Un forum pour l'emploi à Bourgoin Jallieu, en mars 2019.
Un forum pour l'emploi à Bourgoin Jallieu, en mars 2019. — ALLILI MOURAD/SIPA

EMPLOI

Pourquoi les entreprises ont-elles parfois autant de mal à embaucher?

Les employeurs font parfois face à un manque de candidatures ou à des candidats jugés inaptes pour le travail demandé, mais la qualité du poste peut aussi être en cause 

  • La Dares a publié ce jeudi une étude sur les difficultés de recrutement.
  • Environ 17 % des embauches sont jugées « difficiles ». 
  • L’employeur se déclare plus souvent insatisfait du recrutement lorsque l’embauche a été compliquée.

La France n’a jamais compté aussi peu de chômeurs* (au sens du BIT) depuis dix ans. Selon l’Insee, le taux de chômage s’élevait à 8,7 % au premier trimestre 2019. Derrière ce pourcentage très général, se cachent des milliers d’embauches individuelles. Et si la très grande majorité se passe sans problème, certaines peuvent parfois tourner au casse-tête pour les recruteurs. C’est précisément à cette catégorie de recrutements « difficiles » que s’intéresse la Dares dans une note publiée ce jeudi.

Cette direction, rattachée au ministère du Travail, a passé au crible les recrutements, en CDD ou en CDI, effectués par 8.500 entreprises sur une période spécifique (de septembre à novembre 2015). Dans 83 % des cas, le processus de recrutement ne rencontre pas de difficultés particulières. Ce qui laisse donc 17 % d’embauches considérées comme « difficiles ».

Pourquoi ça coince ?

Pourquoi les recruteurs ont-ils du mal à trouver la bonne personne ? Plusieurs raisons sont mises en avant : le manque de candidatures (cité dans 60 % des recrutements « difficiles »), le manque de profils correspondants au poste (60 %), ou encore les caractéristiques du poste proposé (salaires, horaires, etc). La Dares rappelle également que « l’inexpérience des recruteurs et le manque de moyens qu’ils sont en mesure d’affecter à l’embauche » peuvent aussi paralyser le processus de recrutement.

Si vous êtes en train d’écrire votre lettre de motivation et de peaufiner votre CV, vous pourrez donc soulager un recruteur (et le pousser à vous choisir) en adaptant parfaitement votre présentation à l’offre d’emploi : les candidatures trop génériques ont toutes les chances de ne pas être retenues. Et même si vous hésitez, n’ayez pas peur d’envoyer votre candidature si l’offre vous plaît : vous ferez peut-être des heureux.

Pas d’effort sur le salaire

Évidemment, les recrutements sont plus faciles dans certains secteurs. Selon la Dares, seulement 10 % des embauches sont jugées « difficiles » dans la banque, les assurances, ou encore le BTP. A l’inverse, les recrutements aux postes d’ingénieurs, de cadres de l’industrie et d’informaticiens sont beaucoup plus compliqués. Dans ces secteurs, une embauche sur trois est considérée comme difficile.

Comment font alors les employeurs pour trouver quelqu’un ? La majorité d’entre eux accentue son « effort » de recrutement, en multipliant par exemple les annonces sur Pôle emploi, les réseaux sociaux, ou encore en ayant recours à un cabinet externe. Dans 34 % des recrutements « difficiles », les exigences vis-à-vis des candidats (niveau de qualification, expérience, qualités personnelles) sont revues à la baisse. Seules 8 % des entreprises décident finalement d’augmenter la rémunération liée au poste lorsqu’elles ne trouvent personne.

Mal recruté, mal aimé ?

Si un recrutement « difficile » peut être, à première vue, une aubaine pour un candidat qui manque d’expérience, prudence. En raison notamment de l’assouplissement des exigences de recrutement, la personne embauchée après un processus « difficile » est moins bien perçue par l’employeur. « Dans 30 % des cas, l’employeur déclare qu’il ne recruterait pas la même personne si c’était à refaire, tandis que ce n’est le cas que dans 17 % des recrutements faciles » relève la Dares.

 

*Combien y a-t-il de chômeurs en France ?

L’Insee et Pôle emploi ne comptent pas les chômeurs de la même manière. Début 2019, il y avait par exemple 2,4 millions de personnes au chômage en France métropolitaine au sens du Bureau international du travail (BIT), alors que 3,4 millions de personnes étaient inscrites dans la catégorie A de Pôle emploi.

Depuis fin 2017, le gouvernement a choisi de communiquer sur le chômage au sens du BIT, utilisé dans les comparaisons internationales. Cet indicateur peut néanmoins être complété par le « halo autour du chômage », qui inclut les personnes « inactives » mais n’étant pas comptées comme étant au chômage au sens du BIT. Début 2019, 1,4 million de personnes se situaient dans ce « halo ». En additionnant ce chiffre du halo à celui du chômage BIT, on obtient un résultat (3,8 millions) plus proche de celui de Pôle emploi.