Brexit: Boris Johnson pourra-t-il rapidement faire sortir le Royaume-Uni de l’UE?

NEGOCIATIONS « BoJo » va tenter de réussir là où Theresa May a échoué

Nicolas Raffin

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Boris n'est pas là pour rigoler avec le Brexit.
Boris n'est pas là pour rigoler avec le Brexit. — Dylan Martinez/AFP
  • Boris Johnson est devenu mardi le Premier ministre du Royaume-Uni.
  • Il a promis de sortir de l’UE le 31 octobre au plus tard.
  • Le nouveau dirigeant britannique va pourtant devoir affronter de nombreux obstacles.

En 2015, Boris Johnson affirmait qu’il avait moins de chances de devenir Premier ministre du Royaume-Uni « que d’être réincarné en olive ». Pour sa seconde vie fruitière, il faudra attendre un peu. Car depuis ce mercredi, c’est bien celui que l’on surnomme « BoJo » qui est aux manettes d’un pays secoué par la crise avec l’Iran et profondément divisé sur le Brexit.

Sur ce dernier sujet, le nouveau Premier ministre, issu des Conservateurs (les Tories), fait preuve d’optimisme. « Nous allons mettre en œuvre le Brexit le 31 octobre », a indiqué Boris Johnson immédiatement après sa nomination. Ce qui lui laisse très exactement 99 jours pour réussir là où Theresa May a échoué après des mois et des mois de reports.

Un accord de retrait non négociable

Pour mener à bien sa mission, Boris Johnson devra néanmoins triompher de plusieurs obstacles. Le premier, c’est évidemment l’Union européenne. Les dirigeants du continent pourraient éventuellement rediscuter avec lui la « déclaration politique », qui doit définir les contours de la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE. En revanche, « rien n’indique que les négociateurs européens soient prêts à renégocier l’accord de retrait », précise David Blunt, maître de conférences en relations internationales à la City University of London.

Ce document, négocié pendant près de dix-sept mois, liste sur presque 600 pages les termes du divorce. Il prévoit notamment un « filet de sécurité » (backstop) qui permettrait d’éviter le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. « Le chef du gouvernement irlandais a clairement dit qu’il n’était pas question de revenir là-dessus » rappelle David Blunt.

La marge de manœuvre de Boris Johnson sur le texte semble donc très réduite. Or, c’est bien cet accord de retrait qui a provoqué la chute de Theresa May. L’ancienne Première ministre avait pourtant tout tenté pour obtenir le feu vert du Parlement britannique. Sans succès : les députés ont voté contre l’accord à trois reprises.

Un Parlement à prendre avec des pincettes

C’est là que surgit le deuxième obstacle à la « mission Brexit » de Boris Johnson. « Il dispose d’une toute petite majorité de seulement deux sièges au Parlement, relève David Blunt. Et il va probablement en perdre un la semaine prochaine, en raison d’une élection partielle où le candidat pro-UE est favori ».

« La majorité conservatrice est extrêmement tendue, pour ne pas dire ingouvernable, juge pour sa part Agnès Alexandre-Collier, docteure en science politique à Sciences po Paris. Boris Johnson a néanmoins un avantage : son parti s’est resserré idéologiquement autour des hard-Brexiters (partisans d’une ligne dure face à l’UE), qui pour l’instant lui sont plutôt favorables ». Mais attention au retour de bâton : « si les Européens refusent de renégocier l’accord, on reviendra exactement au même point qu’avec Theresa May, prévient la spécialiste de la politique britannique. Cela pourrait inciter l’opposition à lancer une motion de défiance, qui pourrait être votée avec le soutien de quelques élus conservateurs modérés ».

Un vrai scénario à la House of Cards. Car si le gouvernement britannique venait à perdre un vote de confiance au Parlement, cela ouvrirait la porte à de nouvelles élections générales (l’équivalent des législatives). « C’est le scénario cauchemar que Boris Johnson veut éviter à tout prix, affirme David Blunt. Les Conservateurs risqueraient d’être balayés en raison de leur incapacité à mener le Brexit à bien. S’il voit qu’il ne peut pas faire accepter un No Deal (une sortie sans accord) ou un nouvel accord aux députés, Boris Johnson pourrait très bien annoncer la tenue d’un second référendum. »

Boris l’extravagant

Le dernier obstacle à l’objectif de Boris Johnson pourrait bien être… Boris Johnson lui-même. « Il joue énormément sur son image publique, sur cette forme d’extravagance qui le rend populaire » reconnaît Agnès Alexandre-Collier.

Un jeu dangereux selon David Blunt : « Les fans de Boris Johnson ont tendance à oublier qu’il était ministre des Affaires étrangères de Theresa May, et qu’il a participé aux négociations avec l’UE. A l’époque, son amateurisme lui a valu d’être moqué par les dirigeants européens qui ne le prenaient pas au sérieux ». Désormais en première ligne, « BoJo » va devoir déployer tous ses talents pour convaincre les dirigeants de l’UE de discuter avec lui. S’il échoue, il pourra toujours… se réincarner en olive.