Livreurs de repas : la course effrénée des micro-entrepreneurs

CONSO Ces dernières années, les rues sont envahies par des milliers de cyclistes livrant des repas à domicile. Intervenant en tant que prestataires de géants du Web, ces coursiers sont micro-entrepreneurs

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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Pour obtenir une rémunération intéressante, les coursiers des plateformes de livraison de repas à domicile doivent avaler les kilomètres.
Pour obtenir une rémunération intéressante, les coursiers des plateformes de livraison de repas à domicile doivent avaler les kilomètres. — Deliveroo

On peut aujourd’hui se faire livrer à peu près n’importe quel type de dîner, du sandwich au repas gastronomique, grâce à une flopée de coursiers mis à disposition des restaurants par des plateformes spécialisées. Mais si les clients sont les grands gagnants de cette équation, la bataille fait rage pour s’attirer leurs clics.

La concurrence à plein régime

« On a vu le nombre de livreurs doubler en peu de temps », constate, dépité, Sébastien, qui roule pour Deliveroo depuis trois ans. Le secteur a en effet explosé en quelques années. Alors que plusieurs plateformes comme Take Eat Easy, Tok Tok Tok ou Foodora sont restées sur le carreau, ce sont des mastodontes qui se partagent aujourd’hui le secteur. Just Eat et Deliveroo sont tous deux présents dans 13 pays du monde, le premier affichant 107.000 restaurants partenaires, contre 80.000 pour son concurrent, tandis qu’Uber Eats revendique des livraisons dans 250 villes dans le monde. Quant à la start-up française Stuart, elle est présente dans 3 pays et 75 communes.

Tous ces sites peinent toutefois à dégager des bénéfices, puisque leur rémunération provient de la commission prélevée sur chaque commande, après déduction de la part du livreur. Pour limiter les coûts, ces plateformes ont donc délaissé le salariat au profit de prestataires indépendants payés à la course et en fonction de la distance parcourue. « On doit enchaîner un maximum de petites livraisons pour en vivre, explique Sébastien. Vu le nombre de coursiers, on n’hésite pas à prendre des risques pour rouler plus vite. »

La simplicité des démarches

En France, c’est le statut de micro-entrepreneur (ancien auto-entrepreneur) qui est utilisé par ces travailleurs. Pour l’adopter, une déclaration en ligne sur Autoentrepreneur.urssaf.fr ou Guichet-entreprises.fr suffit. Ajoutez une assurance responsabilité civile professionnelle, en l’occurrence fournie par les plateformes de livraison, et le tour est joué. Si vous gagnez plus de 10.000 euros deux années de suite, il faudra à ce moment-là ouvrir un compte bancaire dédié.

Le micro-entrepreneur bénéficie d’un régime unique et simplifié en matière d’imposition dès lors qu’il ne dépasse pas un plafond de chiffre d’affaires (70.000 euros pour ce type de prestations en 2018). Si le paiement des cotisations sociales lui assure des droits au titre de l’assurance maladie, de l’invalidité-décès, de la retraite et de la formation professionnelle, le calcul dépend en revanche des revenus déclarés. Une petite activité entraîne donc des contributions faibles et des droits qui le sont tout autant. Ceci étant dit, un nouveau progrès a été accompli puisqu’en vertu d’un récent décret, ce travailleur indépendant pourra, sous certaines conditions, percevoir des allocations chômage à compter du 1er novembre.

Rythme et stress

Les plateformes de livraison attirent des milliers de candidats grâce à des promesses d’indépendance et d’argent facile. « C’est un métier en plein air qui marie sport et écologie », témoigne Paul, 28 ans, livreur à temps plein chez Deliveroo depuis 2017. Au rythme de 38 heures par semaine, soit environ 400 livraisons par mois et 1.600 km parcourus à vélo, il gagne 1.500 euros nets. « J’adore rouler, et ce qui me plaît c’est de choisir mes horaires et mes jours de travail », renchérit son collègue Sébastien. Les mois où il pédale le plus, ce trentenaire atteint les 2.500 euros nets, contre l’équivalent d’un smic en temps normal. « Mais j’en connais qui sont passés du vélo au scooter pour rouler plus de 55 heures par semaine et empocher 4.000 euros bruts mensuels », ajoute-t-il.

Si la perspective de gagner leur vie en passant leurs journées sur une bicyclette a séduit les deux hommes, leur optimisme est retombé : « On oublie souvent la précarité et l’engagement physique et psychologique de ce type de métier. Le stress lié au rythme des commandes, la circulation dense, l’obligation de travailler les soirs de week-end, le risque d’accident et la compétition entre livreurs sont le revers de la médaille », conclut Paul.