Croissance, chômage, pouvoir d’achat… Quelle sera la météo économique en France en 2020 ?

BAROMETRE La Banque de France a dévoilé ses projections macroéconomiques ce mardi

Nicolas Raffin

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Illustration d'un supermarché.
Illustration d'un supermarché. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • La Banque de France a revu ses prévisions de 2019 à 2021.
  • La croissance du PIB devrait se stabiliser autour de 1,3 %, avec une baisse continue du taux de chômage.
  • Du Brexit à venir aux tensions entourant le pétrole, de nombreuses incertitudes entourent ce scénario.

Pas d’emballement de la croissance, ni de freinage brutal. Selon les projections de la Banque de France dévoilées ce mardi, le PIB français devrait progresser de 1,3 % en 2019 et en 2020, après 1,7 % en 2018. Un score loin d’être incroyable qui s’explique en premier lieu, selon la Banque de France, par le ralentissement de la croissance mondiale, qui va affecter les exportations.

Le pays est loin d’être un cas à part. « La croissance française se situe dans la moyenne de la zone euro, alors que l’Allemagne et l’Italie sont en dessous » rappelle Olivier Garnier, directeur général de la Banque de France. Si l’Hexagone s’en sort aussi bien dans les projections, c’est grâce à la consommation des ménages.

Une épargne toujours aussi élevée ?

Après une année 2019 marquée par les mesures en faveur des « gilets jaunes » mais aussi par plusieurs annonces fiscales (baisse de la taxe d’habitation, baisse de l’impôt sur le revenu en 2020), la Banque de France estime que les ménages vont percevoir l’augmentation de leur pouvoir d’achat (+2,3 % attendus en 2019) et se mettre à dépenser plus dans les prochains mois. Au premier semestre 2019, ils avaient plutôt préféré épargner une grande partie de ces gains.

Pour Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, il n’est pas dit que les Français délaissent l’épargne de sitôt. « La question qui se pose, c’est de savoir si nous sommes rentrés dans une phase durable d’épargne de précaution. En effet, même avec des taux d’intérêt négatifs, les épargnants semblent encore prêts à placer leur argent ». Or, une épargne qui resterait élevée à la fin de l’année et en 2020 pourrait diminuer d’autant plus les gains espérés de la consommation.

Un chômage à 7,9 % en 2021

Concernant les projections du taux de chômage (au sens du BIT), la Banque de France table sur une poursuite de la baisse en 2020 et 2021. Actuellement à 8,7 %, le taux de chômage diminuerait à 8,1 % en 2020, puis à 7,9 % l’année suivante. Ce repli serait bien évidemment lié aux créations nettes d’emplois (la différence entre les emplois créés et détruits). Sur ce point, la Banque de France a rehaussé ses prévisions : elle table sur 271.000 créations nettes d’emplois en 2019 et 169.000 créations nettes en 2020 (26.000 de plus que dans sa précédente projection de juin).

Pourquoi un tel optimisme ? Les économistes ont en réalité été surpris par le nombre d’emplois créés depuis janvier 2019. « Visiblement, la transformation du CICE [crédit d’impôt créé par François Hollande] en baisse de cotisations au début de l’année a envoyé un signal fort aux chefs d’entreprise, analyse Eric Heyer. Plusieurs études montrent qu’ils ont perçu cela comme une véritable baisse du coût du travail, ce qui a pu les inciter à embaucher. C’est quelque chose auquel on ne croyait pas forcément ».

Le pétrole en question

Ces signaux plutôt positifs pour l’économie doivent néanmoins être tempérés, car il est par essence impossible de prévoir parfaitement l’évolution de toutes les variables. Ces « aléas », dans le langage économique, sont très nombreux. Ainsi, dans ses projections, la Banque de France anticipe un prix de l’énergie (le pétrole, notamment) en baisse.

Manque de chance : ce week-end, plusieurs attaques contre des installations pétrolières en Arabie saoudite ont conduit à un sursaut du prix du baril (+14 %). « A priori, c’est un choc plutôt temporaire qui affecte une petite partie de la production mondiale de pétrole, affirme Olivier Garnier. Il faut aussi relativiser. En 2012, le baril était à plus de 100 dollars. Aujourd’hui, il flirte avec les 70 dollars. Néanmoins, si la hausse du pétrole se confirmait sur plusieurs années, cela aurait un effet sur la croissance française ».

Les autres incertitudes portent sur l’effet d’un Brexit « désordonné » (sans accord) sur l’économie française. D’après une étude parue l’année dernière, une sortie brutale entraînerait au moins 3 milliards d’euros de perte. De même, si le gouvernement, qui va bientôt présenter son budget 2020, dévoilait de nouvelles mesures d’économies pour l’année prochaine, cela pourrait aussi affecter le comportement des ménages. Et donc la croissance.