Trois traders parient sur un «rebond de la Bourse»: ils font perdre 600 millions d'euros à la Caisse d'Epargne

BANQUE Christine Lagarde a demandé à la Commission bancaire de «diligenter une mission de contrôle»...

Avec agence

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La banque française Caisse d'Epargne a perdu "de l'ordre de 600 millions d'euros" lors d'un "incident" dans le cadre de son activité sur les marchés d'actions, pendant la semaine du 6 octobre marquée par le krach boursier, a-t-elle annoncé vendredi dans un communiqué.
La banque française Caisse d'Epargne a perdu "de l'ordre de 600 millions d'euros" lors d'un "incident" dans le cadre de son activité sur les marchés d'actions, pendant la semaine du 6 octobre marquée par le krach boursier, a-t-elle annoncé vendredi dans un communiqué. — Stephane de Sakutin AFP

200 millions d'euros chacun, «seulement». Jérôme Kerviel peut dormir sur ses deux oreilles. La perte de 600 millions subie par la Caisse d'Epargne est le fait de trois traders qui ont parié sur un «rebond de la Bourse», confie un proche du dossier à l'AFP.

Malheureusement, ils ont misé gros juste avant qu'elle ne chute brutalement le 6 octobre et ils ne sont pas arrivés à se «refaire». Ballot. «Ils ont joué le rebond de la Bourse et la baisse de la volatilité» des marchés, mais les Bourses ont chuté lundi 6 octobre et ils «se sont pris le maximum de la punition», précise le cadre de l'Ecureuil.

«Ils ont essayé de déboucler leur position» mais n'y sont pas parvenus car «personne en face» n'était prêt à leur racheter leurs actions. Nicolas Cori, spécialiste des Bourses à «Libération», s'il ne parle que d'un trader, revient avec moults détails techniques sur le scénario catastrophe.

Un scénario proche de la Kerviel attitude, à ceci près que la hiérarchie de l'Ecureuil semble avoir encouragé ces prises de position risquées.

Lagarde abattue, Sarkozy demande aux «responsables» de «tirer les conséquences»

Un «incident». C'est ainsi que la Caisse d'Epargne a qualifié ce vendredi sa perte «de l'ordre de 600 millions d'euros» en Bourse pendant la semaine du 6 octobre marquée par le krach.

La ministre de l'Economie Christine Lagarde s'est déclarée «particulièrement frustrée et découragée» cette nouvelle, qui n'arrive pas «au meilleur moment». Elle a aussitôt demandé à la Commission bancaire, l'autorité de tutelle des banques, de «diligenter une mission de contrôle» à la Caisse d'Epargne.

«L'incident» s'est produit au sein de la division «dérivés actions» dans le cadre des activités pour compte propre, par opposition aux activités pour le compte de clients, de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE), organe central du groupe mutualiste.

Depuis le Québec où se tient un sommet entre l'UE et le Canada, Nicolas Sarkozy a déclaré: «Mon sentiment est que ce n'est pas acceptable, que tout ceci montre l'inconséquence de l'absence de prise de responsabilité.» «J'ai dit que dans cette crise chacun devait prendre ses responsabilités quel que soit son niveau et quelles que soient ses responsabilités. 640 millions de perdus c'est suffisant pour que les responsables sachent en tirer les conséquences», a-t-il ajouté.

Le directeur financier limogé

Il a été décelé «dans le cadre des procédures habituelles de contrôle», selon le communiqué de la banque. L'équipe en charge des dérivés actions n'a «pas respecté» certaines limites en termes de montants investis sur ce marché en dépit des «instructions» qui lui avaient été données «compte tenu des conditions de marché», a indiqué une source proche du dossier.

La banque a été contrainte de «solder cette position» alors que les marchés étaient en pleine tourmente, ajoute-t-elle. Le directeur financier de la CNCE devrait être limogé tandis que des sanctions ont déjà été prises contre l'équipe responsable de cet «incident», soit une «demi-douzaine» de personnes au total, a précisé la source proche du dossier.

En revanche, Julien Carmona, membre du directoire de la CNCE, en charge des finances et des risques, «reste en place», précise-t-on.

«Cette perte n’affecte pas la solidité financière du groupe»

«Compte tenu de son niveau de fonds propres, plus de 20 milliards d’euros, et de son importante liquidité, cette perte n’affecte pas la solidité financière du groupe et n’a aucune conséquence sur la clientèle», assure la banque.

Début octobre, «Le Canard enchaîné» avait révélé que la Caisse d'Epargne était à la recherche de 6,5 milliards d'euros pour consolider sa situation financière. Des affirmations que le groupe avait formellement démenties.
Précédent Début 2008, la Société Générale a subi une perte de 4,9 milliards d'euros au sein de sa division dérivés actions à cause d'une position gigantesque prise par le trader Jérôme Kerviel sur ces marchés qu'elle avait été obligée de solder dans l'urgence alors que les Bourses mondiales étaient en chute libre.