Enchères groupées : « Il faut inciter les consommateurs à faire jouer la concurrence »

INTERVIEW L'UFC-Que choisir a organisé, cette semaine, les cinquièmes enchères inversées de l’énergie, qui permettent d’obtenir des prix avantageux pour les souscripteurs

Propos recueillis par Romarik Le Dourneuf

— 

Les enchères inversées sont remportées par l'offre la plus basse
Les enchères inversées sont remportées par l'offre la plus basse — Parsucco
  • Les enchères inversées 2019 de l’UFC-Que choisir ont permis aux souscripteurs d’obtenir des offres de 16 à 37 % inférieures aux tarifs réglementés hors taxes pour leur énergie.
  • Ce type d’opérations se multiplient depuis quelques années et l’association incite les particuliers à faire jouer la concurrence.
  • Cédric Musso, directeur des actions politiques de l’UFC-Que choisir, explique à 20 Minutes les raisons de cette démarche.

Adjugés à ekWateur et Plüm Energie ! Cette semaine, l’UFC-Que choisir a annoncé avoir conclu de nouvelles enchères inversées pour des offres de gaz et d’électricité. Grâce aux 256.000 inscrits à l’opération 2019, l’association a pu obtenir des tarifs avantageux d’énergie. Ceux-ci sont garantis deux ans et disponibles pour les inscrits qui le souhaitent.

Pratique encore peu répandue en France, les achats groupés dans des secteurs tels que l’énergie, les assurances ou la téléphonie pourraient se multiplier. Cédric Musso, directeur des actions politiques à UFC-Que Choisir, a répondu aux questions de 20 Minutes au sujet de ces opérations.

Pourquoi avoir créé ces enchères inversées ?

L’idée est venue du fait qu’une concurrence profitable au consommateur est possible sur le marché. Cela fait des années que l’UFC-Que choisir incite les particuliers à faire jouer la concurrence dans le plus de domaines possibles. Malheureusement, notre mot d’ordre est peu suivi. Les consommateurs se trouvent souvent perdus dans la législation. Nous avons donc créé en 2013 notre première opération d’achat groupé de gaz.

Depuis 2015, ces enchères concernent également des offres d’électricité. Notre but est de donner un pouvoir de marché aux consommateurs. Ces opérations ne se limitent pas à l’aspect financier, nous y apportons la sécurité juridique. Avec notre expérience des litiges et réclamations qui nous sont remontés par les agences locales de la fédération, nous avons établi un cahier des charges très strictes que les fournisseurs doivent respecter.
 

Comment se déroule toute l’opération ?

Dans un premier temps, nous informons tous les fournisseurs nationaux référencés par les autorités en leur adressant notre cahier des charges et une date butoir pour donner une réponse. Ceux qui manifestent un intérêt doivent nous envoyer une série d’éléments pour nous assurer qu’ils respecteront le cahier des charges établi, s’ils venaient à remporter les enchères. Pour les plus petits fournisseurs, il nous arrive de demander des garanties financières pour éviter toutes défaillances durant la portée du contrat.

En parallèle, nous lançons les inscriptions auprès des particuliers. Il est possible de s’inscrire jusqu’à la veille des enchères, pour une somme de 5 à 10 euros, selon que l’on soit membre ou non de la fédération, et l’association ne prend aucune commission. Ainsi le jour J, les fournisseurs intéressés ont connaissance du parc potentiel et du profil des consommateurs – anonymisés - à gagner. Cela leur permet de préparer une offre. Nous avons différents pots en jeu, et le fournisseur qui propose les tarifs les plus avantageux remporte l’enchère.

Les fournisseurs jouent-ils le jeu ?

Oui, ils ont de plus en plus d’appétence pour ces campagnes. Ce n’était pas évident à l’origine. Lors de notre première édition, un seul fournisseur s’était déclaré intéressé. Cette année, les enchères ont été très animées. Cela représente un potentiel important de clients, avec 256.000 inscrits cette année, et un taux de souscription de 40 % en moyenne. Les fournisseurs ne sont pas perdants, parce qu’ils économisent le coût d’acquisition de clients. Ce qu’ils ne dépensent pas en publicité, démarchage et communication, permet de faire baisser leur coût global et donc de proposer de meilleurs tarifs.

Ce concept est-il applicable dans d’autres secteurs ?

Dans tous les domaines où la concurrence est profitable au consommateur. Ce serait possible de le faire dans les assurances, les complémentaires santé, la téléphonie…. On voit que cela a été long dans l’énergie, et dans les autres secteurs, il y a une vraie résistance de la part des opérateurs. Ils doivent comprendre l’intérêt de ces opérations.

Quoi qu’il en soit, nous incitons les consommateurs, même individuellement, à faire jouer la concurrence. Pour cela, il ne faut pas hésiter à regarder les comparateurs. C’est le but de notre démarche initiale, démontrer que c’est possible.