Saint-Nazaire : En manque de main-d’œuvre, les Chantiers de l’Atlantique ouvrent leur propre école

INDUSTRIE L'école formera une cinquantaine de stagiaires par an aux métiers de charpentier-métal, soudeur et tuyauteur

Frédéric Brenon

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Des élèves de la nouvelle école des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire.
Des élèves de la nouvelle école des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire. — F.Brenon/20Minutes
  • Les Chantiers de l’Atlantique ne parviennent pas à combler leurs besoins de recrutement.
  • Ils ont donc créé leur propre école afin de former leur futur personnel.
  • Les élèves suivent une formation d’un an au cœur de l’entreprise.

Le carnet de commandes ne désemplit pas. Treize navires restent à construire alors que le dernier en date, le paquebot MSC Grandiosa, a été livré il y a à peine quinze jours. Pour faire face à cette charge de travail « dont personne ne se plaindra », les Chantiers de l’Atlantique embauchent : 500 postes à pourvoir en 2019 à Saint-Nazaire, près de 200 postes recherchés en 2020. Des soudeurs, des charpentiers métaux, des tuyauteurs, principalement.

« Le problème, c’est que nous ne parvenons pas à recruter en nombre suffisant, faute de candidats formés, regrette Laurent Castaing, directeur général des Chantiers. La plupart des industriels connaissent la même difficulté. » Voilà pourquoi le principal constructeur naval français a décidé d’ouvrir sa propre école. Une démarche originale qui lui aura coûté 1 million d’euros. Les locaux, flambant neufs, ont été inaugurés mercredi au cœur de l’entreprise.

Formation très pratique

Arrivée début octobre, la première promotion (huit élèves) y apprend à souder, mouler, découper des pièces, avant de recevoir, si tout va bien, en fin d’année scolaire, un certificat de qualification paritaire de la métallurgie (CQPM). « La formation est majoritairement axée sur la pratique. Et une grande partie se déroule dans nos ateliers de fabrication », explique Tony Filleau, responsable de l’école. Les formateurs sont tous des salariés des Chantiers « maîtrisant parfaitement les spécificités de la construction maritime ».

La première promotion de l'école des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire.
La première promotion de l'école des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire. - F.Brenon/20Minutes

Les stagiaires, eux, ont des profils parfois étonnants. Dominique, 41 ans, était cuisinier. « J’avais envie de changement. Cette école m’offrait l’opportunité de découvrir autre chose. Travailler à la construction de géants des mers, en plus, c’est très motivant. » Alann, 23 ans, arrive de Bourgogne pour « apprendre les métiers du métal ». Il ne regrette pas. « Le matériel est neuf. Les profs sont passionnés. Les ateliers et bateaux sont juste à côté, c’est très concret », raconte-il.

« On est sûr d’être embauché derrière »

« Si on est sérieux, on est sûr d’être embauché derrière », se réjouit Jack, 22 ans, « très satisfait » de ce qu’il apprend depuis un mois, lui qui envisageait initialement d’être prof de sport. « Qu’importent le diplôme et le parcours. Ce qu’on veut ce sont des gens motivés et qui ont envie de nous rejoindre », insiste le responsable de l’école.

Les Chantiers espèrent former ainsi 50 élèves par an. « Ça ne suffira pas à combler tous nos besoins de recrutement, précise Laurent Castaing. Mais l’école sera déjà très utile pour pérenniser notre savoir-faire et les valeurs de l’entreprise. Je crois qu’elle va servir pendant longtemps. »

Du travail pour au moins dix ans

Après le départ récent du MSC Grandiosa, dix paquebots restent à livrer. Le prochain sera le Celebrity Apex pour l'armateur RCCL. Actuellement visible dans le bassin de Penhoët, il partira début 2020. En septembre, ce sera au tour du MSC Virtuosa de quitter Saint-Nazaire. A ces dix navires de croisière, il faut ajouter la construction de trois bateaux militaires ravitailleurs de flotte, en collaboration avec Naval Group.