Quatre questions sur «l’âge pivot» prévu dans la future réforme des retraites

TRAVAIL Vous allez tout comprendre, promis (en tout cas on l’espère)

Nicolas Raffin

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Des retraités se prennent en photo sur la plage de Les Moutiers-En-Retz, en Loire-Atlantique.
Des retraités se prennent en photo sur la plage de Les Moutiers-En-Retz, en Loire-Atlantique. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Le gouvernement veut introduire un « âge pivot » ou « âge d’équilibre » de départ à la retraite.
  • Le dispositif ne touche pas à l’âge légal de départ, mais modifie le niveau des pensions versées.
  • Les travailleurs devront donc choisir entre partir tôt ou avoir une bonne retraite.

Les futurs retraités vont-ils avoir très chaud (et pas à cause des futures canicules) ? Alors que le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, doit remettre ses conclusions à Edouard Philippe mi-juillet, le débat fait rage autour de la notion d'« âge pivot » ou d’« âge d’équilibre ».

Objet de rumeurs depuis des mois, le sujet a été mis en pleine lumière par le Premier ministre lui-même. « Nous définirons un âge d’équilibre et des incitations à travailler plus longtemps » expliquait Edouard Philippe le 12 juin dernier devant les députés. Pas convaincu, Eric Woerth, député LR, voit l’âge pivot comme « un truc incompréhensible pour les Français ». Heureusement, 20 Minutes va vous expliquer tout ça.

C’est quoi cet âge pivot ?

Il s’agit d’un âge de référence qui détermine le niveau de la pension versée à la retraite. Il permet d’envoyer un « signal » aux actifs pour qu’ils puissent choisir le moment où ils arrêtent de travailler. S’ils arrêtent avant cet âge, leur pension sera plus faible. S’ils choisissent de poursuivre leur carrière après cette borne, elle sera plus élevée.

Comment est-il fixé ?

Plusieurs choix sont possibles. Pour Jean-Paul Delevoye « il faut éviter que les gens partent à la retraite trop tôt, avec des pensions trop faibles ». En effet, dans le futur système à points, le travailleur sera « libre » de choisir le moment où il s’arrête (après 62 ans), puisque sa pension dépendra du nombre de points gagnés.

Mais s’il a accumulé peu de points, le montant sera très faible. L’objectif de Jean-Paul Delevoye, c’est donc de donner des points « bonus » (ou surcote) à ceux qui travaillent après 62 ans pour qu’ils s’arrêtent un peu plus tard, avec une meilleure retraite en poche. C’est un système basé sur l’incitation « positive ».

En quoi consiste le système Agirc-Arrco ?

Le gouvernement a quant à lui un autre système en tête, en vigueur dans les retraites complémentaires (Agirc-Arrco). Il s’agit d’introduire une pénalité financière (ou décote) pour les travailleurs qui partent avant un certain âge. A l’Agirc-Arrco, cet âge est de 63 ans. Ce qui veut dire qu’un salarié ayant validé tous ses trimestres à 62 ans devra quand même attendre l’âge pivot de 63 ans s’il veut toucher la totalité de sa pension. Selon un article de Challenges publié début juin, le futur âge pivot prévu par le gouvernement pourrait être fixé à 64 ans. « L’âge pivot de l’Agirc-Arrco, c’est plus une mesure d’économie, puisque vous allez avoir un effet direct sur l’équilibre financier du système, analyse Simon Rabaté, économiste à l’Institut des politiques publiques (IPP). Vous pouvez le faire varier d’une année sur l’autre »

Le dernier système d’âge pivot est basé sur l’espérance de vie. Il garantit un montant de pension par rapport au dernier salaire. Exemple : si l’âge pivot est fixé à 65 ans, les actifs qui partent à cet âge seront assurés de toucher 75 % de leur dernier salaire. Plus l’espérance de vie augmente, plus l’âge pivot est reculé. C’est le modèle en vigueur en Suède.

Les travailleurs seront-ils vraiment libres de choisir leur âge de départ à la retraite ?

C’est ce qu’affirment les promoteurs de la réforme : « Demain, chacun pourra mieux choisir son âge de départ », promettait Emmanuel Macron pendant sa campagne. « Cela dépend de la situation de chacun, nuance Emmanuel Grimaud, président de Maximis Retraite et fondateur de simulretraite.fr. Si vous êtes au chômage ou sans emploi, vous avez besoin de toucher votre retraite assez vite, même si vous devez subir une décote parce que vous partez avant l’âge pivot. »

A l’inverse, les opposants voient dans l’âge pivot une manœuvre pour décaler sans le dire l’âge de la retraite. Pour Gilles Oberrieder, spécialiste des retraites à la CGT, le système porté par l’exécutif « est clairement fait pour inciter les gens à partir plus tard ». « Pour le gouvernement, ce que propose Jean-Paul Delevoye ne va pas assez loin, décrypte le syndicaliste. Selon l’exécutif, il faut que la " norme sociale ", qui était un départ à la retraite à 62 ans, passe à 64 ans, parce que les actifs déterminent leurs départs à la retraite en fonction de cette norme. C’est pour ça qu’ils mettent en avant ce système de décote ».

Plutôt que de fixer un âge pivot qui serait le même pour tout le monde, l’Institut des politiques publiques esquisse une autre voie. Dans une note publiée cette semaine, il propose de se baser sur une « référence individuelle » qui prendrait en compte les spécificités des carrières. « Il n’y a pas de raison de dire à quelqu’un qu’il doit continuer à travailler, alors qu’il peut partir à 62 ans avec une pension correcte parce qu’il a démarré sa carrière tôt » argumente Simon Rabaté.