Canicule: «C’est du suicide»... Les livreurs à vélo subissent la chaleur et l’appétit des clients restés au frais

LIVRAISON Les commandes de repas augmentent en même temps que la température

Nicolas Raffin

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Un livreur à vélo à Paris (Illustration).
Un livreur à vélo à Paris (Illustration). — Demarthon/AFP
  • Les températures extrêmes rendent le travail en extérieur très difficile, notamment pour les livreurs à vélo.
  • Les principales plateformes opérant avec des coursiers assurent avoir diffusé des messages de prévention.
  • La responsabilité de ceux qui commandent des plats peut aussi se poser.

Il fait très chaud sur la route du tour, et on ne vous parle pas de la plus belle course du monde. Ce tour-là, des milliers de livreurs à vélo le réalisent chaque jour pour Uber Eats, Deliveroo, Frichti ou encore Stuart. Un boulot déjà assez physique en temps normal, mais quand le thermomètre grimpe au-dessus des 40 °C, pédaler sur du bitume brûlant devient une véritable épreuve de force très éprouvante pour le corps.

« Avec 42 ou 43 °C prévus à Paris [ce jeudi], je ne travaille pas, c’est du suicide » raconte un livreur contacté par 20 Minutes sur Twitter. « Même en canicule, les gens doivent porter leur veste Frichti alors qu’ils ne sont pas obligés du tout, mais les managers mettent la pression, poursuit-il. Merci l’ubérisation ». « Nous ne pouvons pas imposer à nos auto-entrepreneurs le port d’un uniforme, répond une porte-parole de Frichti. Les managers de hub [l’endroit où les livreurs viennent chercher les repas] font passer des messages de prévention sur la canicule ».

Pour éviter le soleil qui tape, certains coursiers ont choisi d’aménager leur emploi du temps. « Livreur à vélo depuis 2017, je me suis adapté selon la météo, raconte Nabil. Lorsqu’il y a une canicule, je travaille seulement à partir de 20h pour éviter les fortes chaleurs ». D’autres livreurs rencontrés par France Inter n’ont pas cette chance. Ils sont obligés de pédaler quelle que soit la température pour gagner quelques euros de plus.

« Un endroit pour rester au frais »

Et plus le mercure grimpe, plus la demande de livraison augmente dans certaines zones. « Le business est très impacté par les fortes chaleurs » relève Adrien Verhack. Fin juin, sa société Dejbox, qui livre – en camion réfrigéré – des repas en zone périurbaine, a ainsi constaté « un nombre record de déjeuners livrés sur une journée alors que les températures étaient au plus haut ». Le 24 juin, « 12.400 repas ont été livrés, soit une augmentation de près de 10 % par rapport à la demande habituelle ».

Si d’autres sociétés contactées par 20 Minutes n’ont pas constaté de pic de livraison, la question centrale reste bien celle de la santé des coursiers. Du côté de Deliveroo, on assure que des mesures spéciales ont été instaurées. « Nous avons mis en place des partenariats avec un maximum de restaurants offrant gratuitement de l’eau aux livreurs partenaires et un endroit pour rester au frais s’ils le souhaitent, indique l’entreprise dans un mail. Dans le même temps, les distances de livraisons ont été drastiquement réduites et limitées ».

Même discours chez Uber Eats. « Dans le cadre des fortes chaleurs et particulièrement cette semaine, nous recommandons aux coursiers qui décident de se connecter à l’application pour effectuer des livraisons de rester bien hydratés et de faire des pauses régulièrement » affirme une porte-parole.

La responsabilité des consommateurs

Ces petits gestes ne doivent pas faire oublier que les livreurs à vélos restent, dans leur grande majorité, des autoentrepreneurs. Comme l’expliquait le mois dernier Marina Corrias, avocate en droit social, dans une interview au Figaro, « [les livreurs] ne bénéficient pas des dispositions protectrices du Code du Travail, obligeant par exemple l’employeur à mettre de l’eau potable et fraîche à disposition des salariés ». De même, les plateformes ne peuvent pas être sanctionnées pour d’éventuels manquements, à la différence d’une entreprise classique avec des salariés.

Au-delà de la responsabilité – légalement très limitée – des plateformes, il y a aussi celle des consommateurs qui commandent leur nourriture via les applis. « Si les gens se faisaient à manger eux-mêmes, il n’y aurait pas besoin de coller des gens sur des vélos à devoir rouler de plus en plus vite par cette chaleur », relève un internaute de 20 Minutes. Difficile d’occulter cette réalité quand le thermomètre dépasse les 40 °C : pour quelques clients qui choisissent de rester au frais, il y a des livreurs pour suer à leur place.