Bretagne: La peste porcine africaine fait les affaires des éleveurs

AGRICULTURE L’épidémie, qui sévit en Chine et se propage en Asie, chamboule le marché du porc mondial avec une envolée des prix depuis plusieurs semaines

Jérôme Gicquel

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Anthony Bouget est à la tête d'une élevage de 3.000 porcs à Corps-Nuds près de Rennes.
Anthony Bouget est à la tête d'une élevage de 3.000 porcs à Corps-Nuds près de Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • La peste porcine africaine fait des ravages en Chine, ce qui bouleverse le marché du porc mondial.
  • Après des années de crise, les éleveurs bretons profitent de cette envolée des prix pour se refaire un peu la cerise.
  • La profession refuse toutefois de s’enflammer, craignant par-dessus tout l’arrivée de l’épidémie sur le sol français.

On peut appeler ça un effet papillon. Depuis l’été 2018, la fièvre porcine africaine fait rage en Chine, décimant les cheptels du plus gros producteur et consommateur de porc de la planète. Mais cette épidémie, qui se propage à toute l’Asie, fait paradoxalement le bonheur de certains à des milliers de kilomètres de là. Plus précisément en Bretagne, la région française où le cochon est roi. Contraint d’augmenter considérablement ses importations pour nourrir sa population, la Chine chamboule totalement le marché mondial du porc.

Une aubaine pour les éleveurs bretons qui voient les prix s’envoler. Le 4 février, le prix du kilo de viande s’affichait à 1,176 euro au marché au cadran de Plérin (Côtes-d’Armor), qui fait référence dans la profession.

Lundi, jour de la dernière cotation, il s’affichait à 1,523 euro, soit une hausse de près de 35 centimes en cinq mois. « C’est sûr que c’est une bonne période pour nous, on ne va pas se mentir », assure Anthony Bouget.

Trente-six euros de plus par cochon

A la tête d’un élevage de 3.000 porcs à Corps-Nuds, au sud-est de Rennes, l’éleveur sort sa calculette pour évaluer ses bénéfices. «Le cochon s’achète 36 euros plus cher par rapport à l’an dernier. Sachant que j’en vends en moyenne 4.000, cela devrait me rapporter un peu plus de 100.000 euros cette année », indique-t-il.

De quoi redonner le sourire à une profession qui en a connu des crises ces dernières années. « C’est bien simple, depuis que je me suis installé en 2003, je n’ai connu que trois bonnes années où j’ai gagné un peu d’argent », souligne l’éleveur breton. Même s’il ne s’en réjouit pas, la peste porcine africaine tombe donc à point nommé. « Cela va permettre de renflouer un peu les caisses et de boucher les dettes que j’ai accumulées. Et si cela se poursuit, je penserai alors à investir en vue de ma retraite », indique Anthony.

Pas de cas détecté pour l’heure en France

Mais l’éleveur, tel un chat échaudé craignant l’eau froide, préfère ne trop s’emballer et faire des plans sur la comète. « Avec le porc, c’est toujours le yoyo des prix. Cela monte aujourd’hui mais cela peut aussi redescendre aussi sec », prévient l’éleveur. Comme ses collègues, il sait surtout que cette envolée des prix ne tient qu’à un fil. « Un seul cas de peste porcine détecté en France et ce serait alors la catastrophe, surtout dans le contexte anti-viande actuel », indique-t-il.

Pour l’heure, la France est épargnée par l’épidémie. Mais plusieurs cas ont déjà été détectés en Belgique ces derniers mois, faisant craindre le pire. « On joue avec une ficelle. Mais si elle casse, on aura tout perdu ! ».