L'automobile sur des bases fragiles

INDUSTRIE Licenciements en France, possible fusion aux Etats-Unis, la production automobile montre des signes de faiblesse…

A.L.

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Le marché automobile français a été marqué par une quasi stabilité pour les immatriculations de voitures neuves en février, les marques étrangères se comportant encore une fois beaucoup mieux que les marques françaises, et Peugeot tirant son épingle du jeu.
Le marché automobile français a été marqué par une quasi stabilité pour les immatriculations de voitures neuves en février, les marques étrangères se comportant encore une fois beaucoup mieux que les marques françaises, et Peugeot tirant son épingle du jeu. — Philippe Huguen AFP/Archives

L’industrie automobile, première touchée par la crise financière? C’est la question que l’on pourrait se poser en découvrant les chiffres de la production automobile française, dévoilés par l’INSEE vendredi dernier: après une hausse de près de 5% cet été, elle accuse finalement une chute de 4,2% pour les trois derniers mois.

Augmentation des coûts de production

En France, c’est essentiellement la production qui marque le pas. Les ventes résistent pour le moment. Une exception en Europe, pour Guillaume Mouren, analyste chez Xerfi. «Le marché français a été soutenu par le bonus écologique qui a permis de doper les ventes», explique-t-il. «Mais ce sont surtout des petits véhicules montés à l’étranger qui en ont profité», ajoute-t-il.

Les sites français de production ont ainsi subi plus durement l’augmentation des coûts de production, due notamment à la flambée de l’acier. En France, ce sont donc 4.900 suppressions d’emplois qui ont été annoncées par le groupe Renault. Chez PSA Peugeot Citroën, ce sont 300 intérimaires d’une usine de Mulhouse qui seront laissés sur le carreau.

Une rupture dans le crédit interbancaire pourrait aussi être dramatique pour cette industrie qui emploie, directement ou indirectement, un Français sur 10, selon le Comité français des constructeurs d’automobile. «Ce n’est pas la crise économique qui m’inquiète, mais la crise financière », avait déclaré Carlos Ghosn, PDG de Renault, en marge du salon de l’Auto. « Si nous ne pouvons plus emprunter auprès de nos banques, nous serons obligés de réduire l’utilisation de notre trésorerie. Donc nous réduirons nos stocks et nos investissements», a-t-il ajouté. Pour prendre en main les effets de la crise, il a d’ailleurs confié la direction des opérations au numéro 2 du groupe, Patrick Pélata.

400 millions d’euros d’aide

Pour Guillaume Mourne, «si l’industrie automobile française est fragilisée, elle garde les reins solides». Elle a néanmoins reçu jeudi dernier la promesse d’une enveloppe de 400 millions d’euros pour développer les «voitures propres». «C’est un coup de pouce», explique Guillaume Mouren. «La filière propre nécessite de nouvelles recherches et des ingénieurs sur les sites de production. C’est un espoir pour la production française», ajoute-t-il.

Plutôt sonnés par la crise financière qui empêche toute visibilité à long terme, les constructeurs hexagonaux restent toutefois pour le moment loin de la situation américaine. Jeudi dernier, le «Wall Street Journal»
évoquait en effet la possible faillite de deux géants de Détroit: la Général Motors et Ford. Selon l’agence de notation Standard & Poor’s, les deux firmes pourraient se retrouver à court de trésorerie en 2009. Les entreprises ont démenti. Le «New York Times» avançait en revanche samedi une fusion «historique» en cours de négociation entre GM et Chrysler. Un rapprochement de ce dernier avec Renault-Nissan est aussi à l’ordre du jour.