie de son intérêt.

Les consommateurs veulent aller plus loin

Le « Franco-score » est donc vu comme un bon début, mais les lecteurs de 20 Minutes veulent aller plus loin. Dans leur grande majorité, ils demandent que l’information sur l’origine des produits s’étende à tous les secteurs. « Il faut que ça se développe aussi pour les  vêtements, les automobiles, les meubles… », résume Gaëlle. D’autres réclament davantage d’indications sur les emballages et sur l’application que prépare Intermarché, comme celles que l’on retrouve sur l’appli Yuka, souvent citée, ou encore le Nutriscore. On parle notamment d’un indice indiquant l’impact carbone plutôt que « des photos de gens béats » plaisante un internaute. Simon voit même plus loin que l’emballage : « Comme les rayons " bio ", on devrait avoir des rayons 100 % Français. Ce pourrait être plus cher aussi, mais le choix serait clair pour tout le monde. »

Le « Franco-score » doit faire ses preuves

La mise en application de l’indice « Franco-score », elle, sera regardée de près. Emile demande aux autorités de « prendre en charge le contrôle de cette application et de s’assurer de sa fiabilité ». Sans aller aussi loin, les associations de consommateurs contactées par 20 Minutes demandent à voir. « Bien entendu, l’initiative est louable et nous espérons sa bonne marche », confie Lisa Faulet, chargée de mission alimentation à la CLCV. Elle ajoute : « Nous aurons un œil attentif sur le développement de cette initiative, mais il faut savoir avant tout comment cela sera contrôlé, et l’idéal serait qu’une autorité indépendante s’en charge. » Autre idée : « avoir un outil commun à tous les distributeurs pour qu’il puisse comparer. » Vincent Berionni, fondateur de la Fédération indépendante du Made in France, est sur la même ligne : « On ne peut qu’encourager la démarche. Après, il faut quand même trouver un moyen de s’assurer que les promesses soient tenues. Et il serait profitable que toutes les enseignes s’engagent dans une démarche similaire. » Lui aussi appelle à un outil commun à tous, et surtout à un moyen de contrôle.

Contactés par 20 Minutes, les groupes Auchan et Système U n’ont pas voulu commenter les initiatives d’un concurrent, ni confirmer ou infirmer leur intérêt pour le futur « Franco-score ». Les groupes Carrefour et E.Leclerc n’ont pas répondu à nos demandes. Egalement sollicitée, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ne souhaite pas se prononcer sur le sujet.