Plan de sauvetage: «il est probable que le contribuable ait à éponger une partie des pertes»

DECRYPTAGE Après l'annonce de mesures destinées à sauver le système bancaire, 20minutes.fr a interrogé des économistes pour en savoir plus…

Alexandre Lassalle

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Après avoir réagi en ordre dispersé face à la crise financière, les ministres européens des Finances vont tenter d'afficher un front commun lundi et mardi, dans le sillage du sommet des quatre pays de l'UE membres du G8 (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni) tenu samedi à Paris.
Après avoir réagi en ordre dispersé face à la crise financière, les ministres européens des Finances vont tenter d'afficher un front commun lundi et mardi, dans le sillage du sommet des quatre pays de l'UE membres du G8 (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni) tenu samedi à Paris. — Gérard Cerles AFP

Après l’annonce de mesures destinées à sauver le système bancaire, 20minutes.fr a interrogé des économistes pour en savoir plus.«Pour le moment, l’accueil paraît très favorable», note Alexander Law, économiste à l’institut Xerfi. Même réaction chez Xavier Timbeau de l’OFCE. Les deux mesures de sauvetage annoncées ce lundi après-midi devraient donc permettre de relancer le système financier.

Pourquoi cela va-t-il fonctionner?
«Le nœud était que les banques ne se prêtaient plus», explique Alexander Law. «En mettant de l’huile, cela va faire repartir la confiance». Surtout en injectant 40 milliards d’euros dans le capital des banques, celles-ci vont bénéficier de nouvelles liquidités. «Le fait qu’il s’agisse d’une action coordonnée lui offre une grande crédibilité», explique Xavier Timbeau. Puisque toutes les banques auront été également aidées, plus aucune ne pourra être suspectée d’insolvabilité.

Où trouver les financements?
La garantie des prêts interbancaires «ne devient coûteuse que si l’on s’en sert», explique Xavier Timbeau. «Normalement, elle ne devrait jamais jouer. Il s’agit plus d’une double garantie pour lever toutes les inquiétudes», précise-t-il. En revanche, les 40 milliards d’euros devront être empruntés par le biais de bon du Trésor qui ont le vent en poupe en ces temps de débâcle boursière.

Quelle sera la contrepartie des banques?
Les 40 milliards vont être apportés aux banques en échange d’actions. Donc tout va dépendre «des conditions d’acquisition de ces actions», précise Xavier Timbeau. Soit l’Etat acquiert le nombre de parts correspondant au capital mis sur la table, soit environ 1/5e du capital financier français. Soit il use de «sa position de force», comme le préconise Xavier Timbeau, pour prendre un maximum de positions au sein des établissements bancaires. «Pour sauver le système financier, on a levé des moyens incroyables. Ça rend légitime une certaine spoliation des actionnaires», ajoute Xavier Timbeau.

Qui va payer ?
Les actionnaires du système bancaire vont bien sûr perdre une part de leur mise. Mais pour Xavier Timbeau, «il est probable que le contribuable ait aussi à éponger une partie des pertes.» Il privilégie toutefois l’hypothèse d’une augmentation durable de la dette publique plutôt qu’une augmentation des impôts ou une diminution des dépenses publiques. «Cela permettrait de garder un œil sur les banques», explique-t-il.

La crise est finie ?
Si le plan de sauvetage présenté aujourd’hui ne suffit pas, «c’est la catastrophe» prévient Alexander Law. S’il fonctionne, cela signifie en revanche que nous rentrons dans «la phase 2» plus «subtile et perverse» selon Xavier Timbeau. Désormais «les banques vont être des chats échaudés», explique-t-il. Elles risquent de devenir très scrupuleuses vis-à-vis des conditions de crédit pour les entreprises, mais aussi pour les particuliers. «En cas de découvert, elles risquent de déclencher plus rapidement des mesures d’incidents bancaires», prévoit-il.