VIDEO. Pourboire: Six Français sur dix assurent en donner régulièrement voire systématiquement

CONSO « 20 Minutes » dévoile les résultats d’un sondage exclusif réalisé par YouGov

Jean Bouclier

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Marseille le 12 mars 2012 - Illustration sur l'euro
Marseille le 12 mars 2012 - Illustration sur l'euro — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • L’institut YouGov a interrogé les Français et les Françaises sur les pourboires qu’ils ont l’habitude (ou non) de laisser.
  • La majorité des personnes interrogées a l’habitude de donner, et 22 % le font systématiquement.
  • Autres enseignements : les hommes donnent davantage que les femmes, et les jeunes, s’ils donnent moins souvent, donnent des sommes plus élevées.

Pour certains, c’est une évidence. Pour d’autres, ça mérite réflexion. Et pour d’autres encore, c’est hors de question. 20 Minutes dévoile un sondage exclusif*, réalisé par l’institut YouGov, sur les pourboires que laissent les Françaises et les Français. Et surprise, alors que ces derniers ne sont pas réputés pour être particulièrement généreux, les résultats tendent à prouver le contraire.

A la question de savoir si elles ont l’habitude de laisser un petit quelque chose, un peu plus de 6 personnes interrogées sur 10 répondent « oui » ; 40 % le font « de temps en temps », et 22 % systématiquement. « Les Français ne sont pas de bons élèves par rapport aux Américains, notamment, et ils partent de loin concernant les pourboires. Mais le fait qu’un cinquième de la population dise donner à chaque fois est significatif », juge Antoni Minniti, chargé d’études senior chez YouGov. « C’est une pratique finalement assez répandue, mais pas systématique, qui n’obéit à aucune règle précise », ajoute Brigitte Auriacombe, professeure en marketing à l’EM Lyon et coauteure de Le pourboire : ce qu’en pensent les acteurs**.

Un réflexe ou une coutume familiale

Parmi ceux qui donnent de manière automatique, on retrouve Jean, un des internautes qui ont livré leurs témoignages à 20 Minutes : « Je donne systématiquement, pas pour montrer ma générosité ou ma richesse, mais parce que je sais que ça fait toujours plaisir au serveur. Evidemment, si c’est juste pour un verre, ce sera moins important que si c’est pour un grand repas. C’est en général de l’ordre de 10 % de la note ». Pour d’autres, comme Angélique, c’est avant tout une coutume familiale : « J’ai l’habitude de donner, que ce soit au restaurant ou chez le coiffeur, même lorsque j’étais qu’étudiante. J’ai souvenir que mon père faisait la même chose quand j’étais petite ».

A l’inverse, 17 % des Français ne donnent que très rarement, et 19 % jamais. Certains expliquent ce choix en évoquant le système de rémunération français. C’est le cas d’Adrien. « Les serveurs (comme les vendeurs, les plombiers, les jardiniers…) sont payés avec le prix de la consommation. (Un pourboire) revient seulement à donner un prétexte au gérant pour ne pas payer correctement ses salariés. Pourquoi en donner au restaurant et pas chez le fleuriste ou au Super U ? », s’interroge-t-il. D’autres, comme Marine, parlent de pouvoir d’achat : « Vu les prix au restaurant, ça ne risque pas ». Et puis il y a ceux, à l’instar d’Alban, qui sont tout simplement mal à l’aise : « Je n’en ai pas l’habitude et je ne sais même pas comment m’y prendre sans passer pour un prétentieux », explique-t-il.

La « générosité » des hommes ?

Si les femmes sont aussi nombreuses que les hommes à donner des pourboires, elles sont en revanche moins « généreuses ». Selon l’étude YouGov, elles donnent en moyenne 2,80 euros, contre 3,80 euros côté masculin. « On peut supposer qu’il existe des restes de l’image du "gentleman", la volonté de se montrer généreux de la part des hommes, explique Antoni Minniti. Une tendance qui devrait cependant s’équilibrer à l’avenir ». Mais « le pourboire est-il réellement une question de générosité ? », interroge Brigitte Auriacombe. Selon elle, si les hommes donnent davantage, « c’est parce que l’on est dans un rapport de pouvoir ». Avec au centre l’argent, donné ou reçu.

Autre différence relevée par YouGov, celle liée à l’âge. Parmi ceux qui laissent un pourboire, on retrouve 46 % des 18-24 ans, 58 % des 25-34 ans, 62 % des 35-44 ans, 64 % des 45-54 ans et 67 % des 55 ans et plus…. Moralité : plus on vieillit, plus la propension à donner grandit. Pourtant, les plus jeunes ont tendance à donner des sommes plus importantes (4 euros en moyenne pour les 18-24 ans, et même 5,48 euros pour les 25-34 ans). « Ayant moins de pouvoir d’achat, ils donnent moins souvent, mais davantage, confirme Antoni Minniti. C’est à mettre aussi en lien avec la sphère digitale, et notamment la possibilité, lorsque l’on se fait livrer un repas à domicile, de choisir en amont, sur l’application, le montant du pourboire ». « Il y a l’idée, pour les jeunes, que "l’autre est mon égal, et donc je ne vois pas pourquoi je lui donnerais quelque chose. Mais si le service est bon, je veux le reconnaître" », abonde Brigitte Auriacombe. Yuli, 23 ans, témoigne : « Je laisse généralement 10 euros. Et si je les donne, c’est parce que j’ai passé un bon moment et que le service était bien. (La personne) mérite aussi un petit plaisir ».

Paris vs province

Par ailleurs, toujours selon ce sondage YouGov, les « petits » services sont davantage récompensés. Les personnes interrogées donnent plus facilement pour un café (52 %) que lors d’un séjour à l’hôtel (36 %), d’une livraison (35 %) ou après une course en taxi (20 %). Et pour l’ensemble de ces catégories, les pourboires parisiens sont plus nombreux (66 %) et plus élevés que dans le reste du pays (58 % dans le Nord-Est, 52 % dans le Nord-Ouest…). Un décalage expliqué par le fait que « la région parisienne est un bassin d’emplois, avec des revenus plus conséquents, selon Antoni Minniti. Il y a davantage de pouvoir d’achat, et les prix sont plus élevés. Donc si l’on réfléchit en pourcentages, le pourboire est mécaniquement plus important ».

Pour résumer, d’après Brigitte Auriacombe, le pourboire est « le lieu de toutes les interprétations, pour celui qui donne comme pour celui qui reçoit ». Certains veulent remercier, comme Alexandra, septuagénaire : « Le pourboire, c’est une façon de dire merci en plus du merci verbal ». D’autres renvoient l’ascenseur. « J’ai été serveuse étant plus jeune, et je laisse toujours un pourboire, explique Christine, la cinquantaine. C’est un métier difficile où la vie privée est souvent mise à mal ».

Certains, enfin, gèrent cela de manière très organisée : « Je laisse un pourboire quand je vais au restaurant, (…) pas quand je vais dans un bar, et jamais (…) en terrasse », explique Elodie, 37 ans. « Que ce soit pour symboliser un travail bien fait, compenser un service au-delà de ce qui était prévu, marquer une différence sociale ou s’offrir de petits cadeaux entre habitués, conclut Brigitte Auriacombe, on voit qu’il existe de multiples plans de relations ». Soit presque autant de pourboires que de raison d’en donner. Ou pas.

 

* Enquête réalisée en ligne par YouGov du 18 au 19 juin, auprès de 1.013 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. 

** Le pourboire : ce qu’en pensent les acteurs, de Brigitte Auriacombe et Véronique Cova, Décisions Marketing.