Aigle Azur : Pourquoi autant d’intérêt des concurrents pour cette compagnie aérienne ?

AVIATION Les repreneurs lorgnent les créneaux dont dispose la compagnie à Orly

Nicolas Raffin

— 

Un avion Aigle Azur (Illustration).
Un avion Aigle Azur (Illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA
  • La compagnie aérienne Aigle Azur, en cessation de paiement, est incapable de faire voler ses avions depuis la semaine dernière.
  • Quatorze offres de reprise, dont une émanant d’Air France, ont été déposées ce lundi.
  • Les « slots », qui permettent d’atterrir et de décoller d’un aéroport, sont l’un des principaux enjeux.

L’incertitude plane toujours autour d’Aigle Azur, qui a brutalement arrêté ses vols la semaine dernière, faute de finances suffisantes. Alors que ses avions sont cloués au sol et que des milliers de passagers de la compagnie aérienne attendent désespérément une solution pour leur voyage, plusieurs repreneurs potentiels se sont manifestés ce lundi, dont Air France.

Au total, 14 offres de reprise ont été déposées, a indiqué lundi la CFDT à l’issue d’une rencontre entre les syndicats et le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari. « Deux offres principales ont été évoquées pendant la durée de la réunion », a déclaré de son côté le président du SNPL Aigle Azur, Martin Surzur. Cet intérêt confirme les proposde Jean-Baptiste Djebbari, pour qui « Aigle Azur continue de faire envie ».

Si les compagnies aériennes se disputent la reprise de la société, ce n’est évidemment pas par charité envers les 1.150 salariés. Le principal « actif » d’Aigle Azur, outre ses appareils, ce sont en effet les « slots » dont l’entreprise dispose à l’aéroport d’Orly, au sud de Paris. Les « slots » sont des créneaux horaires permettant à une compagnie aérienne d’atterrir ou de décoller d’un aéroport donné.

Un quota très restrictif

A Orly, les slots sont éminemment stratégiques. D’une part parce qu’il s’agit d’un aéroport situé à proximité de la capitale, et que pouvoir le desservir est un argument commercial non négligeable pour une compagnie. D’autre part, et c’est le point le plus important, parce qu’il est très difficile d’obtenir des « slots » à Orly. L’aéroport doit en effet respecter un couvre-feu entre 23h30 et 6h du matin, pendant lequel aucun avion ne peut décoller ou atterrir.

Cette décision remonte aux années 1990. « Bernard Bosson, le ministre des Transports de l’époque a pris, le 6 octobre 1994, un arrêté limitant à 250.000 le nombre de mouvements autorisé à Orly » rappelait en 2010 Jean-Louis Baroux, ancien président d’APG (Air Promotion Group) et créateur du CAF (Cannes Airlines Forum) dans un article de Tourmag. Le spécialiste de l’aérien rappelait en outre que cette mesure, présentée comme un moyen de préserver la tranquillité des riverains « était à ce moment destinée à empêcher British Airways, qui avait des visées sérieuses sur le marché français, de s’installer à Orly. Et cela a marché ».

Des créneaux stratégiques

En raison de cette limitation, Orly n’a quasiment plus aucun créneau horaire de libre pour les 27 compagnies aériennes qui le desservent. Le seul moyen d’en obtenir est d’attendre qu’une place se libère… souvent lorsqu’une compagnie fait faillite. Les repreneurs d’Aigle Azur pourraient donc mettre la main sur ses 9.800 « slots », ce qui représente environ 13 vols par jour, selon Les Echos.

Air France, qui a déposé une offre de reprise ce lundi, entend donc bien profiter de cette manne des créneaux. En outre, la reprise – même partielle – d’Aigle Azur aurait un autre intérêt pour elle : « Air France verrait d’un très mauvais œil ces créneaux horaires repartir à la concurrence étrangère, EasyJet ou Vueling, et ainsi menacer Transavia [la compagnie low-cost d’Air France] » remarquait dimanche Frédéric Beniada, spécialiste aéronautique à FranceInfo.