Louer plutôt qu'acheter ? Des internautes expliquent pourquoi ils ont renoncé à acquérir leur résidence principale

Tous proprios? Même si les taux d’intérêt sont faibles, pour se loger dans les grandes métropoles, certains privilégient malgré tout la location

Catherine Abou El Khair

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Vue de Lyon et de ses tours depuis la colline de Fourvière
Vue de Lyon et de ses tours depuis la colline de Fourvière — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Alors que le taux d’intérêt moyen n’était que d’1,17 % en moyenne en août (chiffres Observatoire Crédit Logement/CSA), il devient de plus en plus intéressant d’acheter plutôt que de louer.
  • Pour autant, certains internautes qui se sont confiés à 20 Minutes renoncent à la propriété pour être locataires, notamment dans les grandes villes comme Paris ou Lyon.
  • En cause : les prix du marché à l’achat, trop élevés dans les métropoles.

Poussé par des taux d’intérêt si bas*, la pression pour acheter un bien n’a jamais été aussi forte. Une étude de Meilleurtaux.com, publiée mardi, le rappelle : en France, l’acquisition d’un 70 m2 est plus intéressante qu’une location au bout de 1 an et 9 mois, soit un an de moins qu’en 2018 en moyenne. Pour un 30 m2, un tel investissement vaut aussi davantage le coup au bout de 2 ans et 1 mois…

Mais le sujet n’est pas toujours évident. C’est ce qu’illustrent plusieurs témoignages recueillis par 20 Minutes. Les habitants ayant réagi à notre appel à témoignages logent à Paris ou à Lyon, des villes où les prix de l'immobilier ont flambé.

Des prix inabordables

Selon les estimations du site d'informations Le Revenu, il faut gagner en effet 12.050 euros par mois pour se loger dans un 75 m2 à Paris, tandis qu’à Lyon, il faut 5.300 euros par mois pour se loger dans une telle surface.

« Propriétaire d’un appartement à Lyon, nous avons eu la chance d’acheter un 40 m2 avant l’envolée des prix. Nous voulions le revendre pour acheter plus grand », témoigne par exemple Laurent. Cependant, « même en réalisant une belle plus-value, le prix de l’immobilier sur Lyon et particulièrement dans notre quartier est inabordable », témoigne-t-il.

Il a donc renoncé à acheter plus grand en centre-ville et pour se donner un peu d’air, sans quitter ce lieu auquel il est très attaché, Laurent a choisi d’acquérir « un logement secondaire, une maison située à une heure de Lyon. Pour un budget moindre, nous pourrons profiter des avantages de la ville en semaine puis respirer l’air frais de la campagne et profiter d’un espace de vie plus grand pendant le week-end et les vacances », explique-t-il.

Mesurer la différence entre prix et loyers

A Lyon, «les prix ont flambé mais pas les loyers », constate de son côté Frédéric. Une conclusion qui le conduit à privilégier encore la location à l’achat. « Si j’achète, ce ne sera certainement pas ma résidence principale, poursuit-il, mais plutôt pour faire un investissement locatif dans une petite agglomération ». En attendant, Frédéric fait « fructifier [son] épargne en parallèle ».

Un calcul compréhensible selon la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) : avec 1.000 euros de loyer par mois en juin 2019, on obtient en effet une plus grande surface à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille, Nantes, Strasbourg, Rennes, Ajaccio, ou encore Toulouse. En revanche, verser 1.000 euros par mois de mensualités (à un taux d’intérêt de 1,5 %, sur 20 ans) permet d’avoir plus de surface à Marseille, Rouen, Dijon et Orléans.

Des propriétaires qui redeviennent locataires

« Il y a des villes où les prix sont très élevés. En location, on va s’y loger dans plus grand pour moins cher », confirme Maël Bernier, responsable de la communication du courtier en ligne Meilleurtaux.com.

Face à cette évolution, certains reviennent même… à la location. C’est le cas de Lucile. Elle a revendu son logement situé en banlieue parisienne… Insuffisant, cependant, pour devenir propriétaire occupant à Paris, « les prix étant exorbitants sur des grandes surfaces ».

L'investissement locatif, une bonne idée ?

Dans ce contexte, et « au regard des taux proposés historiquement bas », elle préfère « investir dans des petites surfaces de moins de 15 m2 sur Paris pour les louer afin de [se] constituer un petit patrimoine pour la retraite », explique-t-elle.

En matière d’investissement locatif, option choisie par Lucile, « si on veut être sûr d’y gagner, on investit dans une grande ville où l’on sait qu’il y a de la demande. Il faut vraiment regarder les dynamiques de la zone avant d’investir », rappelle Eric Allouche, directeur du réseau ERA immobilier.

Investir à l’étranger

Mais pas toujours facile d’y voir clair… Pour contourner cette difficulté, Michel a fait un choix radical. « Investir dans un bien à l’étranger où les prix sont beaucoup plus abordables », explique le locataire parisien. Une décision qu’il semble ne pas regretter, tant il est certain que « le gouvernement actuel va mettre en pratique une politique fiscale encore plus dure en matière de propriétés foncières ». « Les résidences principales vont être taxées et les petits propriétaires étranglés », estime-t-il.

De fait, une annonce de cette rentrée pourrait lui donner raison : la hausse de la taxe foncière, un impôt local, pour près de 130.000 foyers fiscaux. Pas de quoi, néanmoins, être dissuasif, selon Eric Allouche. « Sauf à ce que le loyer soit plafonné, un investisseur va forcément répercuter cette hausse ». Dommage selon lui de renoncer pour si peu à un achat, dans un contexte si propice.

*Les taux des prêts (hors assurance et coût des sûretés) se sont établis en moyenne à 1,17 % en août 2019, selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA)