Vous avez dit « surmenage » ? Un cadre sur cinq pense à son travail en faisant l’amour

ENTREPRISES Un sondage s’intéresse à la trop grande importance prise par la vie professionnelle

N.R.

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Pas facile de déconnecter loin du bureau.
Pas facile de déconnecter loin du bureau. — Superstock/Sipa/ Montage 20 Minutes
  • Un sondage Ifop pour Mooncard, dévoilé ce mercredi, montre l’emprise du travail sur la vie privée des cadres.
  • 94 % des sondés reconnaissent penser à leur boulot le week-end.
  • 20 % d’entre eux y pensent également en pleine relation sexuelle.

C’est le week-end, il fait froid dehors, et vous êtes sous la couette, en plein ébat avec votre partenaire. La température monte, le plaisir aussi, quand soudain ! Une pensée vous assaille : avez-vous bien pensé à envoyer ce mail pour le briefing de demain avec Bruno de la compta ? Si cette histoire vous dit quelque chose, sachez que vous n’êtes pas seul. Selon un sondage Ifop* réalisé pour Mooncard publié ce mercredi, 20 % des cadres interrogés ont reconnu qu’ils pensaient au travail en faisant l’amour.

C’est l’un des exemples de cette « charge mentale professionnelle » mise en avant dans le sondage, et qui empoisonne la vie de pas mal de monde. Ainsi, 95 % des cadres questionnés reconnaissent penser au travail le soir (60 % « souvent », 35 % « de temps en temps »). Ce constat touche toutes les générations de manière égale : « les jeunes [moins de 35 ans], souvent décrits comme moins engagés dans l’entreprise, sont aussi nombreux que leurs aînés à penser au boulot » note l’étude.

L’enfer des mails

Une difficulté à se déconnecter qui ne se cantonne pas à la semaine : 94 % des cadres pensent aussi au travail le week-end, et 62 % lorsqu’ils pratiquent une activité sportive. Pour comprendre cette emprise du travail sur la vie privée, l’étude évoque un « syndrome du vase qui déborde ».

Par exemple, 77 % des sondés expliquent qu’ils ont « trop de choses à gérer à même temps » et 80 % disent avoir de temps en temps « l’impression qu’ils ne vont pas s’en sortir ». Illustration avec trois tâches jugées « pénibles » par une majorité de sondés : les obligations de « reporting » (suivi des objectifs, cité par 59 % du panel), les réunions (63 %), et la gestion des mails (63 %).

Ces chiffres ont une traduction concrète dans la vie quotidienne. Ainsi, les cadres qui déclarent penser « très souvent » au travail le soir sont également 75 % à avoir des difficultés à dormir. Ils sont aussi 58 % à reconnaître que leur boulot génère « souvent » des tensions avec leur conjoint ou leur proche. A l’inverse, lorsque le travail est mis de côté une fois rentré à la maison, les sondés déclarent moins de problèmes de sommeil… et moins de problèmes de couple.

Partir un jour

Ce constat sur l’omniprésence du travail fait écho à un film sorti l’année dernière. Intitulé Rêver sous le capitalisme, ce long-métrage laissait la parole à plusieurs personnes qui racontaient un rêve lié au travail et la façon dont ils l’interprétaient.

« Le capitalisme ne nous définit pas intégralement et ne définit pas nos rêves, rappelait à cette occasion le psychiatre Christophe Dejours. Mais il nous impose à tous de nous débattre, de nous confronter à la question de la domination. Même quand vous êtes cadre ou directeur général, vous avez toujours un conseil d’administration au-dessus de vous… ». Face à cette situation, le droit à la déconnexion semble plus que jamais important, tout comme le droit à la démission, récemment modernisé dans la nouvelle formule de l’assurance-chômage.

*1.003 cadres français interrogés par l’institut Ifop pour Mooncard.

- Dans des structures de 10 salariés et plus

- En région parisienne et en province

- Salariés du secteur privé et public (Représentatifs en termes de sexe, d’âge, secteur d’activité, niveau de diplôme)

Étude réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 16 au 22 juillet 2019

**Auteur de « Le choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité » (2015)