Réforme de l’assurance-chômage : Mais au fait, qu’est-ce que ça va changer pour moi ?

CALCULS « 20 Minutes » vous explique la réforme à venir avec quelques cas concrets

Nicolas Raffin

— 

Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud lors d'un déplacement à Evreux le 24 juin 2019.
Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud lors d'un déplacement à Evreux le 24 juin 2019. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La réforme de l’assurance-chômage va entrer en vigueur en deux temps : novembre 2019 puis avril 2020.
  • Les conditions pour toucher les allocations seront durcies, puisqu’il faudra travailler plus longtemps avant de pouvoir y prétendre.
  • La réforme représente une économie d’environ 4,5 milliards d’euros d’ici à 2022.

A quoi auront droit les chômeurs dans les mois qui viennent, avec l’entrée en vigueur des nouvelles règles imposées par l’exécutif ? Dans un rapport publié ce mardi, l’Unédic apporte une partie de la réponse. Selon l’organisme paritaire qui gère l’assurance-chômage, la réforme voulue par le gouvernement va avoir un effet négatif pour près de 40 % des nouveaux entrants à partir d’avril 2020 (ceux déjà inscrits ne sont pas concernés). Cela représenterait environ un million de personnes si on prend le nombre actuel d’allocataires (2,6 millions).

Trois effets principaux pourront entrer en jeu : une allocation journalière plus faible, une attente plus longue pour pouvoir toucher le chômage, ou une durée d’indemnisation plus courte. Pour plusieurs syndicats, une ligne rouge a été franchie. « Ça va être une tuerie, tout simplement parce que la seule logique, c’est une logique budgétaire sur le dos des chômeurs » a lancé le patron de la CFDT, Laurent Berger. Plusieurs organisations regroupant les chômeurs et les précaires ont quant à eux décidé de manifester ce mercredi à Paris pour dénoncer le nouveau système.

Pour vous permettre de vous faire une idée sur les changements introduits par la réforme, 20 Minutes a choisi plusieurs profils fictifs de chômeurs et a comparé leur situation avant et après la réforme.

Ce que ça change sur la durée d’indemnisation
 

  • Exemple n° 1 : Alice et Georges sont camarades de classe. Après sa sortie d’école, Alice démarre par un CDD d’un mois. Elle reste ensuite sans travail pendant cinq mois avant de décrocher un CDD de six mois, non renouvelé. Elle décide alors de s’inscrire à Pôle emploi pour avoir droit au chômage. Dans la même période, Georges décroche un CDD d’un an puis s’inscrit lui aussi à Pôle emploi.

Dans le système actuel, la durée d’indemnisation d’Alice est calculée à partir des jours où elle a effectivement travaillé. Sur un an, Alice a été salariée sept mois, elle aura donc droit à sept mois d’allocation-chômage. Georges, quant à lui, aura droit à un an.

Le nouveau système mis en place à partir de novembre 2019 prend désormais en compte tous les jours à partir du premier contrat, même ceux où Alice ne travaillait pas. Comme son premier CDD a démarré il y a un an, Alice pourra percevoir le chômage pendant un an, tout comme Georges.

  • Exemple n° 2 : Didier enchaîne les petits boulots à gauche et à droite depuis deux ans. Il décide finalement de s’inscrire à Pôle emploi. Il cumule environ quatre mois de travail.

Dans le système actuel, Didier aura droit, comme Alice et Georges, à une allocation. Mais avec la réforme, il ne touchera plus rien : à partir de novembre 2019, il faudra avoir travaillé au moins six mois (ou 130 jours) dans les deux ans précédant la fin du dernier contrat pour percevoir une allocation.

  • Exemple n° 3 : Olivia termine un CDD de six mois et se retrouve au chômage. Pendant trois mois, elle perçoit des allocations puis retrouve un CDD de deux mois, avant à nouveau d’être au chômage.

Dans l’ancien système, grâce aux « droits rechargeables » (tout nouveau travail de plus d’un mois permet de cumuler de nouveaux droits), Olivia aurait pu être indemnisée pendant cinq mois supplémentaires (les 3 mois restants de sa précédente période d’allocation + les 2 mois acquis grâce à son nouveau CDD).

A partir de novembre 2019, Olivia n’aura plus droit qu’à trois mois d’allocation supplémentaire. Pour « recharger » ses droits, il faudra en effet désormais travailler six mois, contre un seul actuellement.

Grâce à ces modifications des conditions d’affiliation, la réforme voulue par le gouvernement permettra d’économiser environ 900 millions d’euros en 2020, puis 1 milliard d’euros en 2021, selon le document de l’Unédic cité par les Echos.

Ce que ça change sur le niveau d’indemnisation

Reprenons l’exemple n° 1. En cumulant ses deux CDD où elle était payée 2.850 euros bruts par mois, Alice a touché au total 20.000 euros. De son côté, Georges a touché la même somme sur un an, car son salaire était plus faible (2.000 euros par mois). L’Unédic va donc se baser sur ce revenu pour calculer leur ARE (aide au retour à l’emploi), qui leur sera versée tous les mois.

Dans le système actuel, Alice toucherait environ 1.500 euros mensuels net pendant sept mois. Georges, quant à lui, toucherait 1.094 euros net pendant un an.

Avec la réforme, rien ne change pour Georges. En revanche, Alice va voir son indemnisation mensuelle diminuer. En effet, à partir d’avril 2020, l’indemnisation sera calculée non plus en fonction des jours travaillés, mais en fonction du « revenu mensuel moyen » qui englobe les périodes d’inactivité.

Quel est le calcul fait par le gouvernement ?

Toujours dans l’exemple n° 1, comme Alice a perçu 20.000 euros sur un an, elle touchera donc le même montant que Georges, soit 1.094 euros net, pendant la même durée que lui. Pour le gouvernement, c’est l’illustration que les chômeurs ne « perdent » pas de droits, puisque leur durée d’indemnisation pourra être plus longue. Mais en réalité, très peu de chômeurs vont « au bout » de leurs droits (dix mois en moyenne), ce qui conduira mécaniquement l’Unédic à faire des économies.

Supposons par exemple qu’Alice reste six mois au chômage. Avant la réforme, elle aurait touché 9.000 euros pendant cette période (1.500 × 6). Après la réforme, elle percevra seulement 6.564 euros, soit une économie d’environ 25 % pour l’Unédic. Grâce à ce changement, le gouvernement espère économiser environ 1,1 milliard d’euros à partir de 2021.

Plus de bénéficiaires potentiels, moins de milliards dépensés

La réforme de l’assurance-chômage prévoit aussi d’élargir la base de ses bénéficiaires, puisque les salariés qui démissionnent d’un CDI et les indépendants pourront être indemnisés. Mais les conditions pour toucher une allocation seront strictes : le salarié démissionnaire devra avoir travaillé au moins cinq ans dans la même entreprise. Il devra aussi avoir un « projet de reconversion professionnelle » dont la faisabilité sera évaluée par une commission. Quant aux indépendants, ils auront droit à 800 euros par mois pendant six mois en cas de liquidation judiciaire.

Cet élargissement représentera une dépense supplémentaire de 440 millions d’euros par an pour l’Unédic, à comparer aux sommes économisées grâce au nouveau calcul de l’allocation mensuelle et aux nouvelles conditions d’affiliation (environ 2,1 milliards d’euros par an). Au total, selon le calcul des Echos, la réforme de l’assurance-chômage permettra de réaliser 4,5 milliards d’euros d’économies entre 2020 et 2022.