Plan Paulson: les raisons d'un échec

CRISE FINANCIERE La Chambre des représentants a rejeté le plan de sauvetage des banques américaines.

Gilles Bouvaist

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La Chambre des représentants américains a encore attisé la crise financière mondiale lundi en rejetant le plan de sauvetage des banques, provoquant un plongeon record de Wall Street, alors que la cascade des faillites s'accélérait en Europe.
La Chambre des représentants américains a encore attisé la crise financière mondiale lundi en rejetant le plan de sauvetage des banques, provoquant un plongeon record de Wall Street, alors que la cascade des faillites s'accélérait en Europe. — Chip Somodevilla AFP/Getty Images
De notre correspondant à New York

Retour à la case départ au Congrès. Après un week-end de négociations acharnées, une conférence de presse tout sourire dimanche annonçant qu’une loi allait passer dès ce lundi, tout s’est écroulé un peu avant 14 heures à Washington. Les représentants de la chambre basse du Congrès américain ont rejeté le plan Paulson à 228 voix contre 205.

En dépit des menaces d’apocalypse agitées par le président Bush en cas d’échec, la défiance à l’égard du compromis est restée la plus forte au Congrès. Jusqu’au bout, les leaders des partis républicain et démocrate espéraient atteindre un consensus. Ils semblent maintenant groggy par l’ampleur imprévue de l’opposition, des deux côtés du Congrès.

«La pente glissante du socialisme»

Les républicains ont, eux, surfé sur le mécontentement populaire. à l’égard d’un plan qui ne satisfait personne, surtout par leurs électeurs et contribuables. Deux tiers d’entre eux (133) ont voté contre, afin de marquer leur rejet d’une solution qui, pour eux, trahit les principes de l’économie de marché. Le plan entraînerait le gouvernement sur la «pente glissante du socialisme», selon les termes d’un représentant de l’Indiana.

D’autres estiment encore que la menace d’une récession a été brandie trop vite, empêchant des négociations raisonnables et une prise en compte de leurs propositions. Leur leader à la chambre basse, John Boehner, qui s’était opposé le plus vigoureusement à la première version du plan, avait pourtant appelé à voter ce lundi pour ce qu’il avait qualifié de «sandwich à la merde». Une chose est sûre: ni Bush ni John McCain ne semblent avoir eu d’influence sur le vote.

«Je vais punir le pays»

Côté démocrates, les défections ont été plus larges que prévues également. Le raisonnement va dans l’autre sens: selon ses opposants, le plan donne trop de pouvoir au secrétaire au Trésor Henry Paulson. De plus, il amnistie Wall Street sans s’attaquer aux problèmes des propriétaires surendettés. Dans ce camp, les opposants au plan regroupent ceux dont la réélection est en péril et élus de districts pauvres où la nature même du plan se heurte à un rejet massif.

Pour l’instant, l’heure est aux règlements de compte partisan: les républicains accusent Nancy Pelosi, leader des démocrates à la chambre basse. Son discours avant le vote aurait été tellement partisan qu’il aurait dégoûté plus d’un républicain de suivre son exemple. Un argument rejeté par les démocrates qui reprochent aux républicains un geste purement idéologique. Barney Frank, l’un des négociateurs démocrates l’a résumé ainsi: «Quelqu’un m’a blessé, alors je vais punir le pays.»

Cet extraordinaire échec devrait encore un peu plus ternir la réputation désastreuse du Congrès, dont plus de 75% des Américains désapprouve le travail.