Faut-il boycotter les plateformes de livraison de repas? Nos lecteurs et lectrices témoignent

VOUS TEMOIGNEZ Le conflit en cours chez Deliveroo divise les internautes

Nicolas Raffin

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Un coursier utilise son application de livraison (Illustration).
Un coursier utilise son application de livraison (Illustration). — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Une partie des livreurs Deliveroo a entamé une mobilisation depuis début août contre la nouvelle rémunération proposée par la plateforme.
  • Cette semaine, ils ont proposé aux consommateurs de boycotter l’application pendant un jour.
  • 20 Minutes a recueilli l’avis de ses lecteurs sur cette initiative.

Pour de nombreux urbains, commander à manger via son smartphone et se faire livrer par un coursier à vélo est devenu une habitude. Mais depuis quelques jours, ils sont aussi nombreux à s’interroger sur cette pratique. En effet, une partie des livreurs et livreuses de Deliveroo, en colère contre la nouvelle grille tarifaire de la plateforme, ont émis l’idée d’un boycott (temporaire) de l’application.

L’idée a beaucoup fait réagir les lecteurs de 20 Minutes auxquels nous donnons la parole aujourd’hui. Parmi les nombreuses contributions que nous avons reçues, plusieurs tendances se dessinent. Il y a d’abord celles et ceux qui sont prêts à aller dans le même sens que les livreurs contestataires. « Je suis prête à boycotter les plateformes de livraison jusqu’à ce qu’elles améliorent les conditions de travail de leurs livreurs » écrit Eve, 23 ans. « Si les livreurs pensent qu’il est utile d’effectuer un boycott, je m’y tiendrais, poursuit Camille, 20 ans. Eux seuls peuvent savoir comment réagir. Leur travail est déjà compliqué, s’ils doivent également travailler plus pour gagner moins, je les soutiens. »

Marine se montre même encore plus directe : « Je ne pourrais pas continuer à me regarder dans une glace si je continue à cautionner un système à l’opposé de mes valeurs. Alors soit les plateformes changent et rémunèrent dignement leurs coursiers, soit je m’en vais. »

Et il n’y a pas que les jeunes qui se sentent concernés par le sujet. Yves, 64 ans, « ancien coursier à mobylette dans les années 1970 » se dit « de tout cœur avec les livreurs » : « Je n’aurais même pas imaginé que l’on puisse gagner si peu en travaillant si durement » s’indigne-t-il. Même solidarité du côté de Salim, âgé de 52 ans. « Étant père de trois grands enfants, adolescents et étudiants, j’essaie de les mettre en garde contre le recours à ce mode de livraison. Il est tentant et flatteur pour les usagers, mais terriblement profiteur de la misère d’autrui. »

Un confort « à portée de clic »

Si le mouvement de boycott compte des soutiens, il est aussi vivement critiqué par une partie des internautes. « Je pars du principe que les livreurs ne sont pas au bagne, affirme Chris. Ils savaient qu’ils n’allaient pas travailler pour Rothschild. S’ils ne sont pas contents, qu’ils changent de travail. » « Je ne participerai pas au boycott et je continuerai à commander, appuie Corentin. Je comprends le conflit entre les livreurs mais c’est un cas qui doit se régler en interne. Chaque problème a sa solution, il suffit d’y travailler ensemble. »

De son côté, Anaïs reconnaît avec franchise que la livraison lui facilite la vie. « Mes journées sont longues et ces plateformes nous ont permis d’accéder à un confort à portée de clic, se justifie-t-elle. Le seul facteur qui serait susceptible de me faire moins commander à l’avenir serait une augmentation du prix ». D’autres lecteurs se montrent inventifs, et proposent d’autres formes d’actions pour remplacer le boycott : « Je gratifie systématiquement le livreur d’un pourboire de 5 euros, lui permettant ainsi de doubler son revenu » raconte ainsi Laurent.

« Esclaves des temps modernes »

Au-delà de ce « duel » entre partisans et opposants au boycott, certains contributeurs se questionnent sur l’essence même du modèle des plateformes de livraison, et de manière générale sur le sens de « l’ubérisation ». « Par principe, je ne fais jamais appel à ce genre de plateforme, affirme François. Je considère que c’est une bonne chose que ceux se font exploiter se rendent enfin compte qu’ils sont des esclaves des temps modernes ».

« Tant que les personnes employées [en réalité des auto-entrepreneurs] ne seront pas rémunérées correctement, je n’utiliserai aucune de ces plateformes, prévient Sébastien. Leurs modèles économiques impliquent que les coûts soient excessivement tirés vers le bas, au détriment des rémunérations, des conditions de travail et de la sécurité. L’activité des plateformes doit être sérieusement réglementée. » L’exécutif a fait un premier pas dans ce sens via la loi Mobilités (en cours d'examen au Parlement) avec notamment une obligation de transparence des tarifs ou encore la possibilité d’introduire une charte. Le gouvernement a en revanche préféré temporiser sur la question des négociations collectives : l’ouverture de négociations collectives n’est prévue que dans un an.