«Les banques centrales ne "donnent pas de l'argent", elles prêtent pour une durée déterminée»

TROIS QUESTIONS A Eric Vergnaud, responsable Economies OCDE chez BNP Paribas...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Le taux de chômage dans la zone euro est resté stable à 7,2% en mai, inchangé pour le sixième mois consécutif, selon des données corrigées des variations saisonnières publiées mardi par l'office européen des statistiques Eurostat.
Le taux de chômage dans la zone euro est resté stable à 7,2% en mai, inchangé pour le sixième mois consécutif, selon des données corrigées des variations saisonnières publiées mardi par l'office européen des statistiques Eurostat. — Martin Oeser AFP/DDP/Archives

Depuis le début de la semaine, les banques centrales prêtent à tout va afin d'apaiser les marchés financiers à la suite de la mise en faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers. Des prêts qui ne sont pas toujours de même nature. Explications avec Eric Vergnaud, économiste chez BNP Paribas.
 
La BCE a injecté 30 milliards d'euros lundi puis 70 milliards d'euros mardi, la Fed a prêté 85 milliards de dollars à l'AIG... Les banques centrales ne risquent-elles pas d'être à court de fonds avec cette politique?
L’intervention des banques centrales sur le marché interbancaire sont habituelles. Il s’agit d’assurer la liquidité du système financier à un taux le plus proche possible des taux directeurs. Toutefois, les sommes engagées en ces temps de crise sont beaucoup plus importantes. Mais une erreur consiste à penser que les Banques centrales ont «donné de l'argent» aux marchés. Il s’agit bien d’échanges pour une durée déterminée (qui peut être d'un jour, comme l'a fait lundi et mardi la BCE, ndlr) entre titres apportés par les banques et des liquidités fournies par les banques centrales.
 
Mais la Fed, elle, ne va pas récupérer ses 85 milliards de dollars tout de suite...
Il s’agit de tout autre chose. La Fed a accordé un prêt de 85 milliards de dollars à AIG sur deux ans, et ceci à un taux très élevé. Ce prêt, garanti par l’apport de l'ensemble des actifs de l'assureur (1.050 milliards de dollars à la fin juin, ndlr), devra être remboursé par la vente de ceux-ci. En contrepartie, l’Etat américain prend une participation de 79,9% dans le capital d’AIG, et aura un droit de veto sur le versement des dividendes aux actionnaires actuels.
 
Pourquoi une telle décision?
La faillite d’AIG aurait fait peser un véritable risque systémique. Les activités de cette institution étaient très larges et dépassaient de loin le seul secteur financier, allant de l’assurance-vie classique au leasing d’avions. En particulier, AIG servait de contrepartie pour 440 milliards de dollars de Credit Default Swaps, produits financiers complexes, assurant contre la défaillance de crédits.