Budget 2020 : Les ménages les plus pauvres, grands perdants des choix du gouvernement ?

EVALUATION Ce budget marque un « rééquilibrage » en faveur des classes moyennes, selon l’Institut des politiques publiques

Nicolas Raffin

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Des bénévoles des Restos du coeur dans un supermarché (Illustration).
Des bénévoles des Restos du coeur dans un supermarché (Illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA
  • L’Institut des politiques publiques (IPP) a dévoilé mardi son évaluation du budget 2020.
  • Les classes moyennes vont bénéficier de la baisse de l’impôt sur le revenu et de la disparition de la taxe d’habitation.
  • Les plus modestes seront en revanche touchés par la sous-revalorisation de certaines prestations sociales.

Lors de la présentation du budget 2020, fin septembre, le gouvernement avait axé une grande partie de sa communication autour des baisses d’impôts. Avec la diminution programmée de l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros et la baisse de la taxe d’habitation de 3,7 milliards d’euros, l’exécutif avait effectivement de quoi faire. Mais une évaluation indépendante publiée ce mardi montre que les ménages les plus modestes sortent plutôt perdants de ces choix budgétaires.

L’étude a été réalisée par plusieurs économistes et chercheurs de l’Institut des politiques publiques (IPP). Les auteurs ont cherché à mesurer l’impact du budget sur le niveau de vie des ménages. Ce dernier prend en compte la composition d’un foyer (célibataire, avec enfants, etc), ses ressources (salaires, dividendes, prestations sociales) et les impôts éventuellement acquittés (IR, taxe d’habitation, etc). Les ménages sont ensuite classés suivant leur niveau de vie par déciles (10 % les plus pauvres jusqu’au 10 % les plus riches).

Au premier abord, le résultat est plutôt positif pour l’ensemble des ménages. Comme le montre le graphique ci-dessous, le niveau de vie progresse quasiment pour tout le monde, et particulièrement pour les classes moyennes supérieures (qui se situent entre le 6e et le 8e décile de niveau de vie). En revanche, le bilan est beaucoup moins flatteur pour les plus pauvres (ceux qui se situent en dessous du 1er décile, tout à gauche du graphique). Selon les calculs de l’IPP, ces derniers verront leur niveau de vie stagner, voir régresser légèrement en 2020.

Evolution du revenu disponible en 2020 pour les ménages français.
Evolution du revenu disponible en 2020 pour les ménages français. - IPP 2019

Cette situation s’explique par la sous-revalorisation de certaines prestations sociales (aides au logement, prime d’activité, allocations familiales). L’année prochaine, elles seront augmentées de seulement 0,3 %, loin du niveau de l’inflation (1 % prévu), d’où une perte nette en pouvoir d’achat pour ceux qui en bénéficient. L’absence d’un « coup de pouce » sur le RSA (qui évolue au même niveau que l’inflation) explique aussi cette absence de gains.

Cet « oubli » des ménages les plus pauvres avait d’ailleurs fait l’objet de critiques dès le mois dernier. Le collectif « Alerte », qui regroupe une trentaine d’acteurs associatifs, estimait notamment dans un communiqué que « les conditions de vie des personnes les plus précaires [s’étaient] globalement dégradées depuis le début du quinquennat ».

Seule nuance à ce constat : les retraités très modestes seront un peu mieux lotis en 2020, puisque les différentes revalorisations du minimum vieillesse (Aspa) depuis deux ans vont permettre une légère augmentation de leur niveau de vie. L’année prochaine, la prestation atteindra 903 euros pour une personne seule, 1.402 euros pour un couple.

Un « rééquilibrage »

Pour le reste des ménages, les deux baisses d’impôts prévues (IR et taxe d’habitation) expliquent la quasi-totalité des gains observés. Pour rappel, les contribuables situés dans la première tranche d’imposition (entre 9.964 et 27.519 euros de revenus, taxée à 11 % l’année prochaine) peuvent espérer un gain annuel d’environ 350 euros. Cela concerne 12 millions de foyers. Pour les foyers situés dans la deuxième tranche (entre 27.519 et 73.779 euros), imposée à 30 %, le gain sera d’environ 180 euros en moyenne. Quant à la taxe d’habitation, 80 % des ménages qui la payaient auparavant n’auront plus rien à débourser à partir de l’année prochaine.

Au final, les gains de niveau de vie s’élèvent au maximum à 603 euros annuels, selon l’IPP. D’après l’institut, ce budget 2020 marque d’ailleurs un « rééquilibrage des mesures budgétaires en faveur des classes moyennes », alors que les budgets précédents avaient clairement favorisé les ménages les plus aisés avec la fin de l’ISF et l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital.