Offres d'énergie: Faut-il changer d'opérateur ? Comment le choisir ?

INTERVIEW Alors que les tarifs réglementés de l’énergie sont voués à disparaître, le démarchage s’intensifie auprès des particuliers

Propos recueillis par Julie Polizzi pour 20 Minutes

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Si les particuliers sont harcelés par les fournisseurs d'énergie, il n'est pas toujours intéressant de changer d'offre.
Si les particuliers sont harcelés par les fournisseurs d'énergie, il n'est pas toujours intéressant de changer d'offre. — IStock / City Presse

Une trentaine de fournisseurs d’électricité et de gaz naturel se livrent une bataille commerciale. D’après le rapport 2018 du Médiateur de l’énergie, les opérateurs alternatifs gagnent progressivement du terrain face aux géants historiques. Ces concurrents représentaient 21,9 % de parts de marché en électricité et 29,4 % en gaz naturel fin 2018, contre respectivement 17,9 % et 26,2 % fin 2017. Comment les départager ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup ? Nicolas Moulin, le fondateur de PrimesEnergie.fr, spécialiste du secteur, a répondu à nos questions.

Que sont les tarifs réglementés, indexés et fixes ?

Les tarifs réglementés sont hérités de l’ancienne situation monopolistique d’EDF et GDF. Seuls EDF, Engie et les ELD (entreprises locales de distribution) peuvent donc les proposer. Même si ces prix varient en principe en fonction du marché, c’est l’État qui décide des hausses et des baisses.

Toutes les autres offres émanent de fournisseurs alternatifs. La plupart proposent des tarifs indexés, c’est-à-dire qu’ils suivent les prix réglementés mais y appliquent une décote qui est de l’ordre de 10 % en général. Même Engie a une formule de ce type. Les opérateurs qui commercialisent des offres à prix fixes s’engagent pour leur part à respecter un tarif établi dès le départ pendant une durée déterminée, qui varie souvent de un à trois ans.

Quelle formule est la plus avantageuse ?

Bien qu’on parle beaucoup des hausses des prix de l’énergie, des études montrent que les tarifs réglementés sont en réalité relativement stables depuis 2015, puisque les augmentations sont compensées par des baisses, moins médiatisées. Or, ces montants sont plutôt bas. Dans ce contexte, les tarifs indexés sont d’autant plus intéressants puisqu’ils intègrent une décote supplémentaire. Quant aux offres à prix fixes, même si elles permettent de connaître son budget pendant la durée déterminée, elles coûtent souvent plus cher au particulier.

Y a-t-il de réelles différences entre les offres à tarifs indexés ?

Tous les opérateurs appliquent grosso modo la même décote de 10 % ou moins. Pour se démarquer, les fournisseurs misent donc sur des services complémentaires, en proposant par exemple une prime énergie avec les certificats d’économie d’énergie, un accompagnement lors d’un déménagement ou encore pour réaliser des travaux, sans oublier l’argument d’offre « verte », qui est en plein boom.

Que faut-il privilégier ?

D’un point de vue strictement financier, l’écart entre une offre à -10 ou -12 % représentera peut-être un gain de 40 ou 50 euros par an. Ce n’est donc pas en changeant de fournisseur d’énergie que vous allez réaliser d’énormes économies sur vos factures.
Pour choisir un opérateur d’électricité ou de gaz, il faut donc surtout regarder les à-côtés : vérifiez le prix de l’abonnement, mais aussi s’il y a un dépôt de garantie à verser, les pénalités en cas de résiliation, le tarif d’appel pour contacter le service client, le coût appliqué en cas d’incident de paiement, la procédure prévue… Il faut aussi faire attention aux petits fournisseurs récents qui ne sont pas forcément rentables. Préférez un opérateur bien établi.

Qu’en est-il des offres vertes ?

Aujourd’hui, tous les fournisseurs ou presque se vantent de proposer une formule verte. C’est un argument marketing très vendeur. Sauf que les particuliers croient à tort qu’ils achètent de l’électricité provenant d’une énergie renouvelable comme une éolienne ou du photovoltaïque, alors que c’est faux. Elle est issue du réseau général, comme le reste. La différence, c’est que l’opérateur s’engage à financer la production d’une énergie alternative à hauteur du nombre de kilowattheures qu’il commercialise. Ceci étant dit, certains fournisseurs sont plus engagés que d’autres dans cette cause.