Libra: Défections en cascade dans le projet de monnaie numérique de Facebook

COUP DUR Après Paypal, c’est au tour de Visa, Mastercard, eBay et Stripe de se retirer du projet, sous la pression des autorités américaines

20 Minutes avec AFP
— 
Libra, la cryptomonnaie de Facebook
Libra, la cryptomonnaie de Facebook — Christian Ohde/action pre/SIPA

Libra est dans une mauvaise passe. Après PayPal, c’est au tour de Visa, Mastercard, eBay et des services de paiement Stripe d’annoncer vendredi qu’ils se retiraient du projet de monnaie numérique de Facebook. Prévue pour mi-2020, la monnaie rencontre l’opposition croissante des régulateurs et fait ainsi face à la défection de ses partenaires.

Un soutien au projet toutefois renouvelé

« Nous allons continuer à évaluer la situation et nous prendrons notre décision ultime en fonction d’un certain nombre de facteurs, y compris la capacité de l’association à répondre de façon entièrement satisfaisante à toutes les attentes des régulateurs », a expliqué Visa. Les quatre entreprises ont parallèlement renouvelé leur soutien aux idées directrices du projet, comme la démocratisation de l’accès aux services financiers ou le développement de cryptomonnaies.

Libra est censée offrir un nouveau mode de paiement en dehors des circuits bancaires traditionnels, permettant d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. « La composition de l’association peut s’élargir et changer avec le temps, mais les principes fondateurs de la gouvernance et de la technologie de Libra, tout comme la nature ouverte du projet, permettent d’assurer la résilience du réseau de paiement Libra », a pour sa part réagi Dante Disparte, de l’association Libra.

Les régulateurs menacent

Le réseau social et ses partenaires subissent une pression croissante des autorités, qui s’inquiètent de potentielles utilisations malveillantes de la monnaie, et pointent la mauvaise réputation du géant californien d’internet en matière de confidentialité et de protection des données personnelles. Facebook « n’a pas fourni de plan clair sur comment empêcher Libra de faciliter le financement d’activités criminelles et terroristes, déstabiliser le système financier mondial, interférer avec les politiques monétaires ou exposer les consommateurs à des risques qui n’affectent aujourd’hui que des investisseurs professionnels », ont écrit Brian Schatz et Sherrod Brown, deux sénateurs américains, dans une lettre adressée mardi à Stripe, Visa et Mastercard, publiée par le site spécialisé The Verge. « Si vous restez dans le projet, vous pouvez vous attendre à des examens poussés de la part des régulateurs non seulement d’activités de paiement liées à Libra, mais aussi de toutes vos activités de paiement », ont-ils menacé.

Facebook a confié la gestion de la monnaie virtuelle à l’association Libra, un consortium de partenaires qui devaient aussi investir au moins 10 millions de dollars dans le projet chacun. Le Trésor américain leur a envoyé des requêtes pour leur demander une revue complète de leurs programmes de lutte contre le blanchiment d’argent. « Nous avons hâte de tenir la réunion inaugurale du conseil de l’association Libra dans 3 jours, et d’en annoncer les premiers membres », s’est voulu rassurant Dante Disparte. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, doit par ailleurs être entendu sur le projet le 23 octobre par une commission parlementaire américaine.