Réforme des retraites : Entre les manifs et les annonces d’Edouard Philippe, la bataille s’engage

MOBILISATIONS Le Premier ministre doit faire face à de nombreuses contestations

Nicolas Raffin

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Edouard Philippe devant le CESE, le 12 septembre 2019.
Edouard Philippe devant le CESE, le 12 septembre 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Plusieurs manifestations contre la réforme des retraites sont prévues en septembre.
  • Les professions libérales sont particulièrement réticentes à se fondre dans le futur système universel.
  • Le gouvernement a ouvert la porte à une période de transition qui pourrait aller au-delà de 2040.

Fin avril, Edouard Philippe promettait que le projet de loi sur les retraites serait présenté « avant la fin de l’été ». Mais la promesse a fait long feu et la loi ne sera pas voté avant mai ou juin 2020, après les élections municipales. A la place, jusqu’à fin septembre, le gouvernement va devoir affronter une succession de manifestations menées soit par des syndicats qui rejettent la réforme, soit par plusieurs professions qui entendent bien garder leurs modalités de départ à la retraite.

La RATP ouvre le bal ce vendredi par une grève d’une grande ampleur. Avec plusieurs lignes de métro du réseau francilien fermées ou à l’arrêt, c’est une mobilisation jamais vue depuis plus de dix ans qui s’annonce. Elle sera suivie par une mobilisation de Force ouvrière le 21 septembre. Et, dès le lundi 16 septembre, par une manifestation du collectif « SOS Retraites » à Paris. Il regroupe plusieurs professions libérales et salariées ayant un régime de retraite dit « autonome » : avocats, médecins, infirmières libérales ou encore pilotes d’avion.

« Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de notre profession »

Ces professions « ne demandent rien à personne et se suffisent à elles-mêmes, rappelle Christiane Feral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, l’organisme de représentation des avocats. Nous avons garanti nos retraites sans jamais demander un euro aux contribuables. Au titre de la solidarité, nous reversons même des sommes importantes aux autres régimes. »

Autant dire que la perspective de se fondre dans un système universel de retraites, qui fusionnerait la quasi-totalité des 42 régimes existant actuellement, est loin de les satisfaire. « La moitié des avocats passera de 14 à 28 % de cotisations. Ils subiront aussi une baisse d’un tiers de leur pension » poursuit l’avocate, qui conclut : « Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de notre profession. »

Pas touche à mes milliards d’euros

Même discours chez les pilotes de ligne, qui font partie du collectif SOS Retraites. « Notre caisse complémentaire de retraite est autonome. Elle existe depuis 1951, elle a géré des disparitions de métiers, des crises économiques. Il n’y a aucune nécessité de faire disparaître ce régime » avance Yves Deshayes, président du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL).

Surtout, ces professions s’insurgent contre la perspective de voir englouties leurs réserves patiemment accumulées. La caisse de retraite des avocats dispose par exemple de 2 milliards d’euros, et celle des médecins libéraux possède près de 7 milliards d’euros de réserve. Pour eux, hors de question que l’État mette la main dessus. « Nous dénonçons ce projet de captation de nos régimes autonomes » explique Christiane Feral-Schuhl.

Une « convergence » utopique ?

Le collectif SOS Retraites ne manquera sûrement pas d’exposer tous ses arguments dans les prochains mois, au cours de la nouvelle phase de concertation lancée ce jeudi par Edouard Philippe. Dans son discours prononcé au siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Premier ministre a montré deux visages en réponse aux critiques.

S’adressant de manière implicite aux professions libérales, Edouard Philippe s’est d’abord montré ferme. « Des régimes en bonne santé financière ne sont pas à l’abri, demain, de se retrouver en déficit en raison d’importants départs à la retraite, a-t-il prévenu. Qui peut ici prédire ce que sera l’organisation du travail dans cinquante ans ? La solidarité professionnelle peut être très forte, mais elle n’est pas forcément durable. » Pas question, donc, de revenir sur le cœur de la réforme, à savoir un régime universel.

Pourtant, un peu plus loin dans son discours, le chef du gouvernement s’est montré beaucoup plus ouvert. « Chacun des régimes devra définir son chemin de convergence » pour rejoindre « la maison commune » du système universel, a promis Edouard Philippe. « Tant que le chemin ne sera pas tracé, le nouveau système ne sera pas appliqué ». Autrement dit, si le régime universel des retraites ne devrait s’appliquer totalement qu’à partir de 2040, il n’est pas impossible que plusieurs professions bénéficient d’un délai supplémentaire pour se fondre dans le système. De quoi laisser planer le doute sur la réalisation du projet.