VIDEO. Cacao: Ghana et Côte d'Ivoire suspendent leurs ventes pour exiger une rémunération «décente» des agriculteurs

ECONOMIE Les deux pays veulent obtenir des industriels de la filière un prix «qui puisse rémunérer le travail de l'homme décemment», alors que 6 milliards de dollars seulement reviennent aux agriculteurs sur les 100 milliards que représente le marché mondial du chocolat

20 Minutes avec AFP

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Un ouvrier agricole manipule des fèves de cacao en Côte d'Ivoire en 2003 (illustration).
Un ouvrier agricole manipule des fèves de cacao en Côte d'Ivoire en 2003 (illustration). — ISSOUF SANOGO / AFP

La Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux, ont annoncé mercredi qu’ils ne vendraient plus leur cacao en deçà de 2.600 dollars la tonne, une décision « historique » présentée comme un moyen de mieux rémunérer les agriculteurs.

« Ce qu’il s’est passé ces deux jours est historique », a salué le directeur général du « Ghana cocoa Board », Joseph Boahen Aidoo à l’issue de deux jours de réunions entre producteurs, négociants et responsables politiques. « Depuis des années, ce sont les acheteurs qui ont déterminé les prix ». Pour essayer d’inverser la tendance, « la Côte d’Ivoire et le Ghana ont suspendu la vente des récoltes de 2020/2021 jusqu’à nouvel ordre pour préparer la mise en place de ce prix minimum », a-t-il précisé.

Ce prix a été approuvé, sur le principe, par les participants – producteurs et négociants, a-t-il précisé. Et une prochaine réunion doit avoir lieu le 3 juillet à Abidjan pour discuter de la mise en place de cette mesure.

« Offrir aux agriculteurs une juste part de la richesse produite par l’industrie »

Sur les 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du chocolat, seuls 6 milliards reviennent aux agriculteurs. Une situation « déraisonnable », avait fustigé mardi le vice-président du Ghana, Mahamudu Bawumia. « C’est pour cela que nos gouvernements se sont mis d’accord pour offrir aux agriculteurs une juste part de la richesse produite par l’industrie ». « Un juste prix des fèves de cacao serait une grande aide pour appuyer les investissements du gouvernement dans les infrastructures rurales, et pour améliorer les conditions de vie », a-t-il ajouté.

 

« L’or brun » représente 10 % du PIB de la Côte d’Ivoire, à peine moins pour le Ghana. Les deux pays tiendront des élections en 2020. Il s’agit d'« obtenir des industriels et des autres partenaires de la filière un prix qui puisse rémunérer le travail de l’homme décemment », a commenté Yves Kone, directeur général du Conseil Café Cacao de Côte d’Ivoire, devant une télévision locale en marge de la rencontre. Et, « quand les prix montent, au moins les conditions de vie s’améliorent », a affirmé à l’AFP Umar Abubakar, le secrétaire général du syndicat des producteurs de Café, Cacao et Noix de Karité (Cocoshe).

Les producteurs vivent dans une « pauvreté extrême »

Pour l’Organisation internationale du cacao (ICCO), le consensus existe « pour dire que les prix du cacao sont structurellement trop bas. Depuis 30 ans, le prix en dollars constants a été divisé par quatre », a indiqué à l’AFP Michel Arrion, son directeur exécutif. Mais si le prix de 2.600 dollars « n’est pas irréaliste », selon lui, « la hausse du prix sur le marché mondial n’ira pas forcément dans la poche des producteurs », qui vivent dans une « pauvreté extrême ».

Sur les marchés, cette réunion a participé à la hausse du prix du cacao, qui a atteint mercredi en séance 2.552 dollars la tonne à New York. Cependant, cette hausse pourrait n’être que temporaire, prévient Casper Burgering, analyste matières premières pour la banque néerlandaise ABN Amro, joint par l’AFP. « Pour l’instant, il y a nettement assez de cacao pour répondre à la demande », a-t-il commenté, et « puisque la mise en place de ce prix plancher va mettre un an, plus ou moins, il y a un risque que les cours actuels redescendent ».