Quels sont les effets de l’immigration sur le marché du travail et sur les finances publiques?

RAPPORT Ils sont plutôt limités, d’après un rapport de France Stratégie, qui liste de nombreuses études sur le sujet

Nicolas Raffin

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L'aéroport Roissy CDG près de Paris.
L'aéroport Roissy CDG près de Paris. — JOEL SAGET / AFP
  • La population immigrée (personnes étrangères nées à l’étranger) représente environ 9,7 % de la population résidente en France en 2018.
  • Selon une « revue de littérature » publiée ce mercredi par France Stratégie, l’effet économique de l’immigration reste très marginal, notamment sur la croissance ou le marché du travail.
  • Les auteurs recommandent donc la plus grande prudence quant aux conclusions des différentes études présentées.

Le débat sur les effets de l’immigration est toujours attentivement suivi. Et  la nouvelle étude sur le sujet, publiée ce mercredi par France Stratégie, ne devrait pas échapper à la règle. Réalisée à la demande du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, elle consiste en une « revue de littérature », c’est-à-dire qu’elle liste les publications existantes et les synthétise, sans mener elle-même une véritable recherche.

Les experts de France Stratégie, organisme rattaché au Premier ministre, ont étudié les effets de l’immigration dans trois secteurs : le marché du travail, les finances publiques et la croissance. Leur principale conclusion ? « Aucun des impacts mesurés [sur ces trois domaines] n’est de grande ampleur ». D’où une mise en garde des auteurs : « porter un jugement absolu sur le fait que l’immigration serait intrinsèquement « bonne » ou « mauvaise » économiquement n’a guère de sens. »

Une intégration sur le marché du travail qui prend du temps

Une fois cette limite posée, l’étude balaye les secteurs évoqués précédemment. En qui concerne l’effet des immigrés sur le travail, « les différents types d’études empiriques réalisées concluent à un faible impact de l’immigration sur le marché du travail, qu’il s’agisse de l’emploi ou des salaires des non-immigrés », relève France Stratégie. Par exemple, suivant les études, un accroissement de la main-d’œuvre immigrée fait varier  les salaires des travailleurs non-immigrés entre – 0,5 % et + 0,8 %. Il n’est donc pas possible de conclure définitivement dans un sens ou dans l’autre.

En revanche, il est acquis que les immigrés sont moins bien intégrés dans le marché du travail, et qu’ils ont plus de risques d’être au chômage. Ils sont donc surtout pénalisés eux-mêmes. C’est souvent le cas lorsqu’ils arrivent en France et qu’ils font face à plusieurs obstacles : la barrière de la langue, la difficulté à faire reconnaître leurs qualifications, leur niveau de diplôme, mais aussi les discriminations. « Certains de ces handicaps s’atténuent avec la durée du séjour », relève toutefois France Stratégie, qui explique que « les données confirment une amélioration graduelle de la situation d’emploi des immigrés quelques années après leur arrivée ».

Un coût sur les finances publiques « plus négatif »

Pour l’effet de l’immigration sur les finances publiques, là encore, France Stratégie se montre très prudent. L’organisme rappelle par exemple que la contribution des immigrés « peut difficilement être positive si les finances publiques sont déficitaires au niveau national », ou encore qu’inclure le coût d’éducation des enfants immigrés est discutable, puisque par définition, les enfants, immigrés ou non, ne « produisent » pas.

Au final, France Stratégie estime que les immigrés ont un impact « un peu plus négatif » sur les finances publiques en France que dans le reste de l’OCDE. Trois raisons sont avancées : une mauvaise insertion professionnelle, un système redistributif « plus étoffé » qu’ailleurs, et un « dividende démographique » (part des immigrés en âge de travailler) assez faible, puisque beaucoup d’immigrés sont aujourd’hui retraités.

Le dernier aspect, l’impact sur la croissance, est lui aussi difficile à analyser. « Ces études, souvent peu spécifiques à la France, concluent pour la plupart à un effet positif de l’immigration sur la croissance par tête » indique le rapport de France Stratégie. Cet effet est largement dû à la « productivité globale des facteurs », autrement dit à la manière dont le travail et le capital sont utilisés. Dans ce domaine, les immigrés, qui ont une « grande mobilité géographique et professionnelle », tirent donc l’activité vers le haut.