Les ex-salariés de SFR entament leur long combat aux prud’hommes

JUSTICE Dix-huit juridictions sont concernées un peu partout en France

Nicolas Raffin

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Des syndicats de SFR manifestent en 2016 après l'annonce du plan de départs volontaires.
Des syndicats de SFR manifestent en 2016 après l'annonce du plan de départs volontaires. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Environ 5.000 salariés de SFR sont partis via le plan de départs volontaires signé en 2016.
  • Parmi eux, au moins 427 contestent leurs conditions de départ et ont saisi les prud’hommes.
  • Les premières audiences se sont tenues à la rentrée, et le premier jugement est attendu en décembre.

Ce mardi matin, ils seront quatre anciens salariés de SFR à se retrouver devant les prud’hommes de Créteil (Val-de-Marne), pour contester les conditions de l’énorme plan de départs volontaires (PDV) lancé par l’opérateur téléphonique en 2016. Au total, près de 5.000 salariés, un tiers des effectifs de SFR à l’époque, sont partis via cet outil. Mais pour beaucoup d’entre eux, ce départ n’avait rien de « volontaire ».

De fait, ils sont aujourd’hui 427 à avoir entamé une procédure aux prud’hommes contre leur ancien employeur, afin d’obtenir des indemnités. « Cela représente environ 10 % des salariés concernés par le PDV, remarque Romain Geoffroy, l’avocat du barreau de Montpellier qui centralise les dossiers des ex-SFR. Ce n’est pas forcément impressionnant, mais beaucoup d’autres attendent peut-être de voir les premiers jugements pour se décider à agir. C’est ce qui s’est passé lorsque j’avais défendu d’anciens salariés de SFR concernés par un autre PDV en 2007 ».

« On nous a mis beaucoup de pression »

Actuellement, les procédures lancées par les ex-salariés contre SFR sont réparties dans dix-huit conseils de prud’hommes un peu partout en France. La phase de conciliation ayant échoué, il s’agit désormais d’audiences de jugement. Certaines ont déjà eu lieu en septembre dans sept juridictions (dont Nice et Dijon), d’autres sont prévues (dont Créteil) au moins jusqu’en 2020. Le cœur du dossier, c’est la manière dont SFR a incité les salariés à intégrer le PDV. Pour Romain Geoffroy et les salariés qu’il représente, l’entreprise a tout simplement utilisé « une démarche frauduleuse » pour atteindre son objectif.

L’année dernière, plusieurs plaignants interrogés par 20 Minutes avaient décrit la manière dont s’était réalisé le plan de départ. « Après l’annonce du PDV, on nous a mis beaucoup de pression, racontait par exemple une ancienne conseillère du service « fidélisation » de Marseille. On nous a dit que si on restait, on allait nous mettre à un autre poste, sans rapport avec nos qualifications. La direction nous a même expliqué que nos primes allaient être supprimées, pour garder seulement notre salaire de base : cela aurait divisé ma rémunération par deux ». Une autre salariée avait eu cette métaphore glaçante : « C’est comme quand vous avez un incendie dans un immeuble : certains décident d’attendre, d’autres décident de sauter par la fenêtre. Là on s’est dit : " on saute " ».

Un premier jugement le 12 décembre

Et pour beaucoup, l’atterrissage a été brutal. Devant les prud’hommes de Nice, en septembre, Martial Benvenuti a raconté comment il avait quitté SFR après dix-huit ans passés dans l’entreprise. Il avait intégré le PDV car il devait officiellement se reconvertir en tant que consultant. Mais trois ans après, il est au chômage et assure que s’il était resté à SFR, « [il] n’aurait plus eu de poste ». « Quand, en l’espace de six mois, vous avez 5.000 personnes qui ont subitement envie de se reconvertir, ce n’est pas très cohérent » lance Romain Geoffroy.

Du côté de SFR, la ligne de défense est claire : si les salariés sont partis, c’est parce qu’ils l’ont voulu, et rien d’autre. « Le plan [de départs] était le plus généreux dans le secteur des télécoms, voilà pourquoi beaucoup de salariés l’ont pris » a ainsi expliqué Emmanuel de Montalembert, l’avocat du groupe, lors de l’audience prud’homale à Nice. Il a en outre rappelé que le PDV de 2016 avait été validé par le ministère du Travail et n’avait pas fait l’objet de recours devant les tribunaux administratifs. Le jugement des prud’hommes de Nice, qui devrait être le premier d’une longue série, est attendu le 12 décembre.