Marseille : « Neuf ans après, nous sommes toujours vivants ! », lancent les ex-Fralib

THÉS ET INFUSIONS La coopérative espère faire ses premiers bénéfices en 2020, malgré « une trésorerie très serrée »

Caroline Delabroy

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A Gémenos, les ex Fralib produisent la marque 1336.
A Gémenos, les ex Fralib produisent la marque 1336. — A.Rancoule / 20 Minutes
  • A la foire de Marseille, les ex-Fralib fêtent un double anniversaire : les neuf ans de leur lutte contre Unilever, et les cinq ans de la création de leur Scop TI qui fabrique à Gémenos (Bouches-du-Rhône) thés et infusions d’origine naturelle.
  • Depuis sa création, la coopérative a multiplié par dix son chiffre d’affaires et espère être à l’équilibre cette année.
  • Pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, le cas des ex-Fralib « devrait être régulièrement évoqué par tous ceux qui nous font la leçon sur le fait que le social ça coûte cher et que l’industrie est difficile à préserver ».

Tout sourire, les ex-Fralib sont venus ce vendredi à la foire de Marseille avec de bonnes nouvelles. La coopérative Scop-TI qu’ils ont créée il y a cinq ans, après plusieurs années de lutte contre Unilever, est en passe d’atteindre cette année son équilibre. « Nous sommes toujours vivants, toujours là, combatifs, lance Gérard Cazorla, ancien secrétaire CGT du comité d’entreprise, devenu président de la Scop. On continue de progresser, on espère qu’on pourra l’an prochain faire des bénéfices pour vivre de notre travail dignement. »

Les chiffres, en effet, sont au rendez-vous : depuis qu’ils ont repris le site de fabrication de thés et d’infusions de Gémenos (Bouches-du-Rhône), les salariés sont parvenus à multiplier par dix leur chiffre d’affaires, qui devrait ainsi atteindre près de 4 millions d’euros en 2019. Et cela sans la marque Éléphant, que le groupe Unilever avait refusé de leur céder. Et avec des produits 100 % naturels. Côté social, Gérard Cazorla dresse également un bilan positif de la lutte commencée, il y a neuf ans jour pour jour, le 28 septembre 2010, avec l’annonce par Unilever de son projet de fermer le site.

« Nous, nous avons respecté tous nos engagements vis-à-vis des 76 ex-Fralib restés dans le combat jusqu’au bout, pendant 1.336 jours », affirme-t-il, rappelant que 42 salariés sont toujours employés par la coopérative, tandis que 24 autres ont pu prendre depuis leur retraite à taux plein et que 10 autres sont partis vers d’autres aventures. Et d’interroger : « Est-ce qu’Unilever peut dire ce que sont devenus les 80 autres salariés licenciés ? »

« Les banques nous soutiennent très peu »

« Nous avons fait la démonstration que des salariés peuvent gérer une entreprise », poursuit, non sans fierté, Gérard Cazorla. A ses côtés, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, déjà présent il y a cinq ans lors du redémarrage de la production, opine : « Les pouvoirs publics ont un exemple concret qu’on peut conjuguer l’industrie, l’environnement, le social, dit-il. Je considère que Scop-TI devrait être régulièrement évoqué par tous ceux qui nous font la leçon sur le fait que le social ça coûte cher et que l’industrie est difficile à préserver ».

« C’est aussi un engagement citoyen, si la SCOP T1 est encore là, c’est parce qu’il y a autour des citoyens qui soutiennent cette démarche », relève en outre Philippe Martinez. Car la Scop-TI a fait plusieurs fois appel à des campagnes de crowdfunding, la dernière ayant permis de récolter plus de 67.000 euros depuis début juillet. « La situation actuelle reste très délicate, on est pénalisés avec une trésorerie très serrée et une relation difficile avec les banques, qui nous soutiennent très peu », explique Olivier Leberquier, directeur général délégué de la Scop. Le soutien, les ex-Fralib l’ont plutôt trouvé du côté de l’ économie sociale et solidaire, avec l’émission de titres participatifs qui leur a permis en octobre 2016 de sortir la tête de l’eau et se relancer.

Les ex-Fralib fêtent avec leurs soutiens les 5 ans de leur coopérative Scop T1 1336 à la foire de Marseille.
Les ex-Fralib fêtent avec leurs soutiens les 5 ans de leur coopérative Scop T1 1336 à la foire de Marseille. - C. Delabroy / 20 Minutes

« La dernière grosse entreprise française à fabriquer des thés »

Aujourd’hui, la Scop TI produit dans l’année près de 200 tonnes pour des marques distributeurs et 35 tonnes pour sa marque en nom propre « 1.336 », qu’elle compte encore agrandir avec du thé en vrac. « Aux plus belles années, dans les années 2000, on traitait jusqu’à 6.000 tonnes sur le site, on a vraiment de la marge », assure Olivier Leberquier. Si la vente en ligne représente 15 % du chiffre d’affaires, les 1.000 points de vente, concentrés sur le Sud-Est et la région parisienne, restent encore insuffisants. « On a des arguments, on est la dernière grosse entreprise française à fabriquer des thés et des infusions en France », glisse Bruno Gager, chargé du commercial et du marketing.

La Scop TI table sur plusieurs appels d’offres de la grande distribution. Mais plus encore, sur une décision prochaine de la métropole, qui devrait lui redonner du souffle financier. Un projet, initié par deux mutuelles, est en effet en cours pour racheter à la métropole les bâtiments et les terrains du site de Gémenos, ce qui permettrait à la Scop de diviser par deux son loyer. « Notre famille, c’est l’économie sociale et solidaire, lance Francis Playt, trésorier de la mutuelle Entrain. Nous sommes une petite mutuelle de cheminots, on a fait le choix de consacrer une partie de nos réserves au développement de cette économie, et de soutenir avec la Scop TI un vrai savoir-faire, avec des produits naturels. »

« Ce que nous sommes en capacité de faire avec 90.000 euros de cotisations, les groupes qui encaissent des milliards de cotisations pourraient aussi investir dans cette économie, poursuit-il. C’est un choix politique qu’il faut faire ! » Pour les ex-Fralib, c’est en tout cas la réalisation de ce qu’ils prônaient dès 2012 : la création, sur ce site de Gémenos, d’un pôle de l’économie sociale et solidaire.