Chantiers navals de Saint-Nazaire : Bruxelles ouvre une enquête sur le rachat par Fincantieri

ECONOMIE Le rachat serait susceptible de réduire « la concurrence sur le marché de la construction navale de croisière », s’inquiète la Commission européenne

20 Minutes avec AFP

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Les chantiers navals STX de Saint-Nazaire
Les chantiers navals STX de Saint-Nazaire — L. Venance / AFP
  • Selon la Commission européenne, le rachat des chantiers navals de Saint-Nazaire pourrait «entraîner une hausse des prix, une réduction du choix et une moindre incitation à l'innovation»
  • L'exécutif européen dispose désormais de 90 jours ouvrables pour prendre une décision.

Le feuilleton du rachat des chantiers navals de Saint-Nazaire n’est donc pas encore terminé… La Commission européenne a annoncé mercredi l’ouverture d’une enquête approfondie sur le projet d’acquisition des Chantiers de l'Atlantique par l’Italien Fincantieri. Bruxelles juge l’opération susceptible de réduire « la concurrence sur le marché de la construction navale de croisière », alors qu’il y avait jusqu’alors trois grands acteurs européens.

« Nous allons examiner scrupuleusement si l’opération envisagée est susceptible d’avoir une incidence négative sur la concurrence dans le domaine de la construction de navires de croisière, au détriment des millions d’Européens qui partent en croisière chaque année », a déclaré la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Décision attendue dans trois mois

A l’issue d’une enquête préliminaire, la Commission estime « peu vraisemblable » qu’un nouvel acteur puisse faire son entrée sur ce marché « en temps utile et de manière crédible pour compenser les éventuels effets négatifs de l’opération ». Selon elle, le rachat pourrait en effet « entraîner une hausse des prix, une réduction du choix et une moindre incitation à l’innovation ». En outre, elle juge que « les gros clients » ne disposeront « pas d’une puissance d’achat suffisante pour parer à tout risque d’augmentation des prix qui résulterait de l’opération ».

L’exécutif européen dispose désormais de 90 jours ouvrables, soit jusqu’au 17 mars, pour prendre une décision. Fincantieri avait exprimé dès mardi soir, après des informations de presse évoquant cette enquête, son désaccord avec la décision de l’UE si celle-ci venait à être confirmée. De son côté le ministère français des Finances a assuré ce mercredi qu’il restait « très attaché » au projet d’acquisition. « Nous sommes convaincus que la consolidation du secteur de la construction navale européenne est indispensable pour renforcer sa compétitivité et pour dégager les ressources nécessaires qui financeront l’innovation face aux concurrents, notamment chinois, dont l’arrivée sur le marché est une réalité », a-t-il réagi.

Un feuilleton commencé en 2016

La reprise des Chantiers de l'Atlantique par le groupe italien avait été annoncée en septembre 2017. L’accord conclu alors prévoyait que le groupe transalpin détiendrait 50 % du capital, plus 1 % supplémentaire prêté par l’Etat français. Ce feuilleton avait commencé en 2016 lorsque STX France avait été mis en vente pour cause de redressement judiciaire.

Fincantieri, contrôlé par l’Etat italien et seul candidat à la reprise, avait alors obtenu le feu vert du gouvernement de François Hollande. Mais Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, avait demandé en mai 2017 à revoir la participation française à la hausse, visant une répartition à parts égales.

Cette proposition avait d’abord été rejetée par Rome, les Italiens insistant pour détenir 51 % du capital et le contrôle du conseil d’administration. Les deux pays avaient finalement trouvé un compromis en septembre 2017.