« Une durée de cotisation plus souple », « l’âge pivot réduit les inégalités »… Vous donnez votre avis sur la réforme des retraites

REFORMES Le suspense reste entier concernant la refonte à venir du système en France

Jean Bouclier

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Illustration de retraités.
Illustration de retraités. — GILE MICHEL/SIPA
  • Le gouvernement entend mettre en place un nouveau « système universel » des retraites à l’horizon 2025.
  • Alors que le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye a recommandé en juillet de partir sur un âge pivot à 64 ans, assorti d’un système de décote et de surcote, Emmanuel Macron a indiqué, en début de semaine, être favorable à un accord sur la durée de cotisation.
  • 20 Minutes a interrogé ses lecteurs pour connaître leur avis et savoir s’ils sont favorables à la consultation prévue, qui doit durer un an.

La voie semblait toute tracée. En juillet dernier, le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye avait rendu un éclairage très attendu, en se prononçant pour un « taux plein » pour les retraités en se basant sur un âge « pivot » de 64 ans, assorti d’un système de décote et de surcote. Un avis qu’il avait rendu dans le cadre de la future réforme du système de retraites, prévu à l’horizon 2025.

Mais surprise, le président Emmanuel Macron, qui dressait lundi soir dernier le  bilan du G7 sur le plateau de France 2, a fait volte-face. « Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge », a ainsi avancé le locataire de l’Elysée. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a assuré depuis que le président a simplement « exprimé la préférence qui était la sienne, il ne s’agit pas là d’enterrer l’idée de l’âge pivot ». Mais la question est plus que jamais sur la table : faut-il privilégier la durée ou l’âge ?

« Un choix s’est offert à moi »

Des concertations auront lieu à Matignon la semaine prochaine autour d’Edouard Philippe, mais 20 Minutes a pris les devants et demandé à ses lecteurs leurs avis sur la question. Verdict : une très large majorité des internautes qui nous ont répondu partagent l’avis d’Emmanuel Macron. Il faut selon eux opter pour un système basé sur la durée de cotisation. « J’ai 52 ans aujourd’hui, mais à 18 ans, un choix s’est offert à moi, explique Daniel. Soit poursuivre mes études, soit entrer dans le monde du travail et réaliser mes études en parallèle. J’ai opté pour la deuxième (solution). Je ne comprendrais pas que mon sacrifice et mes efforts ne soient pas reconnus. » Comme lui, Jocelyne, assistante de direction de 49 ans, estime que la prise en compte de la durée de cotisation permet de ne pas défavoriser ceux qui sont arrivés tôt sur le marché de l’emploi. « J’ai commencé à travailler à 20 ans. Il serait injuste de travailler plus longtemps que ceux qui ont commencé à travailler à 25 ans ou plus tard », avance-t-elle.

Au fait de commencer jeune, André, lui, ajoute la pénibilité. Il « préfère un système basé sur la durée de cotisation (car) les personnes commençant à travailler tôt sont d’ordinaire des gens faisant des travaux pénibles (BTP, travaux répétitifs…). » D’autres, comme Ivan, y voient surtout une certaine liberté. Il explique : « Le principe de durée de cotisation est beaucoup plus souple que l’âge pivot. Il permet à chacun de choisir entre privilégier un départ anticipé avec une faible retraite et un départ tardif avec une retraite plus importante. » Soit, selon lui, une solution « qui permet de faire des choix ».

Un âge pivot pour réduire les inégalités ?

Mais l’autre formule, basée sur un âge pivot, a ses défenseurs. C’est le cas de Stéphane, pour qui « cela permet de savoir que l’on peut partir à 64 ans sans malus ». Et Raphaël d’ajouter : « L’âge pivot a pour avantage de réduire les inégalités. En effet, si on compte le nombre d’années de cotisation, une femme ayant eu des enfants et ayant pris un congé maternité est désavantagée, car elle devra en théorie travailler plus tard. Le phénomène est le même pour une personne ayant fait des études et qui se retrouverait à travailler plus tard. Dans ces deux cas, elle risque de prendre sa retraite avant d’avoir son taux plein, car elle sera usée par le travail. » Dans le même camp, on propose l’idée de partir sur un âge pivot, mais de l’abaisser. Cela permettrait de « donner un emploi à celui qui n’en a pas et de permettre aux personnes de profiter de leurs petits-enfants et de leur famille », estime ainsi Jérôme.

Enfin, il y a bien sûr ceux qui ne sont convaincus ni par l’une, ni par l’autre des voies envisagées. « Si le système se base sur une durée de cotisation, cela pénalisera les personnes ayant fait de longues études et n’incitera pas les générations futures à se lancer dans de grandes (formations), ce qui risque de créer des pénuries dans certaines professions, note Virginie. Et si le système définit un âge légal de départ, cela pénalise les personnes qui ont commencé à travailler très tôt. Pour que le système soit juste, il faudrait établir une grille prenant en compte davantage d’éléments que la seule durée de cotisation ou l’âge. »

Un sujet très complexe

Quant à savoir si la consultation prévue [laquelle doit durer un an, a indiqué ce vendredi Gérald Darmanin, le ministre des Compte publics] est judicieuse ou non, nos lecteurs ne sont pas nombreux à se mouiller. Pourtant, Frédéric déclare : « La consultation est une voie envisageable, à condition de sélectionner des personnes éclairées sur un sujet éminemment technique et complexe. »

Bertrand, au contraire, estime que l’avis des Français risque d’être biaisé : « Je ne pense pas que (ce) soit une bonne solution pour trouver la meilleure voie, compte tenu de la complexité du problème. Il faudrait pour cela connaître la totalité des paramètres en question et trancher sans arrière-pensée. »

Heures, études et départ en douceur

Pourtant, les citoyens en ont, des idées sur la question. Exemple avec Christophe, qui préconise de suivre de très près la quantité de travail d’un individu en tenant compte non pas des trimestres ou des années travaillées… mais des heures effectuées. « Il serait plus judicieux de faire partir à la retraite les personnes ayant acquis un volume d’heures minimales travaillées. Voila la justice sociale », avance-t-il.

Une autre approche consisterait à choisir la durée de cotisation, comme le préconise Macron, mais en se penchant sur les études. Eric s’explique ainsi : Il faut « compter les années d’études pour permettre d’accéder à un métier (pas les années d’errance dans une autre voie ou les redoublements, mais les années minimums nécessaires à l’accès à ce métier). Les années d’études sont des années travaillées, certes non payées, mais bien obligatoires. Alors, pourquoi ne pas les compter ? ».

Jacques, lui, propose une « sortie progressive des personnes proches de la retraite, pour favoriser l’entrée des jeunes et la transmission du savoir. » Dans son plan, cela donnerait, en fin de carrière, le droit de « pouvoir passer en 3/4 temps, puis à mi-temps et finir les derniers mois en 1/4 temps. » Histoire d’avoir un « passage à la retraite moins brutal. »

Travailler moins et produire moins

Et puis il y a les remises en cause plus profondes. Comme celle de Daniel qui, au lieu de changer la loi, ne veut… pas légiférer. « Pourquoi faire une loi pour tous, alors que chacun est assez mature pour savoir ce qui lui est préférable, en fonction de nombreux paramètres personnels (âge, santé, situation familiale, situation financière, etc.) ? Il vaut mieux un monde où le travail est flexible et disponible à loisir qu’un monde de chômage de masse. »

Dernière idée, énoncée par François, qui s’oppose clairement au « travailler plus pour gagner plus » : « L’âge pivot, le nombre de trimestres ne sont que des broutilles. Il faut travailler moins, produire moins, consommer moins. » Tout simplement.