Comment fonctionne la pension de réversion pour l'époux survivant ?

ARGENT Instituée dès 1945 pour pallier le manque de ressources des veuves, la pension de réversion constitue une aide vitale pour quelque 4,4 millions de retraités, dont 90 % de femmes

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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La pension de réversion aide de nombreuses retraitées à pallier leur manque de ressources.
La pension de réversion aide de nombreuses retraitées à pallier leur manque de ressources. — IStock / City Presse

Malgré des progrès, les inégalités salariales entre hommes et femmes persistent. Conséquence : à l’heure de prendre leur retraite, ces dernières perçoivent une pension inférieure. Une double peine quand on sait que leur espérance de vie est plus élevée : 85,3 ans, contre 79,5 ans pour leurs homologues masculins, selon une récente étude de l’Insee. L’État a donc créé un système leur permettant de joindre les deux bouts après la mort de leur moitié.

Un soutien financier essentiel

La pension de réversion a été instituée dès 1945 dans le régime général. Le principe : verser à l’époux survivant une partie de la retraite que percevait ou aurait perçu son conjoint décédé. À l’origine accordée à des conditions extrêmement restrictives, cette aide s’est progressivement étendue. De nos jours, elle concerne les trois grandes familles que sont le salariat, les indépendants et les fonctionnaires et ce, pour les régimes de base et complémentaires. Au total, quelque 4,4 millions de retraités en profitent. Et si les deux sexes peuvent y prétendre, aujourd’hui comme à l’époque, 90 % des bénéficiaires sont des femmes.

Ce complément de revenus est loin d’être négligeable, comme l’a confirmé une étude de 2018 de la Drees, l’institut statistique du ministère de la Santé. L’écart entre la retraite des hommes et celle des femmes passe ainsi de 39 % à 25 %, en permettant à ces dernières d’obtenir une pension moyenne globale de 1.322 euros mensuels.

Qui sont les bénéficiaires ?

La réversion peut être versée lorsque l’assuré décédé était déjà à la retraite mais aussi lorsqu’il était encore en activité, dès lors qu’il avait commencé à cotiser pour ses vieux jours. La loi pose cependant plusieurs conditions qui changent en fonction de l’ancien statut professionnel du défunt.

Premier impératif de taille : il faut avoir été marié avec l’assuré décédé. Si aucune durée minimale n’est requise dans le secteur privé, le régime des fonctionnaires exige quatre ans de mariage, dont deux ans avant le départ à la retraite du défunt. Dans tous les cas, les couples pacsés et en concubinage sont exclus, contrairement aux ex-conjoints divorcés. Et si la personne morte est passée plusieurs fois devant le maire, le calcul se fait au prorata de la durée de l’union. Lorsque le conjoint décédé exerçait dans le privé, son époux ou ex-époux survivant doit, en outre, avoir atteint 55 ans et respecter un plafond de ressources annuelles brutes fixé, en 2019, à 20.862 euros (ou 33.379 euros s’il a refait sa vie et vit en couple).
 

Une demande spécifique

La réversion n’est en aucun cas automatique. Le conjoint survivant doit compléter le formulaire ad hoc, qui dépend de chaque régime, et l’adresser à la caisse de retraite du défunt. À défaut de réponse durant quatre mois, considérez que votre requête est rejetée. Dans le cas contraire, la pension vous sera versée, au plus tôt, lorsque vous aurez atteint l’âge requis ou, si c’est déjà le cas, à la date de votre demande.

Une veuve n’ayant pas refait sa vie a droit à 54 % de la pension de son époux défunt si ce dernier était salarié ou indépendant, sous réserve de certains plafonds de montants, et 60 % au titre de la retraite complémentaire. L’allocation n’est que de 50 % s’il était fonctionnaire. Dans le privé, une majoration de la somme est possible pour les familles nombreuses et les toutes petites retraites.