Occitanie : Le secteur du tourisme bousculé par les changements d’habitude

TOURISME La saison a été bonne mais très contrastée d’un mois à l’autre, signe des profondes mutations que le secteur est en train de vivre

Jérôme Diesnis

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Des estivants, sur une plage à proximité de Montpellier.
Des estivants, sur une plage à proximité de Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Deuxième région la plus visitée par les Français, l’Occitanie a connu une saison touristique correcte avec une hausse de fréquentation de 2 à 3%.
  • Ces chiffres bruts cachent une profonde évolution. La clientèle est beaucoup plus volatile et adapte ses vacances au dernier moment, entraînant un manque de visibilité pour un secteur d'activité qui père 10,3% du PIB régional et 96.500 emplois.
  • Juin et septembre ont été exceptionnels, juillet catastrophique après la canicule. Août reste une valeur sûre.

Et si 2019 était l’année charnière ? Le bilan de la saison touristique en Occitanie, présenté par le comité régional du tourisme (CRT), a de quoi interpeller. Au final plutôt correcte avec une hausse de fréquentation de 2 à 3 %, la saison a pourtant été perçue comme moins en bonne que 2018 par 41 % des 13.000 professionnels du tourisme consultés.

Cette perception contrastée s’explique par une évolution très importante des modes de consommation depuis plusieurs années. Et elles sont scrutées de très près, car l’enjeu est de taille : le tourisme pèse 15,9 milliards d’euros dans la région, soit 10,3 % du PIB et 96.500 emplois. Pour obtenir des chiffres fiables sur lesquels appuyer ses enquêtes, le CRT recoupe les mesures de fréquentations via la téléphonie mobile, l’outil Flux Vision Tourisme et les enquêtes de l’Insee.

La concurrence des Balkans

Le tourisme est par essence très lié à la météo. Le phénomène a été particulièrement marqué cette année. Le démarrage a été poussif en avril et mai, juin mémorable, juillet en net recul après la canicule, août très correct et l’arrière-saison exceptionnelle. « Le cœur de la saison s’est déplacé du 20 juillet au 31 août, au lieu de commencer au 1er juillet, mais il y a un lissage de la consommation de mai à septembre voire octobre. Avec à l’intérieur de ces dates, des fluctuations très importantes », souligne Virginie Rozière, présidente du CRT. Ces disparités très fortes d’un mois l’autre compliquent fortement le travail des professionnels. Le manque de visibilité est difficile à gérer, pour la gestion des ressources humaines par exemple. « La difficulté à anticiper d’un mois à l’autre entraîne un climat très anxiogène.

« Le tourisme change, nous devons nous y adapter, souligne Virginie Rouzière. Cette saison montre une très grande volatilité de la fréquentation avec une clientèle qui peut changer d’avis, se décider au dernier moment. Ça devient le mode de consommation normal ». Le littoral est également concurrencé par de nouvelles destinations issues des Balkans « en phase de conquête avec une grosse pression sur les prix ». Après la Croatie il y a quelques années, l’Albanie et le Monténégro développent à leur tour fortement le tourisme.

Après la ville, Airbnb s’attaque à la campagne

L’Occitanie reste la deuxième région préférée des Français (ils sont 16 % à y passer leurs vacances), après la Bretagne (18 %). En revanche, c’est une tendance de fond, la nouvelle génération hollandaise est moins friande du littoral et de l’hébergement en plein air que ses aînés. L’érosion est très nette également chez les Britanniques, en raison du Brexit et d’une livre en très forte baisse (donc d’un pouvoir d’achat en chute libre).

Les atouts de l’Occitanie et ses 13 départements ne résident pas seulement dans le littoral (qui pèse pour 11 % des nuitées en hôtellerie). Campagne et tourisme vert se développent, y compris en dehors des modes d’hébergement classiques : « Après les milieux urbains, c’est la nouvelle cible de Airbnb. La plate-forme propose des hébergements dans 72 % des villages d’Occitanie », note Jean Pinard, directeur général du CRT. Et c’est toute la difficulté. Dans les retours d’enquête de satisfaction auprès des professionnels, c’est à la campagne où le manque d’enthousiasme est le plus prononcé.