VIDEO. Bouches-du-Rhône : Pourquoi la marque marseillaise Puget n'utilise aucune olive française (ou presque) pour son huile

CONSOMMATION A Vitrolles, au cœur de la Provence, se trouve l’usine Lesieur qui embouteille la totalité des huiles d’olive Puget, faites essentiellement à partir d'olives non pas françaises, mais européennes

Mathilde Ceilles

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L'usine Lesieur de Vitrolles produit l'ensemble des bouteilles d'huiles d'olive Puget.
L'usine Lesieur de Vitrolles produit l'ensemble des bouteilles d'huiles d'olive Puget. — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • L’usine Lesieur de Vitrolles produit l’ensemble de l’huile d’olive de la célèbre marque marseillaise Puget.
  • Cette huile est le fruit d’un assemblage de plusieurs huiles importées de l’Union Européenne.
  • Les huiles d’olive françaises sont en effet trop coûteuses et en quantité insuffisante pour faire face à la demande.

Les bouteilles défilent à un rythme effréné sur les tapis roulants de l’usine. Entre 3.000 et 12.000 bouteilles d’huiles d’olive sortent chaque heure du site Lesieur de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône. C’est de là, au cœur de la Provence, dans cette usine de 29.000 m² qui emploie 41 personnes, que provient l’ensemble des bouteilles d’huiles d’olive de la marque Puget, un des leaders français du marché.

Crée en 1857 par le Marseillais Adolphe Puget, la marque française a longtemps cultivé son identité provençale à travers de célèbres publicités, notamment à la fin des années 1990, date à laquelle Puget a connu une importante croissance à la faveur de la mode des régimes méditerranéens. Qui ne se souvient pas ainsi de la célèbre jeune fille sur son vélo qui parcourait Porquerolles sur fond de Dario Moreno, ou des apparitions de Fernandel qui vantaient les bienfaits de Puget « avé l’accent » ?

« Fernandel, c’est fini »

« Fernandel, c’est fini », confie l’actuel directeur du site, Thomas Kermorgant. Depuis quelques années, la marque a changé sa stratégie de communication. Et pour cause : comme indiqué sur le devant de sa bouteille, son huile d’olive n’est pas d’origine provençale, mais importée de pays de l’Union Européenne, comme le font plusieurs de ses concurrents. « Pendant longtemps, on n’a pas trop assumé cela, reconnaît Thomas Kermorgant. Mais désormais, on assume d’avoir des process, une industrie, ce qui n’empêche pas un produit de qualité. »

Et de justifier : « Ici, à Vitrolles, on embouteille 15 millions de litres d’huiles d’olive Puget, et deux millions de litres d’huiles d’olive Lesieur. Or, la production française d’huile d’olive se chiffre à 5 millions de litres par an pour les bonnes années, sachant qu’il faut cinq à six kilogrammes d’olives pour faire un litre. Dans le même temps, les Français achètent pour leur consommation personnelle 70 millions de litres d’huile d’olive par an. Et la production mondiale est de 3.000 millions de litres par an, dont 1.600 millions sont faits en Espagne. »

Une question de prix et de goût

Aussi, l’huile d’olive Puget que l’on trouve habituellement sur les étals des supermarchés est issue d’un savant mélange secret de plusieurs huiles importées d’Espagne, d’Italie ou de Grèce par exemple. Leur dosage change en fonction des années et des récoltes, avec toutefois une obligation : faire en sorte que l’huile d’olive Puget conserve inexorablement le même goût, quelles que soient la météo ou les saisons. Les bouteilles font donc l’objet d’un contrôle chronique et les huiles sont goûtées régulièrement par les salariés et l’oléiologue de l’usine.

« Il serait plus difficile de proposer une huile française à 7,50 euros le litre comme on le fait », estime Thomas Kermorgant. Un argument non négligeable quand on sait que le prix de l’huile d’olive Puget est un de ses principaux atouts. La marque a toutefois décidé l’an dernier de se lancer dans une huile d’olive produite uniquement à partir de matière première française, dans les Alpilles. « Nous la vendons 11 euros le demi-litre, en tirant à ras les pâquerettes toutes les marges, confie Thomas Kermorgant. » Un produit qui, pour l’heure, peine à trouver son public…