Attaque de drones en Arabie Saoudite : Va-t-on vers une flambée des prix à la pompe ?

REACTION EN CHAINE Les cours du pétrole ont grimpé de 10 % lundi matin, deux jours après une attaque de drones contre deux installations du groupe Aramco

S.A avec AFP

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Les prix des carburants ont grimpé dans le monde à la suite d'une attaque de drones contre des installtions pétrolières en Arabie saoudite, ayant provoqué une flambée des cours du pétrole.
Les prix des carburants ont grimpé dans le monde à la suite d'une attaque de drones contre des installtions pétrolières en Arabie saoudite, ayant provoqué une flambée des cours du pétrole. — Amr Nabil/AP/SIPA
  • Deux installations pétrolières du groupe Aramco, la compagnie d’hydrocarbures nationale d'Arabie saoudite, ont été la cible d’une attaque de drones, samedi, obligeant la société à suspendre temporairement environ la moitié de sa production.
  • A la suite de cette attaque, les prix de l’or noir ont connu une forte envolée : plus de 10 % pour le brent de mer du Nord, du jamais-vu depuis la guerre du Golfe en 1991, et près de 9 % pour le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI), un niveau sans précédent depuis le 22 juin 1998.
  • Bien qu’anticipée, cette flambée des cours du pétrole pourrait nuire à l’économie mondiale et se répercuter dans le budget des consommateurs français, selon les experts du secteur.

Un embrasement durable ? Deux jours après l’attaque par drones de deux installations pétrolières du groupe Aramco en Arabie saoudite, les cours du pétrole ont grimpé de 10 % lundi matin. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord affiche une hausse de plus de 11 %, atteignant par exemple 66,87 dollars. C’est sa plus forte envolée depuis la guerre du Golfe en 1991. Quant au brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI), il s’élève à près de + 9 %, sa plus forte hausse journalière depuis le 22 juin 1998. Selon les experts du secteur, cette flambée aura des répercussions sur les prix à la pompe en France.

Peut-on s’attendre à une augmentation rapide des prix à la pompe ?

Si les auteurs de cette attaque n’ont pas encore été identifiés, ses répercussions ne se sont pas fait attendre. Le royaume saoudien, premier exportateur mondial d’or noir, a été contraint dans la foulée de réduire temporairement de moitié sa production. Un manque à représenter de 5,7 millions de barils par jour, soit l’équivalent de 6 % de la consommation quotidienne mondiale.

La hausse des coûts de l’or noir risque de se traduire par une hausse rapide des prix à la pompe, d’après certains professionnels du secteur, même si beaucoup d’inconnues demeurent dans un contexte très volatil. « On peut s’attendre assez rapidement à une augmentation de l’ordre de 4 ou 5 centimes » parce que « les grandes sociétés répercutent au jour le jour l’évolution des prix sur le marché de Rotterdam sur l’essence et le gazole », a déclaré à l’AFP Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP). « Quand vous payez 1,50 euro sur un litre d’essence, vous avez à peu près 50 centimes de matières premières, de raffinage et de distribution », le reste étant constitué de taxes diverses, a-t-il rappelé. C’est donc cette fraction d’environ un tiers du prix à la pompe qui suit l’augmentation des cours.

« Si cette hausse se maintient, même si ça n’est que de 5 %, c’est sûr qu’il va y avoir une influence sur les prix, qui va être un peu modérée en fonction des concurrences locales, parce que tout le monde se regarde. Mais comme la marge de manœuvre n’est vraiment pas importante, ça va se voir à la pompe », juge pour sa part Francis Pousse, du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) à l’AFP.

A partir de quand les consommateurs français seront-ils touchés ?

« Impossible » de prédire la hausse que subira l’automobiliste cette semaine, estime Francis Pousse, du CNPA. Les cours peuvent modérer leur hausse très rapidement ou au contraire flamber en cas d’embrasement militaire. « Si cette envolée est un feu de paille et que ce [lundi] soir on a déjà largement réduit le +10 % (de hausse des cours) qu’on avait ce matin, la conséquence va être mesurée sur les prix à la pompe », relativise-t-il.

Le sujet est d’autant plus sensible que c’est le prix des carburants qui avait déclenché à l’automne 2018 le mouvement des « gilets jaunes », qui s’est ensuite étendu à d’autres revendications. « Cinq centimes (de hausse), à supposer que ça reste à ce niveau, c’est tout à fait considérable. C’est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant pour les Français », a souligné Francis Duseux. Les prix à la pompe sont toutefois actuellement plus modérés qu’ils ne l’étaient à l’époque. Le gazole valait presque 1,43 euro le litre la semaine dernière, contre 1,53 euro en octobre dernier.

La France peut-elle craindre une pénurie d’or noir ?

Si cette attaque met en doute la capacité de l’Arabie saoudite à protéger ses installations pétrolières – les sites touchés ce week-end sont la plus grande usine de traitement d’Aramco, située à Abqaiq, et l’un des principaux champs pétroliers du pays à Khurais, dans l’Est – la France, elle, fait preuve de prévoyance depuis des années.

« On a en France trois mois de réserve. La loi nous oblige à posséder, dans des stockages, trois mois de la consommation de l’année précédente », explique Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP).
« Au cas où l’approvisionnement en brut deviendrait un peu plus tendu, je pense qu’il n’y aurait pas de problème pour continuer à approvisionner les Français dans les stations-service ou pour remplir leur cuve de fioul domestique », a-t-il assuré.

De plus, « les exportations saoudiennes ne seront probablement pas affectées de façon significative », estime Amarpreet Singh, analyste chez Barclays, interrogé par Les Echos.