Attaque de drones en Arabie saoudite : Une hausse rapide des prix à la pompe serait-elle une « arnaque de l’Etat » ?

FAKE OFF Plusieurs internautes affirment que les répercussions de l'attaque en Arabie saoudite ne devraient pas avoir un impact sur le prix carburant avant un moment

Alexis Orsini

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Image d'illustration d'une pompe à essence.
Image d'illustration d'une pompe à essence. — RONALDO SCHEMIDT / AFP
  • Le gouvernement va-t-il profiter de l'attaque perpétrée contre deux installations pétrolières d'Arabie saoudite pour augmenter les prix du carburant vendu en France?
  • C'est ce que soutiennent plusieurs internautes, convaincus qu'une telle hausse ne devrait normalement pas se faire ressentir avant plusieurs semaines.
  • Mais l'impact de cette attaque est en réalité déjà perçu sur les marchés du carburant, et donc potentiellement sur le prix à la pompe en France. 

Si quelques jours se sont déjà écoulés depuis l’attaque de drones contre deux installations pétrolières d’Arabie saoudite, ses premiers effets ne devraient pas tarder à se faire ressentir pour les consommateurs français.

L’importante réduction temporaire de la production du premier exportateur mondial de pétrole s’est déjà fait ressentir sur les marchés, le cours du brut ayant connu une hausse de 10 % dès ce lundi matin. Et comme l’a répété Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), lors de ses différentes interventions médiatiques, ce changement est censé entraîner, dans les jours qui viennent, une augmentation de « 4 à 5 centimes » sur le prix à la pompe en France.

De quoi susciter la colère de nombreux internautes, qui dénoncent une « arnaque », jugeant une telle augmentation aussi prématurée qu’injustifiée, sur Facebook notamment : « [La hausse des carburants à la pompe [ne] devrait être répercutée que dans 45 jours environ… L’État va le faire bien avant, c’est une honte !! Et oui, ce qui a été acheté, livré ou en cours de transit a été négocié avant « l’incident/attaque » qui vient d’avoir lieu en Arabie saoudite !! »

D’autres ne manquent pas de mettre en avant les « trois mois de réserve » de carburant dont dispose la France pour dénoncer cette hausse et appeler à un « gel des prix du carburant » – quand Marine Le Pen réclame pour sa part une baisse « d’urgence » des taxes.

FAKE OFF

« Cette notion selon laquelle l’impact des fluctuations de prix sur le marché ne se répercuterait pas aussi vite sur celui à la pompe est dépassée depuis des années », déplore le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) Francis Duseux auprès de 20 Minutes. « Le coût du carburant vendu en France est principalement établi à partir du marché de Rotterdam sur l’essence et sur le gazole : les ajustements de 90 % du marché national se font au jour le jour, puisqu’il s’agit surtout des grandes surfaces, qui tiennent compte des cotations internationales. Ce n’est certes pas le cas des petites stations-essence, à Paris par exemple, mais les grandes surfaces dominent », ajoute le président de l’Ufip.

L’attaque – d’origine encore inconnue – perpétrée en Arabie saoudite a déjà eu un impact concret puisque, comme l’explique Francis Duseux, « lundi, en pratique, les raffineries ont donc acheté leur pétrole brut 10 % plus cher que la semaine dernière ». Ce qui devrait logiquement entraîner une hausse du prix à la pompe, pour compenser cette fluctuation. Sans que celle-ci n’ait le moindre lien avec « l’Etat », contrairement à ce qu’affirme le coup de gueule partagé sur Facebook, puisque ses taxes sur le carburant – qui représentent environ 60 % du prix final payé par le consommateur – sont appliquées après coup.

Des stocks réservés aux situations les plus graves

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Transition écologique et solidaire souligne en outre que « le gouvernement [se montre] très vigilant quant à l’évolution des prix et appelle les pétroliers à la modération » tout en rappelant que « la hausse de la fiscalité sur les carburants qui avait été prévue au 1er janvier 2019 a été gelée » en vue justement de limiter la hausse du prix à la pompe.

Par ailleurs, si certains internautes soulignent justement que la France dispose de stocks de sécurité pétroliers équivalant à trois mois de carburant – conformément à une obligation réglementaire, en tant que membre de l’Agence internationale de l’énergie (AEI) –, ceux-ci visent à « faire face à une rupture grave des approvisionnements en cas de crise pétrolière internationale », comme le rappelle la Sagess, l’organisme en charge de leur gestion.

Il semble donc peu vraisemblable que le gouvernement recourt à ces réserves dans l’état actuel des choses, comme le souligne Francis Duseux : « Il n’y a pas du tout de scénario de crise dans l’approvisionnement de la France en carburant. Ces stocks sont seulement utilisés en cas de véritable crise, quand il y a une rupture d’approvisionnement empêchant les Français de prendre leur voiture ou encore les ambulances de circuler. En l’occurrence, il faudrait attendre entre 4 à 6 semaines pour voir si on en arrive là. »

Le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui rappelle la « part minoritaire » occupée par l’Arabie saoudite dans « l’approvisionnement national en pétrole (entre 10 à 15 %) », se veut tout aussi rassurant : « Il n’y a aucune difficulté d’approvisionnement et aucune inquiétude à avoir sur les stocks. » Ce qui n’empêchait pas la ministre Elisabeth Borne d’envisager, sur France 2, un recours à ces fameux stocks, dans le pire des scénarios : « Si c’est nécessaire, on mobilisera nos stocks stratégiques pour qu’il n’y ait pas de tensions sur les marchés qui feraient monter les prix. »