Crise financière: que risquent les entreprises?

ECONOMIE Le manque de liquidités représente un vrai danger pour elles...

Valérie Zoydo

— 

Wall Street et les Bourses européennes ont connu un net mouvement de recul jeudi en raison des craintes agitant le secteur financier et une flambée du pétrole au delà des 140 dollars, certaines places s'affichant désormais en baisse de plus de 20% depuis le début de l'année.
Wall Street et les Bourses européennes ont connu un net mouvement de recul jeudi en raison des craintes agitant le secteur financier et une flambée du pétrole au delà des 140 dollars, certaines places s'affichant désormais en baisse de plus de 20% depuis le début de l'année. — Martin Oeser AFP/DDP/Archives

«Il semblerait qu’il manque de liquidités dans les banques françaises», a déclaré à 20minutes.fr Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de haute finance et professeur à l’université Paris X. «La crise des liquidités est généralisée», reconnaît Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à l’université de Paris X. Si la tentation pour les entreprises est de céder à la panique, c’est justement ce qu’il faut éviter. Elles doivent s’armer de patience tout en restant vigilentes: «Cette possibilité de manques de liquidités des banques est à surveiller de très près: cela représente un vrai danger pour les entreprises et notamment les PME», ajoute Philippe Dessertine.

Les PME … qui manquent de trésorerie


Si face à la crise, ce sont les PME les plus exposées, le danger réside surtout au sein des entreprises qui se sont endettées et manqueraient de trésorerie. Pour une PME qui attend le paiement d’un client dans un délai de 60 jours, le risque est de voir ce délai s’allonger par manque de liquidités. A son tour, la PME éprouve des difficultés à payer ses fournisseurs, et peut se retrouver dans une situation délicate. «Cela peut devenir la faillite en cascade», confirme à 20minutes.fr, Jacques Massieux, directeur général de Dron, une PME dans le BTP. Et de préciser: «Nous n’avons pas ce problème de trésorerie car nous avons anticipé la crise.»

>> Retrouvez notre dossier sur la crise financière et la faillite de Lehman Brothers.

En cas de défaut de coordination de paiement, l’entreprise peut toujours s’adresser à sa banque, mais encore faut-il que celle-ci puisse lui venir en aide. «Certaines entreprises ont des facilités de caisse comme des découverts ou des escomptes. Mais ce n’est pas toujours le cas», nuance Jacques Massieux. Autre possibilité: l’entreprise peut, elle aussi, retarder les paiements qu’elle doit faire. «Les fournisseurs ont intérêt à accepter d’attendre, plutôt que l’entreprise ne fasse faillite et ne puisse plus payer», explique Michel Aglietta.

L’effet de second tour et l’engrenage

A un niveau plus macroéconomique, «ce qui s’avère inquiétant pour le tissu d’entreprises est ce que l’on appelle l’effet de second tour, lorsque les difficultés bancaires entraînent une récession. Cette dernière crée elle-même de nouvelles dettes», explique Michel Aglietta. Et c’est le début de l’engrenage: ces nouvelles difficultés engendrent des pertes sur des crédits qui, d’ordinaire, n’auraient pas dû poser de problèmes.

«Faire le gros dos» et supprimer la TVA interentreprise?


D’ailleurs, le Cerf, une fédération de PME a fait savoir ce jeudi dans un communiqué que des milliers d'entreprises sont «au bord de la faillite» et que l’action des pouvoirs publics pour limiter l'impact de la crise financière sur l'économie réelle est «nettement insuffisante». En raison notamment du resserrement du crédit, la fédération suggère «la suppression» de la TVA interentreprise qui grève, selon elle, «lourdement les capacités d'investissement.»

«Les entreprises vont faire le gros dos, surtout si le coût du crédit s’accroît», prévoit de son côté Michel Aglietta. De plus, dans la mesure où ces mêmes entreprises ne relancent pas l’investissement, elles participent à geler l’activité…Et ainsi de suite. «La seule solution qui vaille est la relance par le relais de l’Etat», préconise Michel Aglietta.