Pourquoi la Fed cherche-t-elle à tout prix à relancer AIG?

ECONOMIE La Réserve fédérale américaine a fait un virage à 180°, mardi, en choisissant d'apporter 85 milliards de dollars pour sauver AIG...

Sandrine Cochard

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L'aspect le plus spectaculaire des mesures proposées est sans doute de confier à la banque centrale (Fed) une mission considérablement accrue pour surveiller le système financier.
L'aspect le plus spectaculaire des mesures proposées est sans doute de confier à la banque centrale (Fed) une mission considérablement accrue pour surveiller le système financier. — Nicholas Kamm AFP/Archives

En choisissant de sauver in extremis l’assureur AIG, alors qu’elle avait laissé sombrer Lehman Brothers, la Réserve fédérale américaine (Fed) est revenue à une politique interventionniste. Pourquoi la Fed cherche-t-elle à tout prix à relancer AIG? Explications.

Quel rôle joue AIG sur le marché?
AIG est le leader américain de l’assurance. Son rôle est de couvrir les risques pris par les banques lors de leurs opérations (swaps). Un rôle de contrepartie essentiel pour le marché financier. En outre, le poids économique d’AIG est très important: la société est présente dans 130 pays et compte 116.000 salariés et 74 millions de clients dans le monde. Elle pèse 110 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 1.050 milliards d'actifs et, à fin juin, 78 milliards de fonds propres. Son portefeuille d’activité est également très varié: «En épargne et retraite, activité représentant 33,6 milliards de dollars de primes (dont 26,6 milliards hors des Etats-Unis), AIG se targuait d'être à la tête du réseau "le plus étendu de tous les assureurs-vie". (…) Il est aussi l'un des principaux acteurs américains en matière de produits de retraite et l'un des leaders du marché prisé des "variable annuities" (méthode de remboursement des obligations qui consiste à rembourser un montant différent chaque année)», détaille «Les Echos». Une faillite serait donc plus lourde pour l’économie mondiale que celle de Lehman Brothers.

Pourquoi la Fed est-elle intervenue?
Son soutien à AIG est inouï: la Fed n'a normalement pas à fournir des liquidités aux assureurs, qui ne sont pas de son ressort. La Réserve fédérale américaine a invoqué un «risque systémique» pour justifier son aide. «Un démantèlement d'AIG aurait pu amplifier une fragilité des marchés déjà significative et aboutir à une hausse du coût du crédit, une réduction de la richesse des ménages et donc une croissance économique significativement plus faible», a-t-elle expliqué dans son communiqué. «De nombreux fonds monétaires détiennent des obligation de court terme émises par AIG ou des instruments financiers d'assurance émis par ce dernier», explique «Les Echos». «Or, ces fonds de court terme sont supposés être sans risque et sont souvent détenus par des particuliers. Les autorités américaines ont certainement voulu éviter que les Américains ne subissent en direct l'écroulement de leurs placements, notamment ceux qui sont supposés sûrs.»

AIG est «too big to fail», selon une règle d’or en cours aux Etats-Unis qui instaure que les établissements financiers les plus importants ne peuvent sombrer et doivent être sauvés en cas de crise.

Pourquoi ne pas avoir sauvé Lehman Brothers?

Malgré sa débâcle, la banque d’affaires américaine possédait des filiales profitables à côté de ses actifs plombés par la crise des subprimes. Mais AIG a un rôle central dans le marché, contrairement à Lehman Brothers. «Je ne connais aucune grande banque qui ne soit pas exposée de façon significative à AIG», soulignait lundi le PDG de Bank of America, Ken Lewis. De plus, Lehman Brothers était en difficulté depuis plusieurs mois. Selon les spécialistes, sa situation avait laissé du temps à ses créanciers de réduire leur exposition.

Quelles sont les modalités du prêt?
La Fed va injecter 85 milliards de dollars (60 milliards d’euros), à AIG. L'Etat américain recevra en échange 79,9% de son capital. Avec cet argent, l'assureur pourra vendre certains actifs tranquillement sans avoir à les brader. Selon l'économiste Robert Brusca de FAO Economics, cité par l’AFP, le prêt ressemble à celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 1980. Son taux d'intérêt «extrêmement élevé» va pousser le groupe à céder rapidement des filiales pour rembourser la Fed au plus vite. Et pourrait s’avérer une très bonne opération à pour l’Etat américain.