En 2007, Nicolas Sarkozy promettait de lancer des «subprimes» à la française

Vincent Glad

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Le président américain George W. Bush s'apprêtait à dévoiler jeudi un plan d'aide aux propriétaires endettés prévoyant notamment un gel de taux de leur emprunt immobilier "subprime", et qui pourrait aider plus d'un million de ménages, a annoncé un responsable de la Maison-Blanche.
Le président américain George W. Bush s'apprêtait à dévoiler jeudi un plan d'aide aux propriétaires endettés prévoyant notamment un gel de taux de leur emprunt immobilier "subprime", et qui pourrait aider plus d'un million de ménages, a annoncé un responsable de la Maison-Blanche. — Paul J. Richards AFP/Archives

La citation semble sortie d'une autre époque. Pourtant, ces quelques lignes que 20minutes.fr a exhumé mercredi ne datent que de la campagne présidentielle 2007. Elles sont signées Nicolas Sarkozy. Et c'est vérifiable ici.

«Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe [...] Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué.»

La proposition ressemble furieusement aux «subprimes» américains qui ont fait basculer la planète financière dans une crise qui dure depuis plus d'un an. Pour en avoir le cœur net, 20minutes.fr a interviewé deux économistes sur le sujet.

Marc Touati, économiste chez Global Equities

«Oui, c'est du subprime! Le credo de Nicolas Sarkozy était que les Français les plus modestes devaient pouvoir devenir propriétaire de leur logement. C’était une promesse électoraliste qui ne tient pas l’analyse économique. Avec le vent de la crise financière, il serait impossible aujourd'hui de tenir ce discours.

Concrètement, la proposition de Nicolas Sarkozy signifie que le gouvernement aurait autorisé les banques à octroyer des crédits à des ménages non solvables, ce qui est interdit actuellement. Finalement, heureusement qu'il y a eu la crise, sinon, avec le retournement du marché immobilier, on aurait pu avoir le même problème qu'aux Etats-Unis.»

Eric Heyer, analyste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

«C'est un mécanisme proche des subprimes. Avec le recul, la promesse de Nicolas Sarkozy paraît un peu ridicule. Lors de la campagne présidentielle, il voulait que la France adopte une vision plus américaine en matière économique. L'idée était de dire que dans notre pays, il y a trop de règles, trop de carcans.

En France, quand vous allez demander un emprunt, le banquier regarde vos revenus et les mensualités de remboursement ne doivent pas dépasser 33% de vos revenus. Sarkozy voulait rajouter dans le calcul la valeur de la maison. C'est un mécanisme qui ne fonctionne que jusqu'au jour où la bulle éclate et où les prix de l'immobilier s'effondrent.

Cela étant, l'hypothèque, peu développée en France, n'est pas forcément une mauvaise chose. Seulement, il faut que cela soit fortement encadré. Aux Etats-Unis, il n'y avait aucune règle ce qui a provoqué la chute de ces crédits pourris.»