Restauration : Qui est le discret mais gourmand Groupe Bertrand?

RACHAT L’entreprise multiplie les acquisitions depuis des années

Nicolas Raffin

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Olivier Bertrand, PDG du groupe, photographié en 2017.
Olivier Bertrand, PDG du groupe, photographié en 2017. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Le Groupe Bertrand, n°2 de la restauration commerciale en France, va acquérir la chaîne Léon de Bruxelles.
  • L’entreprise possède déjà plusieurs chaînes de restaurants et plusieurs grandes brasseries parisiennes.
  • Le PDG, Olivier Bertrand, est aussi discret médiatiquement que son groupe.

Vous êtes déjà allé manger chez Groupe Bertrand ? Non, vous êtes sûrs ? Pourtant, si vous avez poussé un jour la porte d’un Quick, d’un Burger King, d’un Hippopotamus ou d’un restaurant de la chaîne Au Bureau, vous avez mangé chez Groupe Bertrand. Vous en voulez encore ? Le groupe possède aussi La Coupole à Montparnasse, tout comme la fameuse brasserie Lipp et l’établissement Au pied de Cochon.

A ce stade, vous frôlez peut-être l’indigestion avec toute cette accumulation de nourriture, et vous avez besoin de sortir de table. Le groupe Bertrand, lui, est toujours assis avec sa serviette autour du cou, attendant impatiemment qu’on remplisse son assiette. Il se prépare en effet à avaler un nouveau plat de résistance, en l’occurrence le groupe Léon de Bruxelles. Un beau morceau : 82 restaurants qui servent des moules frites dans tout l’Hexagone. Le deal a été annoncé en fin de semaine dernière.

Les affaires « plus fortes que les hommes »

Voilà, vous en savez déjà un peu plus sur un groupe qui est len°2 de la restauration commerciale en France (derrière McDonald’s), avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,8 milliard d’euros. Mais derrière l’entreprise peu connue du grand public se cache un homme tout aussi discret : Oliver Bertrand. Aujourd’hui âgé de 50 ans, il est classé 169e fortune de France d’après le magazine Challenges, avec une fortune estimée à 550 millions d’euros.

Le patron n’est pas du genre à enchaîner les plateaux télés ou à montrer sa tête dans des spots de pubs. Dans une interview accordée à Paris-Bistrot en 2010, il le reconnaissait sans problème : « Qu’on soit chez Lipp ou à la Gare [un restaurant parisien], personne ne sait que c’est le Groupe Bertrand. On n’apparaît pas. Ma philosophie, c’est que les affaires sont plus fortes que les hommes. Comme je ne suis pas présent et que je n’ai pas la personnalité que pouvait avoir un Cazes [ patron historique de la brasserie Lipp], il faut que les concepts, que l’environnement qu’on propose soit suffisamment forts pour drainer une clientèle. »

Une histoire parfaite ?

Pourtant, son histoire, du moins les éléments qu’on en connaît, serait assez riche pour en faire le personnage d’une histoire à succès. Naissance dans un petit village du Cantal, Pailherols (133 habitants au dernier pointage) de deux parents restaurateurs. Sans le bac, Olivier Bertrand prend la route de Paris à la fin des années 1980 et démarre comme équipier dans un fast-food de la chaîne Free-Time. Il enchaîne avec un passage à la banque Hervet – « J’y ai appris à parler le banquier » raconte-t-il en 2015 au magazine Capital – puis se lance dans le grand bain en 1991 avec l’achat d’un premier restaurant à Paris, La Botte d’Italie. C’est un échec, mais Olivier Bertrand rebondit à partir de 1994 avec l’ouverture du Chesterfield Café et de plusieurs autres cafés en partenariat avec des marques médias : Eurosport Café, MCM Café, etc.

A partir de là, il construit tranquillement son empire, avalant la brasserie Lipp en 2002, le salon de thé Angelina en 2005, Au Bureau en 2010, Burger King (dont il obtient la franchise exclusive en France) en 2013, puis Quick en 2015. Si plusieurs de ces opérations ont eu lieu avec des partenaires financiers – trois fonds d’investissements ont été actionnaires du groupe de 2006 à 2016 – Olivier Bertrand est seul aux manettes depuis trois ans.

L’ombre des Malta files

Une trajectoire quasi parfaite de self-made man parvenu au sommet, donc. Seule ombre au tableau, la présence d’Olivier Bertrand dans les Malta Files, ces documents confidentiels révélés en 2017 par Mediapart. Selon le site d’information, le PDG aurait profité de la fiscalité très souple – mais légale – en vigueur à Malte pour acquérir un yacht à moindres frais. « Le plus gros avantage est le leasing maltais, qui permet d’énormes économies de TVA sur les navires neufs » expliquait à l’époque Mediapart, tout en relevant que cette immatriculation permettait d’embaucher du personnel naviguant à moindre coût. En revanche, impossible de savoir quelle cuisine Olivier Bertrand préfère lorsqu’il prend la mer.