Perturbations à la SNCF : Faut-il s’attendre à de nouvelles grèves sauvages ?

SUR DE MAUVAIS RAILS Seuls 30 % des TGV ont circulé ce lundi depuis la gare Montparnasse en raison d’un mouvement de grève non déclaré entamé dans le centre de maintenance de Châtillon (Hauts-de-Seine)

Charles-Edouard Ama Koffi

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Le 13 juin 2013. Les agents SNCF lancent un mouvement de greve qui touche les TGV, RER et TER. Plus de la moitie des trains ne circulent pas ce jeudi sur les reseaux TGV et TER. Les syndicats denoncent le projet de reorganisation de la SNCF et les suppressions de postes.  // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES
Le 13 juin 2013. Les agents SNCF lancent un mouvement de greve qui touche les TGV, RER et TER. Plus de la moitie des trains ne circulent pas ce jeudi sur les reseaux TGV et TER. Les syndicats denoncent le projet de reorganisation de la SNCF et les suppressions de postes. // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES — VINCENT WARTNER / 20 Minutes
  • 7 TGV Atlantique sur 10 n’ont pas circulé ce lundi depuis la gare Montparnasse.
  • A l’origine, une grève locale à Châtillon qui s’est exprimée sans préavis et sans l’aval des syndicats.
  • Ce mouvement spontané risque d’en appeler d’autres avant la journée de mobilisation du 5 décembre prochain.

« Nous, agents grévistes du matériel au Technicentre de Châtillon, sur le réseau TGV Atlantique, avons cessé le travail massivement depuis lundi 21 octobre au soir, sans se concerter ou être encadrés par les syndicats ». Ces quelques mots des 200 cheminots du centre technique de Châtillon ont provoqué une journée noire à la gare Montparnasse ce lundi. Conséquence directe de cet arrêt de travail, seulement 3 TGV sur 10 pouvaient circuler ce lundi de vacances scolaires, faute de maintenance depuis une semaine.

A l’origine de ce mouvement spontané, la volonté de la direction de Châtillon de mettre fin à un accord local, vieux de plusieurs années, qui offrait aux cheminots douze jours de repos supplémentaires. En contrepartie, la direction proposait de revoir le nombre de week-ends et nuits travaillés, le tout « pour se mettre en conformité » avec la loi, selon Le Parisien.

Des syndicats mis de côté

A la différence des habituelles grèves à la SNCF, aucun syndicat n’a signé ce communiqué de grève. Et pour cause, ils n’étaient pas tenus au courant et aucun préavis n’a été déposé. Selon la direction – qui affirme que les agents concernés réclament le paiement des jours de grève –, le projet qui a mis le feu aux poudres a été retiré dès mardi dernier. Mais sans conséquence sur la grève des cheminots, car plusieurs autres revendications se greffent aux motifs initiaux de cette grève non déclarée.

« Nous ne pouvons plus accepter de travailler avec des salaires proches du SMIC et gelés depuis cinq ans, en sous-effectif et avec des agents qui démissionnent de plus en plus », écrivent les cheminots. Ils ajoutent avoir « honte de voir comment la SNCF joue avec la sécurité ou encore le confort des voyageurs, pour des questions de flexibilité et de rentabilité ». Une référence directe à l'accident survenu dans les Ardennes, mercredi 16 octobre, à l’origine d’un droit de retrait de la part des cheminots de l’ensemble du réseau SNCF.

Des motifs d’insatisfaction multiples

Pour Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l’université de Bourgogne, qui a dirigé l’écriture du livre Chemins de fer et cheminots en tension (éditions Eud), cet épisode est symptomatique de l’état d’esprit dans lequel se trouve aujourd’hui la profession. Car les motifs d’insatisfactions au sein du personnel de la SNCF sont multiples. « L’abandon du statut de cheminot pour janvier 2020 reste en travers de la gorge de nombre d’entre eux. Il y a également l’ouverture à la concurrence qui doit arriver prochainement. Ajoutez à cela la réforme des retraites, qui va mettre fin au régime spécial des cheminots. Et l’arrivée d'un nouveau PDG à la SNCF [Jean-Pierre Farandou], qui semble les angoisser, puisqu’il parle d’augmentation de la productivité et de baisses d’emploi… Il y a une vraie colère froide chez les cheminots, syndiqués ou pas. Les syndicats eux-mêmes sont dépassés par leur base par ce mécontentement latent et prennent le train en marche. »

Selon lui, ces grèves sauvages risquent de ne pas être isolées. « On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, mais ces mouvements sont semblables à des guérillas en temps de guerre. On peut les assimiler à des conflits d’avertissement avant la grande journée de mobilisation du 5 décembre prochain. »

« Tsunami ferroviaire »

Roger Dillenseger, ancien secrétaire général UNSA et actuel conseiller ferroviaire du syndicat, fait le même constat. « Les salariés savent qu’ils ne peuvent plus trop compter sur les syndicats, peu écoutés par la direction, et ils se la jouent tout seuls. Dans ce contexte, on peut craindre des grèves sauvages à venir. Il y a un amalgame de sujets chauds, et maintenant, tous les motifs de contestation peuvent donner lieu à une grève et mettre la pression sur les négociations en cours. C’est un véritable tsunami ferroviaire. »

De son côté, la direction de la SNCF déplore les conséquences d’une « grève locale » et s’efforce de « communiquer des plans de transports aux voyageurs » qui devaient prendre un des TGV restés à quai ce lundi. La journée de mardi ne devrait pas s'améliorer , car « on va passer à 34 % » de trains assurés mardi avec un léger mieux sur les dessertes de Bordeaux et Nantes, a annoncé la SNCF.