Transport aérien : XL Airways, dans l'impasse, a besoin de 35 millions pour se relancer

BATTRE DE L'AILE La compagnie aérienne française, en proie à de grandes difficultés financières, a demandé son placement en redressement judiciaire ce vendredi

S.A avec AFP

— 

Laurent Magnin, le PDG de la compagnie aérienne XL Airways.
Laurent Magnin, le PDG de la compagnie aérienne XL Airways. — Mario FOURMY/SIPA

Un investissement massif pour se sortir d’une zone de turbulences. Le PDG d’XL Airways a lancé ce vendredi un appel pour réunir les 35 millions d’euros nécessaires selon lui pour éviter d’abandonner des passagers sur le tarmac et faire repartir l’activité de sa compagnie aérienne, la deuxième – après Aigle Azur — en moins de trois semaines à se retrouver dans l’impasse en France.

« On est dans une situation concurrentielle insoutenable pour une partie du pavillon français », a expliqué Laurent Magnin sur RTLau lendemain de la demande de placement en redressement judiciaire de la compagnie. Au sujet des clients, « on va être dans quelques jours dans une situation où on ne les transportera peut-être pas si on n’est pas repris », a-t-il estimé.

La compagnie long-courrier, propriété du holding français DreamJet Participations depuis 2016, a annoncé jeudi soir s’être déclarée en cessation de paiement et avoir demandé son placement en redressement judiciaire. Elle a par ailleurs suspendu la vente de ses billets sur son site.

Une solution de retour pour les voyageurs lésés

« L’espoir [de trouver un repreneur] on l’aura jusqu’à la fermeture de l’entreprise, (…) cette compagnie a besoin de 35 millions pour repartir, c’est un message. On a des gens qui ont des moyens dans ce pays », a lancé Laurent Magnin.

« Nous assistons XL Airways, en lien avec les services de Bercy, pour favoriser une reprise éventuelle », a assuré de son côté vendredi matin le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari lors d’une visite à Bruxelles. Il a précisé avoir « activé [vendredi matin] le système d’entraide et de la même façon » que pour Aigle Azur, autre compagnie en détresse : « nous solliciterons les compagnies aériennes de manière à ce qu’elles permettent aux voyageurs qui verraient leurs billets annulés d’avoir une solution de rapatriement ».

Le ministre a insisté sur la différence de situations entre Aigle Azur, en liquidation judiciaire et dans l'attente du choix d'un éventuel repreneur, et XL Airways : la première, spécialisée sur le bassin méditerranéen, qui a « payé, entre guillemets, les fruits de [sa] diversification » dans le long-courrier et la seconde « qui manque de capitaux pour se développer ou pour résister, puisqu’elle est en situation très concurrentielle ».

Situation concurrentielle

Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, a affirmé pour sa part sur Europe 1 que le gouvernement était « aux côtés de cette compagnie depuis ces derniers mois pour l’aider à trouver de nouveaux investisseurs ».

Outre la « concurrence internationale débridée », le patron de XL Airways, qui a vilipendé ses concurrents low-cost, a mis en cause une « problématique structurelle de coûts [en France], des charges sociales qui sont hors normes par rapport au reste du monde » estimant que « la situation des compagnies française était majoritairement déficitaire ». « Il faut arrêter de faire du défensif, il faut faire du préventif sur l’aérien français », a-t-il lancé à l’attention du président Emmanuel Macron.

Les professionnels du secteur dénoncent depuis des années la perte de compétitivité du pavillon français en raison du poids des taxes, des redevances et des charges sociales qui, selon eux, les handicapent lourdement face à leurs concurrents européens et du Golfe mais aussi des low-cost, fortement ancrées sur le réseau moyen-courrier en Europe, et qui depuis peu s’étendent sur le long-courrier, notamment sur le marché porteur des États-Unis au départ de Paris. Une analyse qu’ont partagée vendredi matin les syndicats SNPL, FO et CFDT.

« Les compagnies françaises ne peuvent se battre à armes égales à ce niveau de charges, taxes, redevances », a considéré sur Twitter le pilote de ligne Guillaume Schmid, vice-président du SNPL Air France.

Pour la fédération FO de l’équipement, de l’environnement, des transports et des services (Feets FO), « créer une distorsion dans la taxation » des compagnies aériennes françaises « au regard des pratiques étrangères est suicidaire » et « laisser libre cours au dumping social est coupable ». « Les pouvoirs publics ont tous leur responsabilité dans ces débâcles sociales et économiques », accuse cette organisation dans un communiqué. Raphaël Caccia, secrétaire général de l’Union fédérale des aériens CFDT, a en outre mis en cause « la guerre sur les prix » et « les surcapacités du transport aérien dans le monde entier ».

Deux manifestations prévues

Deux manifestations sont prévues lundi par l’intersyndicale de XL Airways, qui réclame le « soutien des pouvoirs publics », ont annoncé vendredi les syndicats SNPNC-FO, Unsa aérien, SNPL, Unac et CGT de la compagnie. Un rassemblement est prévu à 11h00 devant le ministère des Transports à Paris, un autre à 14h00 devant le tribunal de commerce de Bobigny.

« L’État doit tout mettre en place pour permettre la reprise » de XL Airways, dont les « emplois sont menacés après 24 années d’existence », soulignent les syndicats. « Le soutien du pavillon français passe par le soutien aux compagnies aériennes françaises », ajoutent-ils.

Basée à Paris-Charles-de-Gaulle, la compagnie XL Airways emploie 570 collaborateurs. Elle a transporté 730.000 passagers en 2018 sur quatre continents, essentiellement en Amérique du Nord, notamment les Etats-Unis, les Antilles, la Réunion, mais aussi en Chine.