Fiat Chrysler – PSA : « Un rapprochement aurait du sens car les deux groupes sont complémentaires »

INTERVIEW Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez SIA Partners, analyse les discussions entre les deux constructeurs automobiles

Nicolas Raffin
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L'entrée de l'usine Fiat Chrysler à Turin, en Italie.
L'entrée de l'usine Fiat Chrysler à Turin, en Italie. — MARCO BERTORELLO / AFP
  • Fiat Chrysler et PSA ont confirmé mercredi qu’ils discutaient d’un éventuel rapprochement.
  • Les négociations pourraient durer plusieurs mois avant un accord.
  • Fiat avait déjà tenté de se rapprocher de Renault il y a quelques mois, sans succès.

 

Fiat Chrysler aime la France. A moins que ce ne soit l’inverse. Après avoir tenté une fusion avec Renault – qui a échoué il y a quelques mois –, le groupe italo-américain est désormais en discussion avec le groupe PSA (Peugeot, Citroën) pour un rapprochement.

Les deux constructeurs automobiles ont confirmé l’information mercredi matin. Si l’opération aboutissait, elle donnerait naissance au n°4 mondial de l’automobile, avec une valorisation d’environ 50 milliards de dollars. Pour Arnaud Aymé, associé chez SIA Partners et spécialiste des transports, l’opération présente plusieurs avantages pour les deux groupes.

Cette ébauche de rapprochement entre PSA et Fiat Chrysler est-elle une surprise ?

Non. Avant les discussions entre Fiat-Chrysler et Renault-Nissan, qui ont finalement échoué, il y avait déjà eu des discussions du groupe italo-américain avec PSA. Les deux groupes se connaissent depuis quarante ans, puisqu’ils avaient déjà eu l’occasion de travailler ensemble à la fin des années 1970 sur des utilitaires et des monospaces.

Par ailleurs, l’échec de la discussion Fiat-Renault a pu pousser les deux groupes à se rapprocher. Ils possèdent un profil un peu similaire : ce sont des groupes familiaux, avec la famille Peugeot d’un côté et la famille Agnelli de l’autre, qui détiennent encore une part du capital de leur entreprise. Pour autant, ça ne veut pas dire que le rapprochement va être facile. Les actionnaires familiaux sont particulièrement sensibles à la valorisation de l’entreprise – c’est leur patrimoine, c’est leur argent à eux. Cela peut aussi rendre les discussions particulièrement tendues.

Pourquoi les deux groupes ont-ils intérêt à se rapprocher ?

Cela fait sens industriellement, car les deux groupes sont complémentaires. Dans l’automobile, les coûts de R & D et d’ingénierie sont très élevés – particulièrement en ce moment avec le développement des véhicules autonomes et des motorisations électriques. Pour arriver à amortir ces coûts, il faut vendre le plus de véhicules possible. Or, une alliance entre PSA et Fiat Chrysler créerait un nouveau géant mondial de l’automobile, avec quasiment 9 millions de véhicules vendus chaque année. Cela leur permettrait de se rapprocher des autres géants mondiaux (Volkswagen, Renault-Nissan).

Le plus remarquable c’est la complémentarité géographique : Carlos Tavares, PDG de PSA, a dit à plusieurs reprises qu’il voulait retourner aux Etats-Unis (Peugeot ne vend plus de voiture dans le pays depuis une trentaine d’années). Or, le groupe Fiat Chrysler possède des marques comme Jeep ou Dodge, qui ont énormément de succès auprès des Américains.

En Europe, les deux groupes ne sont pas sur des segments très différents. Cela pourra amener à poser des questions sur le schéma industriel, notamment sur le fait de garder ou non tous les sites de production actuels. Même si ça ne remet pas en cause l’intérêt de l’opération, certains sites pourraient gagner des effectifs, et d’autres en perdre.

Les négociations sont-elles sûres d’aboutir ?

Non. L’histoire récente avec Renault-Nissan nous incite à être prudent ! De plus, quand bien même les deux groupes rentreraient en négociations exclusives, il peut s’écouler un an jusqu’à ce qu’un accord soit signé, le temps que les équipes travaillent ensemble à concevoir les synergies sur le terrain.

Mais apparemment, PSA et Fiat Chrysler se seraient déjà mis d’accord sur la répartition de pouvoir, la gouvernance : Carlos Tavares (PDG de PSA) deviendrait directeur général et John Elkann (patron de Fiat) dirigerait le conseil d’administration. C’est un point hyper important, qui marque une vraie différence par rapport aux discussions avec Renault, où on ne savait pas encore qui allait être le patron.

Par ailleurs, Carlos Tavares a une vraie légitimité : depuis qu’il est à la tête de PSA, il a redressé l’entreprise, a amélioré la rentabilité. Il a également réussi le rachat d’Opel, puisque la marque dégage désormais des bénéfices, ce qui n’était pas le cas auparavant.