Après les menaces de nouvelle taxe de Trump, faut-il s’inquiéter pour la filière du vin?

COMMERCE Le secteur est stratégique pour les exportations françaises  

Nicolas Raffin

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Donald Trump n'aime pas le vin français, ni le vin tout court d'ailleurs.
Donald Trump n'aime pas le vin français, ni le vin tout court d'ailleurs. — Carolyn Kaster/AP/SIPA
  • Enervé par la taxe GAFA française, Donald Trump a menacé de taxer le vin français.
  • Le secteur viticole est très dynamique et les Etats-Unis sont l’un des principaux marchés mondiaux pour la filière.
  • Un léger relèvement des taxes aurait surtout un effet d’image, estime un spécialiste du secteur.

Après avoir menacé il y a quelques mois de taxer les automobiles européennes, Donald Trump s’est trouvé une nouvelle cible commerciale la semaine dernière, en pointant le vin français. L’objet du courroux ? Le président américain n’a pas apprécié le vote de la «  taxe GAFA » à l’Assemblée nationale, qui va toucher les plus grosses entreprises américaines (Google, Amazon, Facebook). « Nous annoncerons bientôt une action réciproque substantielle après la stupidité de Macron. J’ai toujours dit que le vin américain était meilleur que le vin français ! », a tweeté l’hôte de la Maison Blanche dans son style caractéristique.

La menace d’un alourdissement des taxes douanières n’a pas été prise à la légère par les producteurs de vin. Dans un communiqué publié samedi, la fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) a estimé que les déclarations de Trump étaient susceptibles « d’impacter le développement de [son] secteur et les intérêts des opérateurs français sur [le marché américain] ». Sentant le danger, le gouvernement français a également réagi par l’intermédiaire de Bruno Le Maire. « Nous ne pensons pas qu’il soit de bonne politique de mélanger ces deux sujets [taxe GAFA et vins] » a expliqué le ministre de l’Economie ce week-end.

Le principal débouché à l’export

« La menace d’un relèvement des taxes me semble sérieuse pour deux raisons, explique Jean-Marie Cardebat, professeur à l’université de Bordeaux et à l’Inseec Business School. La première, c’est que Trump a l’habitude de lancer des menaces et de les mettre en œuvre, d’une manière ou d’une autre. Le second point, c’est qu’avec le vin, il s’en prend à un symbole de la France. Il sait très bien qu’il frappe là où ça fait mal, et que ça peut lui servir d’appui pour lancer une guerre commerciale contre l’Europe ».

En plus d’être symbolique, le marché du vin est hautement stratégique : en 2018, les Etats-Unis représentaient le principal débouché à l’export pour la filière viticole française, avec 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires (24 % de la valeur totale des exportations de vins et spiritueux, en croissance de +4,6%), suivis par le Royaume-Uni et la Chine (quasiment stables en valeur). Chaque année, ce sont environ 216 millions de bouteilles de vin qui sont expédiées de l’autre côté de l’Atlantique.

« On ne sait jamais ce qui peut arriver »

Les déclarations de Donald Trump ont donc déclenché « une certaine peur », reconnaît François Labet, président du bureau international des vins de Bourgogne (BIVB). Dans ce vignoble, un peu plus d’une bouteille sur 10 (15 % de la production) est vendue aux Etats-Unis. « Une fois de plus, notre secteur est pris en otage pour des questions qui ne le concernent pas, poursuit François Labet. S’il y avait des mesures de rétorsion, ce serait grave pour notre pays. Même si je pense que la menace d’une taxe ne se concrétisera pas, on ne sait jamais ce qui peut arriver. ».

Quel effet un relèvement des tarifs douaniers aurait-il sur la production française ? « Un relèvement de quelques points de pourcentage aurait un impact seulement en termes d’image, analyse Jean-Marie Cardebat, car les tarifs douaniers américains sont très faibles aujourd’hui. C’est en cela que la menace de Donald Trump n’est pas crédible : passer de 10 à 20 centimes d’euros de taxe sur une bouteille qui se vend 30 ou 40 dollars, ça n’aura pas d’impact sur les consommateurs qui ont déjà l’habitude d’acheter du vin français ».

Bataille sur les droits de douane

Donald Trump avait d’ailleurs formulé des critiques le mois dernier sur la différence avec les tarifs douaniers imposés par l’UE. Le président américain estimait à l’époque que « la France [en réalité l’UE] taxe beaucoup le vin [américain] ». Il n’a pas tout à fait tort. Si l’on prend les seuls tarifs douaniers, l’UE impose une taxe comprise entre 0,10 euro et 0,30 euro par bouteille (suivant le degré d’alcool notamment), alors que les Etats-Unis taxent les bouteilles européennes sur une fourchette plus basse, comprise entre 0,05 euro et 0,15 euro.

Mais si les taxes douanières sont légèrement moins élevées aux Etats-Unis qu’en Europe, l’accès au marché est beaucoup plus compliqué chez l’oncle Sam, et ce depuis la période de la Prohibition, au début du XXe siècle. Il est en effet interdit à tout exportateur de vendre en direct aux consommateurs américains. Les Etats-Unis ont institué un système à trois étages obligatoire, les obligeant à passer par un distributeur qui aura lui-même l’accès direct aux détaillants. Ces distributeurs, généralement organisés par Etat, font des marges comprises entre 20 % et 30 %, ce qui relève significativement les prix du vin pour les consommateurs, souligne la FEVS.

Pour y voir plus clair sur les intentions réelles de Donald Trump sur le vin français, il faudra peut-être attendre le G7 organisé fin août à Biarritz. Le président américain et Emmanuel Macron pourront sûrement évoquer le sujet en tête à tête. Probablement pas autour d’une bonne bouteille*, car le locataire de la Maison-Blanche… ne boit pas d’alcool.

*A boire avec modération, bien sûr.