L'Islande au bord du naufrage

REPORTAGE Croissance en chute, Bourse qui dévisse, prix qui flambent, c'est la panique...

En Islande, Youpress

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Depuis le début de la crise financière qui touche très fortement l'Islande, la fréquentation du centre commerciale Kringlan est en baisse.
Depuis le début de la crise financière qui touche très fortement l'Islande, la fréquentation du centre commerciale Kringlan est en baisse. — P-H. DESHAYES / AFP

Le Black Berry vibre sans cesse, le téléphone sonne, une montagne de feuilles s’écroule sur l’immense bureau ministériel. En ces temps de quasi-faillite nationale, même le dimanche, le ministre de l’Economie n’a pas le temps de souffler. Le jeune Bjorgin Sigurdsson, 38 ans, s’installe sur l’énorme fauteuil en cuir. «Je n’ai que quelques instants à vous accorder, j’ai une réunion d’urgence avec le reste du gouvernement», affirme Bjorgin Sigurdsson, le regard bleu glacé.

Une rencontre au sommet pour décider de l’opportunité de demander une aide au FMI. «Pour nous, c’est un véritable Big Bang», juge-t-il entre deux gorgées de café. «Cela aurait pu être pire, mais c’est tout de même une explosion du système financier. Nous mettrons 5 à 6 ans avant d’être de nouveau sur pied».

Les prix de l'alimentaire flambent

C’est peu dire: en deux semaines l’île au PNB par habitant le plus fort du monde a connu ce qui s’apparente à une descente aux enfers. Après les banqueroutes des trois plus grosses banques du pays entrainant leur nationalisation, la Nordic Exchange, la bourse islandaise ouvre à moins 76%. Une débâcle entrainant dans son sillage les placements de 85.000 petits actionnaires et plusieurs centaines de licenciements, un record dans cette petite île de 313.000 habitants. «Le prêt du FMI (dont l’annonce devrait avoir lieu avant jeudi, ndlr), pourrait être la seule solution pour sortir de la crise», jure le ministre.

Dans les rues de la capitale pourtant, le prêt international est loin d’être la préoccupation principale des Islandais. Une brève à peine dans le quotidien national à côté des retraites qui fondent (les fonds de pension ont disparus), des prix de l’alimentaire qui flambent, des placements perdus et des traites qui s’envolent.

Les Islandais se serrent la ceinture

Attablée dans un bar de la rue principale, nous rencontrons Erla, 19 ans. «Mon père a perdu 4 millions de couronnes (26.666 euros), raconte l’étudiante. Mon oncle a mis en vente son écran plasma et son 4X4». La jeune femme relativise: «Il ne faut pas exagérer, nous sommes loin de mourir de faim, mais nous étions habitués à vivre dans l’opulence et maintenant l’heure est à l’économie.»

Erla n’a pas tort, en ces temps de crise, les Islandais ont décidé de se serrer la ceinture. Dans les rayons de Bonus, le supermarché Hard Discount, Dogg, poussette à la main, déclare: «Depuis quelques jours, je fais des listes de courses et je m’y tiens.» Et pour cause: Le pays connaît une inflation record de 14% cette année. Ainsi, Sigurnur qui tient un snack dans la gare routière a enregistré «une augmentation de 10% à 20% des prix de ces produits en deux semaines». Il ajoute: «Tout le monde prend le bus depuis le début de la crise, je n’ai jamais vu autant de nouvelles têtes.»

La joie des professionnels du tourisme

C’est le cas de Jon, 29 ans, qui a renoncé à utiliser sa voiture le week-end. Ce jeune graphiste va plus loin: «J’ai même acheté du riz et de boîtes de conserves, de quoi tenir 4 ou 5 jours.» Même les commerçants de l’alimentaire s’adaptent en faisant des stocks pour éviter la flambée des prix. D’autres comme Johann qui tient une boutique de prêt-à-porter préfère commander moins, car ils savent que «pour Noël les gens vont peu consommer».

Mais certains tirent tout de même leur épingle du jeu. C’est le cas des professionnels du tourisme. Louise, employée à l’Office du tourisme de Reykjavik se réjouit: «Depuis la crise, nous n’avons jamais eu autant de vacanciers, les médias, en parlant de l’effondrement de notre monnaie nous ont fait une publicité d’enfer.»