Pour ou contre le shopping le dimanche? A Nantes encore plus qu’ailleurs, pourquoi la question fait débat

COMMERCES Les partenaires sociaux ont revu leur accord territorial au sujet de l'ouverture des commerces le dimanche

Julie Urbach

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Illustration d'un supermarché
Illustration d'un supermarché — DENIS CHARLET / AFP
  • A Nantes, la question de l'ouverture dominicale est particulièrement complexe.
  • Il y a cinq ans, les partenaires sociaux ont conclu un accord territorial permettant l'ouverture des commerces, deux puis trois dimanches après-midi avant Noël uniquement.
  • Mais en parallèle, de plus en plus de grandes surfaces de l'agglomération lèvent leur rideau tous les dimanches matin, comme le permet la loi.

Le sujet passionne autant qu’il divise. Pour ou contre le shopping le dimanche ? Alors que les mairies ont en théorie la possibilité d’autoriser douze ouvertures dominicales par an, Nantes est encore loin d’atteindre ce quota. Après l’ère Ayrault, totalement réfractaire à cette idée, des magasins ont pu ouvrir leurs portes deux puis trois dimanches par an (juste avant Noël) depuis 2014, et uniquement l’après-midi. Le tout grâce à un accord territorial, minutieusement piloté par une dizaine de partenaires sociaux, qui a bien failli voler en éclat.

Car ces derniers temps, plusieurs grandes surfaces de l’agglo sont sorties du rang, en accueillant les clients tous les dimanches matin. L’hypermarché Auchan du Sillon de Bretagne, d’abord, puis celui de Saint-Sébastien. Dimanche dernier, c’est Géant de la Chapelle-sur-Erdre qui a franchi la ligne rouge. De plus petites surfaces, comme le nouveau Super U de la Bottière, se positionnent, elles aussi, sur ce créneau horaire. Un mouvement qui inquiète et irrite les syndicats. Sauf qu’il est totalement légal : tout commerce à prédominance alimentaire, quelle que soit sa superficie, a le droit de lever le rideau jusqu’à 13h le dimanche.

Les supermarchés exclus de l’accord pour 2020

Ce mercredi, les signataires ont donc revu leur stratégie. Pour ne plus avoir affaire à de « vilains petits canards », ils ont tout simplement décidé d’exclure les grandes surfaces de plus de 400 m² de leur accord en 2020. « Elles vont continuer à faire ce qu’elles veulent, à notre grand dam, indique Pascal Priou de l’Unsa. Ce que nous voulons, c’est éviter la généralisation sauvage, en accord avec les droits des salariés ». En 2020, tous les commerces de la métropole à l’exception des grands supermarchés pourront donc ouvrir leurs portes les 6 décembre et 20 décembre, entre 12h et 19h. Une autorisation pour le 13 décembre sera donnée pour les boutiques des centres-villes.

Le travail devra se faire sur la base du volontariat. Nouveauté : les éventuels frais de garde d’enfants seront remboursés, tout comme ceux de transport en cas de covoiturage. « Au lieu d’empêcher les autres, de tenter de réguler Amazon, on va se démarquer pour rendre notre centre-ville compétitif », veut croire Patrick Cheppe, le président du Medef 44. « Si l’on avait baissé les bras, chaque mairie aurait décidé dans son coin, avec le risque de grosses disparités. L’objectif désormais, c’est même que cet accord devienne départemental », espère Franck Truong, de la CFDT.

Chez les clients, des avis tranchés

Alors que la question est très délicate, pas sûr qu’il soit possible de mettre tout le monde d’accord à l’échelle de la Loire-Atlantique. Car déjà, chez les habitants, les avis sont partagés. Les « contre » évoquent la vie de famille des salariés et des clients à respecter, l’amplitude horaire suffisante en semaine, ou encore la concurrence faite aux petits commerçants. « Allez plutôt au marché, acheter vos aliments aux petits producteurs locaux », indique par exemple Marine, opposée à l’ouverture dominicale.

Mais faire ses courses le dimanche a aussi ses adeptes, comme en témoigne l’affluence dans les hypers qui sont ouverts. « Je suis infirmière et quand j’enchaîne les gardes, je suis bien contente d’avoir un magasin ouvert le dimanche », témoigne Stéphanie. « Il faut vivre et s’adapter à notre temps ! », juge Bernadette.